Une voix dans la foule (anonyme)

Publié le par Ritoyenne

"Ce qui est à César revient à César". La doctrine chrétienne, tout idiote qu'elle soit, a parfois quelque chose à nous apprendre. Les étudiants qui appellent au blocage devraient relire la Bible, ils comprendraient peut-être mieux comment le système se plaît à fonctionner. Les universités sont la propriété de l'Etat et rien ne sert de lui contester. J'entends déjà s'élever les voix proclamant la propriété des choses à ceux qui les font ou à ceux qui s'en servent. Ce type de débat ne sert à rien dans le monde qui nous entoure car il appartient à une pensée du légitime et non du légal, et chacun de nous sait pertinemment laquelle des deux gouverne.

"Renverser la tendance", je connais cette voie si simple à prendre. Sans grande réussite, hélas, car c'est toujours un processus très long, aux résultats décevants. La bourgeoisie comme classe révolutionnaire victorieuse de la Révolution Française ne s'est pas formée du jour au lendemain. Son établissement a été long et difficile, mais grâce à une erreur de l'Etat : celui de favoriser le commerce sans le libérer. Et on voit comment les révolutions, quelle qu'elles soient, sont des accélérateurs de l'histoire uniquement dans les pays "en retard" sur la scène internationale. La révolution étatsunienne libérant les 13 colonies d'un joug d'un autre âge. La révolution d'Octobre, permettant enfin à la Russie d'entrer dans l'ère industrielle. La liste est longue. Et à regarder bien les exemples du passé, aucune opposition n'a fait prendre de virage à 180° à la société, pas plus les fascistes que les communistes, pas plus les républicains que les royalistes,... Leurs naissances même comme opposition est la concrétisation d'idées ou de désirs qui parcourent déjà la société. Le principe d'avant-garde (surtout culturelle) est à jamais à bannir de nos têtes car nul n'a été capable d''influencer assez la société sans lui même en être tributaire dans sa quasi totalité. Jamais à moins de vivre cent ans et de rester fidèle à un seul schémas de pensée (ce que je ne souhaite à personne) nous ne changerons le système. Ne serait-ce qu'au niveau de l'université, c'est un constat à faire, à accepter, avec dépit pour certains.

La grêve, le blocage ... oui bien sûr mais pourquoi ? J'entends dans les AG "seul le blocage feras venir assez de monde". Pourquoi ? Pour voter le blocage ? Au-delà de l'aspect extrêmement puéril d'une grêve étudiante, dont on ne peut que voir l'obsession de faire comme "les grands", on ne peut que douter de l'utilité d'une telle chose. Bloquer les secteurs économiquement porteurs de l'université (filières pro, droit, éco, langue, ...) peut effectivement apporter un certain ennui à l'Etat, comme une mouche du coche. Mais le blocage d'une université inintéressante du point de vue de l'Etat ne changera pas les choses. Quel intérêt ? Ce n'est de toute façon pas un secteur qui l'intéresse. Pour preuve, il le vend, pire, il le solde.

Pour quelles revendications est le deuxième point. Toujours dans les AG, on exige (car dans la phrasologie de l'extrême-gauche, on ne demande rarement) le réengagement massif de l'Etat dans l'Université. Quelle différence y-a-t-il entre un financement d'un pouvoir public honni et celui d'entreprises capitalistes (d'on nous avons tous j'en suis sûr la haine) ? Doit-on considérer le risque pour la société de la disparition ou de la privatisation du savoir ? Personnellement, l'avenir de la société me préoccupe peu. Qu'elle sombre dans le chaos et qu'elle me fiche la paix ! Bien sûr, "pensez à nos enfants" ect ect ... Mais la dispense du savoir confié à l'Etat n'est ni meilleure ni pire que celle qui pourrait être offerte par le secteur privée. Les deux sont dangeureuses.

Il est quelque chose dans la nature de toute autorité que nous avons tendance à oublier. L'Etat, la religion, le professeur n'a, pour assurer la pérénité de son pouvoir, aucun droit à l'erreur. Nous, nous sommes les nantis de l'histoire. Jamais entre nos mains a été mis quelqu'onque pouvoir, pas même ceux qui ne s'appliquer qu'à nous-même. Dans chaque chose que nous entreprenons, il faut avoir à l'esprit que nous n'avons, tant collectivement qu'individuellement, rien à perdre et toujours tant à gagner. Il n'y a aucune défaite possible pour nous... car nous avons le droit de nous tromper. Et la seule véritable défaite est de l'oublier, de se croire toujours juste. Dans la pratique même, nous avons la possibilité d'expérimenter tout ce que l'humain nous permet. Nous nous tromperons de nombreuses fois, et c'est heureux. Nous ne sommes ni des patrons ni des généraux, la productivité ne nous intéresse pas. Le progrès, l'évolution, l'apprentissage sont une suite d'erreurs. C'est ainsi que nous découvrirons nos propres failles, en testant, en expérimentant, tout ce qui est faisable est à faire. Et peu importe si ce que nous bâtissons ne dure pas, ce n'est pas fait pour ça. Le but n'est pas important, le chemin seul l'est véritablement.

Adapté aux conflits qui nous concernent, aujourd'hui la lutte contre la LAU, ça donne à peu près ça. La forme que cette lutte prend a déjà été épuisée de longue date. Tentons quelque(s) chose(s) de, sans être forcément nouveau(x), différent(s). L'idée serait de créer un lieu de savoir sans implication ni de l'Etat ni du professionnel (deux aliénations équivalentes mais différentes). Alors créons le nous-même, sur les ruines de nos illusions comme dirait l'autre. L'Etat veut l'autonomie des universités, créons nos universités autonomes ! Et peut-être un jour l'universalité de l'autonomie. La pratique théorique des Zones d'Autonomie Temporaire (TAZ) est à potasser.

Une voix à côté de la foule

Soste Manphec

Publié dans Mouvements étudiants

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