Chomsky & l'affaire Faurisson

Publié le par Ritoyenne

Chomsky & l'affaire Faurisson : questionner la liberté d'expression.




Pour retrouver les autres documents publiés par P4P à propos de Noam Chomsky, cliquez ici. 

Sur la même affaire voir aussi :
Beaufret et le négationniste Faurisson (par F.Fédier) 
A l'inverse, contre les dérives médiatiques :
S.Weil et les médias : pour un tribunal de la vérité

Publié dans La philosophie en vie

Commenter cet article

DamDam 02/05/2010 20:41



« Qui décide ce qui est vrai ou faux ? Vous ? »


On ne décide pas de ce qui est vrai ou faux. Puis-je décider de la véracité de cette proposition : "nous sommes au printemps" ? Je peux décider ce que je veux, c'est soit vrai soit faux, et ça ne
dépend pas de ce que j'en pense.


 


« Mais à chacun son monde ! »


Voulez-vous dire que vous pouvez être en automne si ça vous chante en plein mois de mai ? Vous pouvez considérer que (je cite votre premier commentaire) « Le révisionnisme est à la mode,
aujourd'hui, complot, manipulation, sont devenus l'aiguillon de la TV people » ?


La réalité, c'est que la télé éjecte ce qui se rapporte aux théories du complot. Sinon on verrait le film Zeitgeist à 20h50 sur M6. Et d'autres films du même genre. Sinon on verrait Jean Marie
Bigard invité sur tous les plateaux au lieu d'en être réduit à faire ses sketchs sur son site web (lui qui remplissait le Stade de France il y a encore peu de temps). Sinon on ne verrait pas les
journalistes se moquer constamment de ces théories du complot. Combien de journalistes ont traité Bigard de négationniste ? Combien l'ont soutenu ? Il est clair que dans les médias, peu de gens
sont dans son camp. La conclusion est évidente : la masse médiatique est anti-complotiste.


Si cela est la réalité, alors pourquoi/comment en êtes-vous arrivé à croire le contraire ? Comment votre esprit a-t-il pu croire, devant l'évidence que les médias rejettent massivement toute
théorie du complot, que ces théories ont le vent en poupe ?


La réponse se trouve dans le livre "La Société du Spectacle" de Debord. Debord nous y explique comment nous en sommes venu à prendre le faux pour le vrai. Je parie que si je regarde la télé 10
heures par jour toute cette semaine, je ne verrai pas une seule minute de "théorie du complot". Ou bien peut-être verrai-je un journaliste se moquer de Bigard, tout au plus. Vous, vous penser que
« Le révisionnisme est à la mode, aujourd'hui, complot, manipulation, sont devenus l'aiguillon de la TV people ».


Il semble impensable de pouvoir croire l'opposé de la réalité lorsque celle-ci est aussi flagrante. Pourtant il s'agit bien de ça. Alors imaginez la difficulté que vous pourriez avoir a
déterminer si oui ou non, nos esprits modernes sont bel et bien bousillés par un mécanisme qui nous fait prendre le faux pour le vrai... Si jamais c'est vrai, alors en théorie vous devriez
arrivez à la conclusion que non, c'est faux. Si jamais ce n'est pas vrai, alors en théorie vous devriez arriver à la conclusion que c'est faux, c'est-à-dire la même conclusion. Conclusion : la
conclusion ne vous aidera pas. Autre conclusion : si je tente de vous l'expliquez davantage, je ne peux que perdre mon temps.


 


« J'attends donc votre développement ultérieur ¿ »


Le Mac Do est un des nombreux symptomes de la falsification générale de la nourriture. Une nourriture qui a disparu, et que notre esprit considère comme existant toujours. Il est nécessaire pour
notre esprit de croire cela, sinon nous serions obligés d'entreprendre des actions qui boulverseraient le monde, ce que nous ne voulons pas puisque nous nous sentons très bien, lobotomisés que
nous sommes, dans le monde actuel.


La nourriture de la population française est conçue grâce à l'industrie pétro-chimique. Derrière une fraise sur l'étalage d'un marché se cache le travail d'un chimiste qui a permis de produire
des fraises sans terre et sans soleil, mais avec beaucoup de produits louches. Les biscuits "goût chocolat" sont fabriqués sans la moindre molécule de cacao. On trouve même des nuggets de
volaille fabriqués avec des céréales qui donne l'illusion de la texture des morceaux de poulet mais qui ne contiennent aucun morceaux de poulet (véridique). Le fromage de synthèse (sans lait) a
même été inventé récemment.


