"Science nazie" par B.Müller-Hill

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lien sur ce blog avec :  La génétique, science nazie (l'eugénisme biologique)



Benno Müller-Hill

Science nazie, science de mort 
L'extermination des juifs, des tziganes 
et des malades mentaux de 1933 à 1945




INTRODUCTION

Benno Müller-Hill analyse dans son livre les conditions d'un massacre, pour lequel nous pouvons nous demander s'il s'agit de l'organisation scientifique d'un massacre ou d'un massacre pour la science. Pour cela, il a étudié les archives ainsi que beaucoup de livres et revues d'anthropologues et de psychiatres. Il a également interrogé une partie des scientifiques encore vivants, ou des personnes de leur famille.

 La génétique s'est infiltrée dans bon nombre de sciences humaines comme la psychiatrie, la psychologie, l'anthropologie. En étudiant les effets de la génétique dans l'anthropologie et la psychiatrie, on découvre un champ de ruines.

"A quelle vitesse oublie-t-on le sang de ces milliers de morts !"

L'Histoire est tellement chaotique et parsemée de crimes que l'on se croirait dans un cauchemar. Ce qui frappe dans cette Histoire, c'est aussi  l'organisation de l'oubli permettant la construction et le maintien de la fausse conscience.

 "Et bien des généticiens et anthropologues ne sont sortis de ce mauvais rêve que pour plonger dans le sommeil profond de l'amnésie" (p. 10)

 

1) De la ségrégation des juifs à la stérilisation 
des malades mentaux

Il est facile de résumer l'idéologie des nationaux-socialistes qui a conduit à l'eugénisme : 

La diversité des être humains a un fondement biologique. Ce qui rend les Juifs juifs, les Tziganes tziganes, les Asociaux asociaux et les Malades mentaux malades mentaux réside dans le sang, et donc dans les gènes. Tous les groupes susmentionnés, et d'autres encore, sont inférieurs. Il ne peut donc pas y avoir d'égalité de droits entre les être inférieurs et les supérieurs. La possibilité de voir les êtres inférieurs se reproduire plus vite que les supérieurs existe. Il faut donc sélectionner, stériliser, éliminer, écarter, c'est-à-dire tuer les êtres inférieurs ; ne pas le faire, c'est porter la responsabilité de la disparition de la culture. Le meurtre des différents : tel est le message mystérieux et secret. C'est une idéologie de la destruction, du mystère et de l'adoration du sang. (p. 15)

Des psychiatres et des anthropologues défendaient des positions analogues et s'étaient réparti les tâches : les anthropologues s'occupaient de la détection et de la sélection des non-Allemands inférieurs (Juifs, Tziganes, Slaves et Noirs). Les psychiatres travaillaient à  la détection et de la sélection des Allemands inférieurs (schizophrènes, épileptiques, idiots, psychopathes).

Le point commun des psychiatres et des anthropologues fut leur participation à l'extermination des "différents", des êtres inférieurs. L'extermination progressa pas à pas. La thèse de Benno Müller-Hill est la suivante : l'idée géniale d'Hitler a été de créer, dans un premier temps le simple cadre général - et non pas le plan détaillé - qui permettait de mener à bien l'extermination totale des "différents", la solution finale. Nous voyons les scientifiques bourgeois accomplir en hésitant, mais en avançant régulièrement, progressivement, le chemin qui mène à la solution finale pour chacun des groupes. Tous n'ont pas fait la totalité de ce parcours. Ceux qui s'en sont éloignés ont fermé les yeux. Ou mieux : ils ont été aveuglés. Ils ne savaient vraiment rien - tout comme Hitler, c'est l'opinion d'un grand nombre de personnes, "ne savaient rien". Benno Müller-Hill insiste : "Ils ne voulaient rien savoir, ces savants"... On vit ainsi naître cette étrange communauté composée des "émigrés de l'intérieur" aveugles, et des destructeurs qui suivirent, eux, jusqu'au bout, la voie menant à la solution finale. (p. 16)

La "loi sur la rénovation du corps des fonctionnaires" (avril 1933) détermina les critères d'exclusion pour les Juifs et les personnes ayant un passé politique. Afin de donner une explication biologique à cette loi, un zoologue écrivit un nouveau chapitre sur les maladies parasitaires où il qualifiait de "parasites" les membres des "races étrangères".

