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Publié le par jp

Publié dans La philosophie en vie

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jp 14/11/2007 00:43

merci pour tous ces développements instructifs cher animal piaillant !

oyseaulx, avec les contributions de la sourys papivore 09/11/2007 02:51

Donc, la sensibilité acoustique est frappée d'historicité. La perception du son musical n'est pas un phénomène d'ordre naturel ou physiologique, mais culturel et historique. Très juste. Cela signifie, par exemple, que lorsqu'une oreille d'aujourd'hui, façonnée par deux siècles d'harmonies fondées sur la superposition de tierces, entend la Messe de Notre-Dame de Guillaume de Machault, il n'entend pas ce qu'entendaient, en 1365, les témoins du sacre de Charles V. Et ce qui est encore beaucoup plus important, elle n'entend pas non plus les polyphonies de Josquin ou de Janequin comme les entendaient leurs contemporains. Or, ce deuxième fait est beaucoup plus lourd de conséquences pour la raison suivante : le contrepoint de l'Ars Nova ne se laisse pas du tout interpréter en termes d'harmonies classiques, alors que les polyphonies de la Renaissance peuvent, fallacieusement, s'entendre comme se référant au cadre de ces harmonies modernes, en raison, par exemple, de la prédominance d'une gamme qui n'existait pas parmi les gammes médiévales et qui va devenir notre gamme de do majeur (reconnue comme mode à part entière seulement au seizième siècle, dans le Dodekachordon de Glaréan, vers 1540). Conclusion : quand nous écoutons du Janequin, nous entendons, par surinterprétation, des accords qui y sont, peut-être, mais que les contemporains n'entendaient pas comme tels, parce que leur oreille ne les interprétait pas comme tels. Ils entendaient des fausses notes, là où nous percevons des accords parfaits, mais qui n'y sont que pour notre oreille à nous. Bref, on sait moins que jamais ce qu'on entend. Merci encore d'avoir diffusé cette conférence très suggestive qui inspire bien des réflexions.