Je pourrais donner mille exemples, mais vous allez me dire "et le bio ?". Oui et le bio, tout ce mouvement de gens soucieux de respecter la nature ? Comme tout, le bio est malheureusement
virtuel. On voit dans les supermarchés des légumes bio, souvent emballés en très petites quantités dans des emballages plastiques (donc en pétrole). Ces légumes sont souvent produits à des
centaines de kilomètres du lieu de vente (encore du pétrole, pour le transport). Ne parlons pas des bananes bio du Costa Rica... il faut brûler 150 000 litres de kérosène dans l'atmosphère pour
les amener en France (je ne dis pas ce chiffre au hasard, c'est à peu près le chiffre réel). L'environnement est sauvé, en effet...


Le bio ne peut représenter qu'une petite partie de l'alimentation du peuple français. Pour une raison simple : les agriculteurs sont devenus de moins en moins nombreux, et il n'en reste plus
beaucoup. S'ils cultivaient tous en bio, alors ils ne pourraient pas produire assez pour une population de 60 millions d'habitants. Si on veut du vrai bio qui n'utilise pas des milliers de litres
de pétrole pour une simple tomate, il est obligatoire que la population française devienne une population d'agriculteurs. Fini le tertiaire. Et ça, on ne le veut pas, mais alors pas du tout.
Heureusement, le spectacle nous donne les outils pour croire que les choses vont en s'améliorant, que la mode du bio est un signe d'espoir, qu'il est possible de bien manger sans polluer, etc. La
réalité est complètement zappée.


Spectacle : « Le bio aide a préserver l'environnement »


Réalité : « Le bio existe car l'environnement est foutu »


 


Dans un monde sans problème de pollution, le mot "bio" n'existe pas. L'histoire est là pour le montrer. Il y a 5000 ans, on ne faisait pas tantôt du "bio", tantôt du chimique. On ne faisait que
du bio et le mot "bio" n'existait pas. Car il n'avait pas de raison d'être. Lorsque le vrai bio a finit par disparaitre, nous avons eu besoin de ce mot pour créer une représentation imaginaire de
la réalité disparue.


 


« Non, je suis allé à Central Park, tous les soirs, chez un cultivateur Bio ... »


Ah... La planète vous remercie. Au fait, un aller-retour Paris/New-York c'est 200 000 litres de kérosène brûlés dans l'atmosphère. Pour une durée de 2 fois 6 heures je crois, soit 12 heures de
trajet au total. En 12 heures, vous avez utilisé plus d'essence que l'humain moyen dans sa vie entière.


 


« Mais la réalité est un spectacle depuis la nuit des temps ...le langage est déjà une mascarade et une trahison de la réalité »


Et cette phrase est un prétexte pour conserver votre mode de pensée aligné sur la masse. Cette pensée de masse est une zone de confort de laquelle il est pénible de sortir. Imaginez que vous
deveniez nationaliste, anti-recyclage ou anti-bio, ce serait attroce, non ? Si. Alors reprenez un petit coup de spectacle et tout ira bien, les gens vous applaudiront lorsque vous direz « Il est
mauvais pour un pays de se replier sur lui-même » ou encore « Je suis soucieux de la planète donc je mange bio ». Cela vous sera très profitable. Vos enfants en crèveront sans doute, par contre.



Tietie007 01/05/2010 21:06



 


Mais le problème est aussi d'ordre moral. Pourquoi croire quelque chose qui est faux ? Si le
recyclage d'une bouteille pollue vraiment plus que de mettre la bouteille par terre, autant le savoir.






Qui décide ce qui est vrai ou faux ? Vous ?


 






Pour ça, il faudrait d'abord le voir comme il est. Le spectacle nous empêche de le
voir.


Mais à chacun son monde ! La réel, comme vous le savez bien, est « l'objet pour soi » ! L'objet, en soi, n'est pas atteignable, à part, peut-être, les physiciens qui travaillent sur la
matière !


 


»


Raisonnement spectaculaire. Si la grande catastrophe écologique dont je parle ci-dessus tue
une jolie fleur, est-ce que c'est grave ? Non, mais si on regarde la cause de la mort de cette fleur, le problème c'est qu'elle a aussi de nombreuses autres conséquences un peu moins bénignes. UN
Mac Do à Paris, ce n'est pas grave. Mais c'est le symptôme de quelque chose de beaucoup plus grave (je ne développe pas pour l'instant).