Le comportement de l'administration générale, du "Sénat" et des directeurs de la société de l'empereur Guillaume montre le rôle que jouait dans l'establishment scientifique le mode de pensée des anthropologues soucieux de se "séparer" des Juifs, c'est-à-dire l'antisémitisme de l'idéologie national-socialiste : il y était devenu un lieu commun. (p. 17)

Le licenciement massif de Juifs et demi-Juifs se réalisa, sauf pour les directeurs (dans un premier temps) ; Il y eu infiniment peu de protestation. Même les directeurs juifs respectèrent l'ordre de licencier leurs employés juifs. Les uns avaient peur, les autres étaient enthousiastes à la vue des postes qui se libéraient. C'est l'enthousiasme qui a été le plus fort.

Un professeur a tenté, d'expliquer à Hitler l'absurdité du licenciement des "Juifs précieux", en particulier les scientifiques, sans effet. Pour Hitler "un Juif est un Juif" et "dès qu'il y en a un quelque part, il en vient de partout pour s'agglutiner autour de lui".  (p. 20)

Le 14 janvier 1933 fut promulguée la "Loi sur la transmission des maladies héréditaires" qui permettait "dans les cas de débilité mentale innée, de schizophrénie, de troubles mentaux cycliques (maniaco-dépressifs), d'épilepsie héréditaire, de danse de Saint-Guy héréditaire, de cécité héréditaire, de surdité héréditaire, de déformations corporelles graves et d'alcoolisme grave", la stérilisation forcée. (p. 23)

Toutes sortes de théories ont été avancées sur l'hérédité de certaines maladies, en particulier sur la schizophrénie, entraînant des décisions de stérilisation plus que fantaisistes, comme celle des "porteurs sains" (hétérozygotes) d'un gène de la schizophrénie. Ces hétérozygotes pouvaient être repérés "par de petites anomalies". Devant l'ampleur de ce projet impliquant l'examen d'environ 20 % de la population, puis la stérilisation d'environ 10 % de celle-ci, des protestations s'élevèrent, dont celles de psychiatres isolés. L'Église s'éleva contre cette loi, mais les évêques n'avaient rien contre la stérilisation si elle était utilisée comme punition. Cette restriction ne fut pas retenue. Les médecins fonctionnaires et les directeurs des établissements en milieu fermé étaient contraints par la loi de demander, dans le cadre de leurs fonctions, la stérilisation de leurs patients. La demande était ensuite transmise à un "Tribunal de santé héréditaire" constitué d'un médecin fonctionnaire, d'un médecin "libre" et d'un magistrat. la décision était prise à la majorité, c'est à dire par les médecins. L'intéressé apprenait souvent au moment de l'audience de quoi il s'agissait, et avait été convoqué sous un faux motif. Il était dépourvu de tout droit : impossibilité de consulter son dossier et d'avoir un conseiller juridique. Le contexte légal n'était qu'une apparence et l'intéressé était transformé en objet

L'objectif formulé en 1934 était qu'un document biologicohéréditaire soit établi pour chaque citoyen et chaque habitant de l'État. "Il ne suffit pas, tant s'en faut, de ne pas être porteur d'une maladie héréditaire, au sens où l'entend la loi, pour être ne bonne santé héréditaire et digne de se reproduire." Des spéculations étaient faites sur la qualité nécessaire pour que la reproduction illimitée des citoyens (ceux reconnus comme ayant des droits) soit utile à la race. (p.25)

Un bon nombre d'anthropologues ont poussé l'idéologie jusqu'à vouloir soumettre toute relation sexuelle à une autorisation. Mais cela ne s'est pas réalisé. Cependant un pas dans ce sens avait été fait avec l'interdiction de se marier pour les personnes souffrant d'un trouble mental faisant apparaître le mariage "indésirable pour la communauté du peuple". On interdisait ainsi le mariage à la grande masse des schizophrènes et des dépressifs stérilisés. Mais les moyens mis en oeuvre n'étaient pas suffisants pour recenser tous les "psychopathes" indésirables. (p.25)

Mars 1935, le groupe de travail n°2 du Conseil des spécialistes en politique démographique et raciale débattit de la stérilisation des enfants de couleurs. Une décision fut prise en 1937, sans texte écrit, mais mise en oeuvre : stérilisation forcée sans base légale. Un Comité d'expert fut mis en place pour examiner les enfants. 385 enfants de couleurs furent stérilisés par opération chirurgicale et constituèrent un "matériau" exploité scientifiquement. (p.26)

