Les Aveux d'Augustin (nouvelle traduction)

Publié le par jp






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émission du samedi 5 janvier 2008
Saint Augustin, aujourd'hui

 
 
  Avec l'écrivain et éditeur Frédéric Boyer, et le théologien Jean-Claude Eslin.  
 
           
les livres
 
 
 
 

 
Saint Augustin
Les aveux
P.O.L. - janvier 2008
 

Cette nouvelle traduction des Confessions d'Augustin a demandé 4 années de travail. Traduction littéraire, elle s'inscrit dans un projet général, personnel d'écriture.

Il s'agit d'une traduction intégrale du texte latin original établi d'après ses éditions contemporaines scientifiques (notamment celles de Skutella (Bibliotheca scriptorum graecorum et romanorum Teubneriana, Leipzig, 1934) et de Verheijen (Corpus christianorum, series latina, Tunhout, Brepols, 1981).

Ce travail de traduction se distingue des précédentes par sa volonté d'écrire une traduction contemporaine du texte d'Augustin, dans le sillage du travail entrepris avec la nouvelle traduction de la Bible réalisée conjointement par des exégètes et des écrivains contemporains (Bayard 2001).

La traduction est précédée d'une longue préface qui tente de raconter pour des lecteurs contemporains l'originalité d'Augustin et de son projet : écrire ses aveux.

Les notes et les références sont limitées à l'essentiel. Avec le souci d'offrir une édition accessible à tout lecteur et de restituer en français un texte à lire.

Frédéric Boyer s'est inspiré de la remarque, en 1967, il y a plus de quarante ans, du célèbre historien spécialiste d'Augustin, Peter Brown.
" Notre jugement sur Les Confessions, écrivait-il, a souffert du fait qu'elles sont devenues un classique. Nous oublions qu'un homme de l'Antiquité tardive ouvrant pour la première fois son exemplaire des Confessions ne pouvait manquer d'éprouver un véritable choc : les formes traditionnelles d'expression littéraire considérées jusqu'ici comme allant de soi ne s'y retrouvaient en effet que transformées au point de devenir méconnaissables. "

Jamais le texte des Confessions n'avait bénéficié d'un tel travail. Toutes les traductions françaises existantes, y compris les plus récentes, restent fidèles à la réception religieuse et académique de l'oeuvre, au langage pieux et savant de l'augustinisme.

Frédéric Boyer a voulu s'en affranchir. Ou plus exactement ne pas asservir la traduction à des automatismes de langage. Il enfonce le clou d'un débat capital : la nécessité de remettre en cause, de venir bouleverser nos traditions de réception des textes anciens. C'est une question de survie.

On ne peut plus aujourd'hui se contenter de la représentation hagiographique de l'auteur et de son oeuvre.

Traduire Les Confessions, en faire Les Aveux, c'est découvrir un texte personnel violent, contradictoire, rusé. Assez loin finalement de nos représentations pieuses ou savantes.

On pourrait dire malicieusement qu'Augustin invente ici l'autofiction. Il fait de la littérature un acte fondateur de justification et d'invention de sa propre existence.

L'idée maîtresse, à l'origine de ce travail, a d'abord été de restituer dans une écriture contemporaine les paradoxes du texte et de la langue d'Augustin.

Ici, la traduction tente de respecter le travail original de l'oeuvre entre l'influence de l'héritage littéraire païen de l'Antiquité gréco-romaine et l'invention de nouvelles formes d'écriture dues non seulement à l'institution d'un langage chrétien au coeur même de la langue latine mais aussi au travail poétique personnel d'Augustin.

Cette nouvelle traduction a choisi de traduire le terme latin confession par aveu, suivant la traduction classique du verbe confiteor qui signifie en latin : avouer, reconnaître. Ce n'est que dans la langue liturgique et ecclésiastique que le mot latin confessio a été translittéré au Moyen Age par confession.

L'aveu est la figure principale de ces treize livres d'Augustin. Le mot français confession est aujourd'hui inaudible et écrasé de références qui rendent incompréhensible l'expression originale du mot latin.

Certes, le français aveu ne rend pas toutes les nuances et les emplois spécifiques du terme technique de confession (à la fois pénitence, reconnaissance de ses fautes et reconnaissance de la grâce et de l'amour divin.) Mais aveu est à la fois plus proche de l'acte premier et littéraire de cette oeuvre : faire de son existence racontée un aveu, et rendre la violence même de l'acte littéraire et spirituel. Ecrire c'est avouer sa vie.

Une nouvelle mise en forme du texte qui restitue aujourd'hui cette prose brisée, travaillée par l'interpellation, la prière, la citation…

Faire entendre l'extrême modernité du texte augustinien : la figure de l'aveu et de la confession est au service d'une formidable invention de soi.

Augustin rédige une véritable odyssée personnelle, un voyage intime dans le temps, la mémoire de soi. Il révolutionne la confession antique, détourne la littérature classique, tisse sa propre voix avec celle des psaumes bibliques. Son écriture est faite d'interpellations, de confidences, d'exhortations, de micro narrations, d'analyses exploratoires (du temps, de la mémoire, de la création, des textes sacrés), de déplorations, de cris… C'est la conviction de Frédéric Boyer, et à la lecture de ces pages on ne peut que lui donner raison : il faudra attendre Joyce pour retrouver un tel travail littéraire.

Frédéric Boyer est né en 1961 à Cannes. Il a enseigné la littérature comparée dans les universités de Lyon III et de Paris VII et a été professeur à la prison de la Santé. Il a dirigé la nouvelle traduction de la Bible réalisée collectivement par des écrivains contemporains et des spécialistes des textes et des langues bibliques (Bayard éditeur, septembre 2001). Il dirige le secteur adulte des éditions Bayard.
 
 

 
Jean-Claude Eslin
Saint Augustin : l'homme occidental
Michalon - 2002
 

Augustin, c’est nous : il est l’homme occidental, il est le premier moderne. Par rapport à l’Empire romain, par rapport au christianisme d’Orient, l’expérience d’un homme qui dit Je dans les confessions et Nous dans la Cité de Dieu, il envisage la condition de l’individu comme de la société dans une perspective où la mémoire, l’histoire, le temps de ce monde, sont premiers, même quand ils sont interrogés par le divin, et introduit comme une faille dans le narcissisme du monde ancien. Augustin est un homme pour tous, car l’écrivain qui est devenu l’évêque d’Hippone (Annaba) est toujours un philosophe qui ne cesse d’interroger la condition humaine.
- Présentation de l'édition -

Jean-Claude Eslin est professeur de sciences humaines à l’Ecole européenne des Affaires et membre du comité de rédaction de la revue Esprit.



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Publié dans La philosophie en vie

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