J'attends donc votre développement ultérieur …






Voilà l'exemple parfait. C'est faux et le spectacle vous fait croire que c'est vrai.






Non, pas le spectacle, le concept !  






Il est pratiquement impossible que vous soyez allé à New York sans avoir mangé les produits
d'un de ces géants de la nourriture (Kraft Foods, Nestlé, etc).


  Non, je suis allé à Central Park, tous les soirs, chez un cultivateur Bio ...


Ils y croient parce que le spectacle leur empêche de voir la réalité.






Mais la réalité est un spectacle depuis la nuit des temps ...le langage est déjà une mascarade et
une trahison de la réalité … il n'y a que les zen, qui refuse de parler, qui peuvent, peut-être, être en adéquation avec la réalité ...



DamDam 01/05/2010 20:20



« Le tout est de savoir que l'on vit dans
l'illusion, si on le sait, je ne vois pas où est le problème. »


Le problème ? Eh bien quand on essaie de sauver l'environnement et que l'illusion nous donne le sentiment de
progresser alors qu'en réalité on regresse, il y a problème. Exemple : le recyclage donne l'impression aux gens d'agir, d'aider à la préservation de l'environnement. Cette illusion leur suffit.
Ils se fichent de savoir que le processus total de traitement de leur bouteille en plastique pollue quasiment autant (voire peut-être plus dans certains cas) que s'ils l'avaient jeté directement
dans la nature.


Quand
la première catastrophe écologique d'ampleur planétaire anéantira l'humanité, il sera peut-être trop tard pour se dire "finalement vivre dans l'illusion ça peut poser un léger
problème".


Mais
le problème est aussi d'ordre moral. Pourquoi croire quelque chose qui est faux ? Si le recyclage d'une bouteille pollue vraiment plus que de mettre la bouteille par terre, autant le
savoir.


 


« j'accepte le monde comme il
est »


Pour ça, il faudrait d'abord le
voir comme il est. Le spectacle nous empêche de le voir.


 


« Qu'on trouve Mc
Do ou un Starbuck, à Paris, Londres ou New-York, est-ce vraiment grave ? »


Raisonnement spectaculaire. Si la grande catastrophe écologique dont je parle ci-dessus tue
une jolie fleur, est-ce que c'est grave ? Non, mais si on regarde la cause de la mort de cette fleur, le problème c'est qu'elle a aussi de nombreuses autres conséquences un peu moins bénignes. UN
Mac Do à Paris, ce n'est pas grave. Mais c'est le symptôme de quelque chose de beaucoup plus grave (je ne développe pas pour l'instant).





« Mais on trouve une architecture différente, haussmanienne à Paris, victorienne à Londres ou hyper-moderne
à New-York ! »


Voilà l'exemple parfait. C'est faux et le spectacle vous fait croire que c'est vrai. L'architecture à Paris n'est
absolument pas haussmanienne. Elle le fut, mais ça fait des lustres que plus aucun bâtiment n'a été construit selon l'architecture haussmanienne. Pourtant, quantités de bâtiments ont été
construits ces dernières décennies. Nombre de bâtiments haussmaniens parmis tout ceux-ci : zéro.


Certes, il reste des bâtiments haussmaniens hérités du passé.
Evidemment, je ne le nie pas. MAIS :


- ils ne dureront pas pour l'éternité


- beaucoup sont des faux (eh oui, à Paris est utilisée une
technique qui permet de récupérer la façade d'un vieux bâtiment et la mettre sur un immeuble qui n'est qu'une moderne tour en béton, comme à Disneyland le dehors est joli mais le dedans est en
toc, et même cela on ne pourra pas le faire pour toujours, les façades s'usant).


Donc dites au revoir pour toujours à ces bâtiments de style Haussmanien, car même s'il en reste un certain nombre, ce nombre est condamné à se réduire toujours davantage jusqu'à atteindre zéro.
Cela va arriver dans très peu de temps. N'oubliez pas que l'Homme existe depuis 200 000 années. Haussmann, c'était hier. Demain, il n'y aura plus un seul de ses bâtiments debout. Là, on sera
totalement New York. Pour l'instant, nous ne sommes que sur la route pour l'être tout à fait. Et le spectacle vous suggère cette croyance que Paris et New York n'ont rien à voir, alors qu'elles
sont sur le même chemin, simplement avec un léger décalage, New York étant plus "en avance" que Paris sur le chemin qui mène au tout béton.


