Jeudi 14 juin
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15:58
Natacha a un train d'avance sur nous autres, humains, elle devance toujours mes propres lectures. J'ai beaucoup de mal à suivre son rythme de travail. Pas plus tard que tout à
l'heure, en rentrant de la fac, elle citait :
« Or l’essentiel, en ce début des années de guerre, c’est d’abord l’enseignement ; c’est ensuite la Résistance ; et
c’est enfin une interrogation croissante par rapport à l’œuvre de Heidegger. Sur ce dernier point, il n’est pas un précurseur. Ses aînés, Raymond Aron et Sartre, son cadet, Merleau-Ponty, ont
suivi le même itinéraire : ouvrir la réflexion, en France, à l’apport de la philosophie allemande depuis Dilthey. La singularité de Jean Beaufret fut d’aller interroger Heidegger lui-même, alors
que ses pairs s’étaient contentés, dans le meilleur des cas, d’une interprétation personnelle. À trente-neuf ans donc, il rencontre l’auteur de Sein und Zeit. À ce moment, Heidegger (plus encore
par la vindicte de quelques collègues que par la faute d’une autorité d’occupation débordée) est interdit d’enseignement. II a cinquante-sept ans, et se trouve au faîte de sa puissance de
travail. Communiquer dans l’échange, ce besoin sera assouvi au-delà de toute espérance avec l’arrivée de Jean Beaufret. Ce dernier n’est plus un étudiant ; c’est un homme formé, débarrassé des
naïvetés de la jeunesse, dont la passion entière, toutefois, couplée à l’habitude exercée de ne pas s’en laisser compter, fait un questionneur endurant et sans complaisance. Le résultat est une
rencontre sans précédent, où l’insistance de l’un pousse l’autre à clarifier toujours plus sa pensée, et où, par contre-coup, le questionneur est contraint de radicaliser son rapport à toute la
philosophie. Parler de Jean Beaufret , comme “ introducteur de Heidegger en France ”, ou comme “ interlocuteur privilégié ”, c’est rester à la périphérie de ce qui s’est passé là depuis 1946.
Jean Beaufret est le premier philosophe à avoir entrepris ce que Heidegger appelle “ le changement de lieu de la pensée ”. Cette œuvre s’est dessinée peu à peu, et elle a pris figure avec les
trois tomes publiés aux Éditions de Minuit sous le titre Dialogue avec Heidegger – œuvre maîtresse, que protège et que sert une écriture admirablement adaptée au seul souci de faire signe. Jean
Beaufret y a franchi le pas, dans sa langue. avec une originalité elle-même changée. Être original, ce qu’y est plus qu’entretenir un rapport fécond à l’origine, ce qui suppose préalablement la
reconnaissance de l’origine. Au tome I du livre, Jean Beaufret écrit : “ Le vrai philosophe regarde et donne à voir. ” Telle est la philosophie en personne. »
François Fédier
Jean Beaufret ou la philosophie en personne
Par Ritoyenne
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Publié dans : Les citations de Natacha
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Dimanche 10 juin
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/Juin
14:26
« Nous nous trouvons dans la situation des derniers païens. Nous voyons que nous sommes sur le point de tout perdre, que nous avons peut-être même
déjà tout perdu, qu’il ne nous reste pas l'ombre d'un espoir, pas même la représentation d'un espoir possible. En cela notre destin est beaucoup plus pathétique, beaucoup plus impressionnant,
plus insupportable et du même coup plus intéressant. Il y a quand même cela de positif dans notre époque ; je la trouve extrêmement intéressante, presque trop intéressante. De sorte que d'un côté
on peut être malheureux de passer son existence à une époque pareille, mais de l'autre c'est quand même merveilleux d'assister à l'approche du déluge. Cela m'aurait vraiment ravi d'être un
contemporain du déluge. »
Par Ritoyenne
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Publié dans : Les citations de Natacha
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Vendredi 1 juin
5
01
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01:25
A peine rentré chez moi ce soir, ma chatte, qui était tranquillement en train de surfer sur le net, me dit :
- y'a Skildy numéro 2 sur internet, j'ai trouvé des passages tordants, attends écoute.
Elle lit à haute voix :
Puisque l’homme - en étant que dasein - ne pense pas encore, Heidegger - en tant que penseur - n’est pas un homme comme les autres : il a surmonté
l’essence du dasein, pensant réaliser à n’en pas douter, le surhomme nazi : barbare et métaphysicien, sauvage et évolué.
(...)
L’homme nouveau d’Heidegger, patriote, fort, etc. est cet homme capable d’affronter son angoisse en lui prêtant une raison d’être qui n’est pas. On angoisse de rien… donc on angoisse de ce qui
n’est pas : de la privation de notre propre être-là. La mort à chaque instant : autrement dit, le modèle du chrétien (expérience symbolique de la mort, appauvrie par des siècles de cléricalisme)
ou… du SS (expérience réelle par la mort de l’autre et surtout sa déchéance) On dira que l’on va un peu loin. Mais on dira ce qu’on voudra : la vérité se prend avec des gants ; ce sont ceux de la
probité.
Mister Duvoy.
Avouez, c'est une blague ? Vous êtes de mèche, les Misslin, les Sk. les Duvoy et compagnie, vous vous réunissez tous les samedi soirs, vous sortez la boulette de crack, les acides, vous vous
retournez la tête et vous trouvez des nouvelles conneries à débiter quant à Heidegger ?
En tout cas, avec vous je me marre bien, ma chatte semble apprécier votre humour aussi.
Pas mal le lien plus haut, très drôle !
Par Ritoyenne
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Publié dans : Les citations de Natacha
10
Mercredi 30 mai
3
30
/05
/Mai
15:26
Natacha, véritable élite intellectuelle féline, coqueluche de tout l'underground parisien, adore les citations.
Elle rappelle souvent à qui veut l'entendre : "Les citations, c'est comme les croquettes : il ne s'agit pas de les avaler pour en faire de la merde, mais de les savourer.".
Place à la star.
"Heidegger est bien un cas brûlant". Par quoi l'on a déjà concédé qu'il ne saurait être question de s'y brûler les doigts, et que l'on
trouverait à l'occasion normal que cette chose brûlante finît, à force de flamber, par s'éteindre. Il serait contraire à toutes les lois de l'être qu'il en soit
autrement.
Martin Heidegger.
Par Ritoyenne
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Publié dans : Les citations de Natacha
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