 


« Je suis allé à New-York, cet été, et je n'ai mangé aucun Big Mac ! »


Il est pratiquement impossible que vous soyez allé à New York sans avoir mangé les produits d'un de ces
géants de la nourriture (Kraft Foods, Nestlé, etc).


 


« J'ai l'impression que vous
regrettez une culture dite "authentique", qui devrait rester figée à jamais, »


Je
regrette l'authentique. Mais il n'est pas utile que la culture soit figée. Dans nos 200 000 ans d'existence, elle a changé et pas qu'un peu, au fil du temps. J'ai aucun problème avec ça. Par
contre, une nouveauté a surgit récemment. Exemple : les produits à l'ancienne dans les magasins. Purée à l'ancienne, moutarde à l'ancienne, jambon à l'ancienne, c'est la mode des produits "à
l'ancienne". La purée en poudre (!) qui contient du butylhydroxytoluène (si si, ça existe, c'est un conservateur utilisé dans les purée en poudre) avec une photo de grand-mère qui touille sa
purée sur l'emballage, c'est récent. Ca n'existait nul part en 1900. Nul part en 1800. Nul part en 1000. Nul part 2000 ans avant JC. Maintenant ça existe partout, et ça marche. Marquer "à
l'ancienne" sur l'emballage fait vendre plus, parce que les gens y croient. Ils y croient parce que le spectacle leur empêche de voir la réalité. La réalité, c'est que pour être honnête, la
grand-mère de l'emballage devrait être remplacée par un ingénieur en agro-alimentaire. Et dans sa main, pas de cuillère en bois pour touiller sa purée, mais un bidon industriel de
butylhydroxytoluène.


Là, ça ne se vendrait pas aussi bien ! Pourtant, ce serait plus proche de la réalité que cette grand-mère qui bien sûr, n'existe pas et ne travaille pas dans sa
belle cuisine. Le produit est préparé en usine, dans un environnement qui n'ouvre pas vr



Tietie007 10/04/2009 14:03

La Vérité ? Mais la Vérité n'est qu'illusion, il n'y a que dans les religions qu'on trouve des Vérités ! La science, qui tend vers la vérité, ne propose que des vérités transitoires et éphèmères qui sont réfutées par la suite ...Le tout est de savoir que l'on vit dans l'illusion, si on le sait, je ne vois pas où est le problème. Je ne suis aucune quête d'Absolu, ni de transcendance, j'accepte le monde comme il est et je ne désire nullement prescrire à d'autres une "praxis" quelconque. Enoncer que nous vivons dans une société du spectacle, qui n'est que travestissement du réel, certes, je prends acte, et le savoir, déjà, c'est une manière de sortir de cette société du spectacle, puisqu'on a réussi à la nommer ! Il y a toujours eu mis en scène du réel, depuis la nuit des temps, c'est une donnée indissociable de l'humanité qu'est la culture. Le langage, déjà, est un simulacre et est déjà un travestissement du réel que les zens refusent en refusant de parler !Qu'on trouve Mc Do ou un Starbuck, à Paris, Londres ou New-York, est-ce vraiment grave ? Mais on trouve une architecture différente, haussmanienne à Paris, victorienne à Londres ou hyper-moderne à New-York ! New-York n'a rien à voir avec Paris, comme Paris, n'est en rien comparable à Londres ! Certes, les gens s'habillent pareils, mais il n'y a rien de comparable entre Harlem et Barbès, ou entre le marché de Camden et les puces parisiennes !Et même si les occidentaux ont des pratiques consuméristes comparables, ça vous gêne en quoi ? Ca ne me gêne nullement de bouffer une choucroute à Aix en Provence alors que dans le passé, on ne la mangeait qu'en Alsace ...Je ne vois pas où est le problème ! Je suis allé à New-York, cet été, et je n'ai mangé aucun Big Mac ! J'ai l'impression que vous regrettez une culture dite "authentique", qui devrait rester figée à jamais, essentialisée ...La culture pour moi est mouvement, transmutation, mort et renaissance !La société, aujourd'hui, s'incarne dans le mouvement, l'éphémère, le léger, la transmission, l'universel, et ça me va très bien ! Je préfère l'Europe d'aujourd'hui, où l'échange est la norme, que l'Europe d'hier, repliée sur des nationalismes sentant le renfermé, mangée par le ressentiment, bouffée par la xénophobie et traversée régulièrement, par des guerres !Disons que je me soumets volontiers au monde des objets dans la mesure où ça ne gêne pas ma liberté. Je ne suis pas matérialiste donc je n'accumule pas les objets que je jettent régulièrement. Je n'honore pas le "veau d'or" qu'est la bagnole aujourd'hui, ni n'idôlatre le téléphone portable, ni prie, tous les soirs devant Saint PPDA, ni vais me recueillir devant les images pas très pieuses de Voici. Par contre, je suis addict à internet, un fantastique moyen de liberté !

DamDam 10/04/2009 13:05

Tietie007, quand je parlais de Debord et de réalité, je voulais bien sûr parler du mot "réalité" tel qu'entendu par Debord. Aucun rapport avec Platon ou bien des questions existentielles du genre "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?". La clarté n'était malheureusement pas le fort de Debord...Imaginons un acteur qui joue un personnage sur une scène de théâtre. Il est dans la fiction, il simule une personne, des actes, des paroles, des gestes. L'acteur est réel, et son jeu est réel aussi (puisque c'est une vraie fiction et non une imitation de fiction). Mais supposons que cet acteur se mette à croire que son jeu est la réalité, qu'il est non pas un personnage fictif mais une personne qui vit sa vie. Alors la réalité a disparue pour lui. La réalité c'est qu'il récite un texte imaginé par l'auteur de la pièce de théâtre, et qu'il le récite dans le but de divertir un public (et non parce qu'il avait envie de dire ça à ce moment là). S'il n'est pas conscient de ça, alors cette réalité, il ne l'a plus. Elle est perdue pour lui.Ça n'arrive jamais, penserez-vous peut-être. Eh bien selon Debord, notre vie entière, de nos jours, ce n'est que ça. Il dit « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. » Difficile à croire et à appréhender.Un petit exemple concret de réalité qui est devenue virtualité ? Le cinéma, dans sa tentative de médiatiser des fictions, s'inspire de la vie. Les films contiennent nombre de scènes banales et caricaturales. Dans combien de films peut-on voir un monsieur qui se ballade dans la rue en sifflotant son air préféré ? À force de voir cette représentation d'une banalité, notre esprit attache un signe à cette image. En gros, ça fait cool, relax, c'est la classe comme Aldo Maccione. Sur l'écran de cinéma, on voit quelque chose qui semble réel, c'est-à-dire que l'acteur essaie de rendre crédible le fait que son geste est spontanné et non calculé, réfléchi, reproduit, joué. Et notre inconscient a du mal à faire la part des choses entre l'apparence de vrai et le vrai, du moins quand il est soumis à une grande quantité de médiatisation de la vie (Le français moyen est devant la télé 3 heures chaque jour, en moyenne, auxquelles il faut rajouter tous les autres médias, c'est une quantité quotidienne monumentale). Voilà pourquoi siffler est à la mode depuis 5 ou 6 ans environ. À tel point que par chez moi à Paris, il est difficile de passer dans une rue fréquentée sans voir ça au moins une fois, et souvent plusieurs, alors qu'il y a 10 ans c'était mille fois plus rare car il n'y avait que les siffleurs réels. Maintenant y'a les réels (qui subsistent), plus tous les autres (nettement plus nombreux d'après ce que j'ai constaté dans ma sociologie de rue). Ce genre de choses que personne ne remarque apparaît clairement quand on en a l'habitude. Avant d'avoir creusé autant le sujet, jamais je ne m'en serais aperçu. Et ces siffleurs virtuels, si on leur demande pourquoi ils font ça, diront qu'ils aiment bien cet air, qu'ils sont joyeux, qu'ils en ont envie. Leur conscience ne réalise pas leur objectif réel, comme l'acteur qui ne voie plus qu'il joue un jeu.Tout est affaire de sémiotique, de signes, comme Baudrillard a tenté de vous l'expliquer dans Le système des objets. Un acte réel (siffler un air de musique) va être utilisé pour envoyer un signe (qui est "je suis cool, je vous apparaît en ce moment comme Aldo Maccionne m'est apparu au ciné parce que le réalisateur a cherché un moyen de le faire paraître cool"). Mais c'est inconscient.Mais pourquoi est-ce que je vais chercher aussi loin ? Si vraiment l'intégralité de notre vie est devenue virtuelle, je n'ai qu'à prendre l'exemple qui est sous mon nez en cet instant même, c'est-à-dire cette page web. Vous par exemple. Vous dîtes : « Mais le monde, heureusement, est plus complexe, et ne se résume pas à cette lutte du Bien et du Mal. Que diable, un peu de "nuance", comme disait Montesquieu, et Chomsky ne fait pas dans la nuance ...». Est-ce que cette nuance que vous demandez est véritablement l'objectif ? Non, l'objectif est la vérité.Si je disais (mais je ne le pense pas) que le monde est entièrement bien ou entièrement mal, le problème serait que c'est erroné, et non pas que ça manque de nuance.Si je dis "Je suis à Paris", alors il n'y a pas besoin de nuance. Je ne suis pas à Rome, même pas un peu. Je suis entièrement à Paris de manière très nette. Pas de nuance, et alors ? Du moment que c'est vrai.Si je dis "Le monde est entièrement bien", alor s je me trompe, c'est tout. Mais si un jour ça devait devenir vrai (on peut rêver), alors je ne vais pas dire aux gens "un peu de nuance que diable !". Si c'est vrai, alors c'est vrai.En réalité, les mots "nuance" et "vision manichéenne" font partie d'un langage médiatisé que Debord appelle « langage de la séparation ». D'après lui, ce langage est utilisé par les gens afin de se représenter eux-mêmes comme étant supérieurs aux autres (je dirais plutôt : afin de se placer dans la représentation qu'ils ont des gens qu'il faut être, quitte à ce que ça ne soit pas réel).Là encore, on voit ces expressions partout et tout le temps. À tel point que si vous cherchez "vision manichéenne" sur google.fr, le moteur de recherche vous propose "vision manichéenne" alors que vous n'avez même pas fini de taper l'expression (ce qui signifie que l'expression est très recherchée par les internautes).Mais ça alors, ça envoie quel signe ? Très simple, le signe "j'ai du recul", et donc "je comprends les choses".Soit dit en passant, je n'ai pas du tout une vision manichéenne. Moi-même je suis affecté par la société spectaculaire, et c'est dur de lutter contre 25 années de formatage. Mais en même temps, c'est parce que ça m'affecte et que je parle ce langage que j'ai pu l'identifier autour de moi, grâce à l'empathie. Donc pour l'instant je ne fais partie ni des vrais ni des faux, mais je travaille à me rapprocher des vrais (ce que je ne pourrai jamais atteindre totalement, je pense).Pour en revenir aux voyages, qu'est-ce que vous trouvez à l'étranger qui vaille le déplacement (y'a beaucoup de choses, c'est certain, mais j'aimerais avoir votre point de vue) ? Je trouve qu'à Berlin, Paris, Londres ou Amsterdam, les gens sont très semblables. Je suis parisien, je suis en train de vous parlez via ce blog. C'est quoi la différence avec un berlinois de mon âge ? Je suis persuadé qu'en cet instant précis, des milliers de berlinois sont en train d'écrire sur un blog, sur la même plateforme de blog, avec le même ordinateur, dans le même appartement décoré pareillement chez Ikéa, dans la même tenue que moi (jeans et T-shirt), en train d'écouter le même genre de musique que moi en ce moment.Les gens voyagent pour l'héritage du passé. Si Paris attire tant, c'est parce qu'on a Notre-Dame ou l'Arc de Triomphe. Les touristes se foutent bien de nos immeubles modernes en béton ou en verre, les mêmes qu'ils ont déjà dans leur pays. Ils se foutent bien de retrouver les mêmes gens. Enlevez tout ce qui est caractéristique du passé à Paris, et le tourisme sera en chute libre. Pas la peine de dépenser des milliers de dollars pour venir de New York afin de venir manger un Big Mac ici. Ils veulent découvrir nos recettes ancestrales dont ils entendent parler chez eux.Vous, vous parlez de différences frappantes dans les capitales européennes. À part ce qui nous reste du passé et qui est voué à disparaitre tôt ou tard, quelles sont ces différences ? Pour avoir voyagé en Allemagne ou en Espagne, les gens là-bas ne m'ont pas frappé par leur différences. Les plus anciens, peut-être, mais les jeunes, non, ils sont comme moi.Dernière chose, vous dîtes « Baudrillard explique l'aliénation des hommes par rapport aux objets, ce n'est pas pour ça que je vais aller vivre dans une grotte et me convertir à l'érémitisme ! ». Être libre, ce n'est pas se soumettre. Un esclave n'aurait jamais dit "Oui je réalise parfaitement ma condition d'esclave, et alors ? Je ne vais pas me rebeller et aspirer à vivre libre ! » Ne vous soumettez pas. C