Lors de cette réunion, fut également exposé la volonté d'élargissement du groupe de maladies donnant lieu à la stérilisation aux "fardeaux" que représentaient tous "les psychopathes moralement égarés, ou présentant de graves défaillances éthiques et par la même socialement inférieurs" et "la très grande meute de criminels potentiels et irrécupérables". Dès lors les "asociaux", en plus d'être stérilisés devinrent les objets des juristes. Quelques mois plus tard, une "mise à l'épreuve" des asociaux et anti-sociaux fut décidée...  "... des camps de concentration dirigés par l'état, où ils seraient contraints d'accomplir, sous une surveillance rigoureuse, un travail productif et utile à la société". Cette loi ne fût jamais élargie, mais on estima à 200 000 le nombre de stérilisations pratiquées chaque année dans le Reich. Selon d'autres études (par le ministère de la justice, à la demande d'Hitler)  firent apparaître le nombre de 62 463 personnes stérilisées en 1934, et un total de 367 femmes et 70 hommes morts de cette opération durant trois années. (p. 29)

On peut conclure qu'entre 350 000 et 400 000 personnes ont été stérilisées. Le programme de stérilisation prit fin à partir du décret d'août 1939. les médecins et juges furent alors utilisés pour la guerre, mais aussi pour la mise à mort de ceux que l'on devait autrefois stériliser.

Dans la volonté d'empêcher les mariages inter-raciaux et de protéger le sang arien, fut promulgué en 1935 la "Loi pour la protection du sang allemand et de l'honneur allemand", qui interdisait aussi les relations extraconjugales entre Juifs et ressortissants de l'État de sang allemand. Les anthropologues se félicitèrent de la promulgation des lois de Nuremberg. (p. 30)

Retour aux psychiatres :

Dans les années vingt, les hôpitaux psychiatriques régionaux étaient devenus des établissements de surveillance où les patients attendaient leur libération ou leur mort, sans qu'on leur fasse suivre la moindre thérapie.  Les instituts deviennent également intéressant sur le plan financier par l'introduction du travail forcé et non payé "thérapie par le travail". Dans les années trente l'innovation consiste à généraliser les traitements de choc : électrochocs, chocs à l'insuline ou au cardiazol. Les instituts psychiatriques ressemblaient aux camps de concentration. Celui qui s'y trouvait n'en sortait pas et n'avait aucun droits. "Quand il se rebiffait, il avait droit au cardiazol, à l'insuline ou à l'électricité, jusqu'à vingt reprises" (Schneider). (p. 36)

  

2) De la mise à mort des malades mentaux à celle des juifs 
et des tziganes

On a commencé par encourager sciemment, dans certaines cliniques, la mise à mort des patients par la faim et la maladie. Puis une loi sur l'"euthanasie" fut peaufinée par un groupe constitué de professeurs psychiatres, de directeurs d'établissement, de médecins SS et de fonctionnaires médicaux. Tous étaient d'accord sur la nécessité de cette loi. (1939) De multiples formulations plus monstrueuses les unes que les autres furent proposées pour préciser et justifier de cette "Opération euthanasie". (p.37,38)

Les hôpitaux régionaux et tous les hospices se vidèrent rapidement. Les bureaux nationaux-socialistes se battaient pour récupérer les précieux bâtiments. Parallèlement, une opération sur le long terme avait pour but d'empêcher la reproduction des malades mentaux qu'on ne pouvait supprimer. Un "Comité du Reich" fût créé afin de définir les critères de l'euthanasie des enfants de ces malades : malformations cervicales, puis ensuite, mise à mort d'adolescent "schizophrènes-asociaux" et "débiles mentaux". A l'intérieur du Reich, une enquête reposant sur un questionnaire d'une seule page servait de base à la décision, menée par des experts (professeurs et docteurs en médecine) rémunérés pour chaque décision. Ensuite ils étaient gazés, nus, au monoxyde de carbone (l'IG_Farben, aujourd'hui BASF). En Poméranie, Prusse occidentale et Pologne où les malades mentaux furent exécutés sans expertise. Ce processus commencé dans le plus grand secret fut bientôt connu de toute la population. Des réactions se sont manifestées, pour lesquelles Benno Müller-Hil a consulté des lettres, mais pas une seule n'était signée par un psychiatre. (p. 40)

 Les psychiatres et anthropologues perdirent progressivement leur prestige, en même temps qu'ils perdaient leurs patients.... les êtres inférieurs qu'il fallait supprimer. le peu de survivants "bénéficiaient" de la réforme de la "psychiatrie moderne" : électrochocs, travail forcé... censée leur faire recouvrir la liberté. les inaptes au tavail étaient euthanasiés discrètement.

Des propositions furent émises pour envoyer les "psychopathes" en camps de concentration : tous ceux qui s'élevaient "sous une forme anormale", contre le grand massacre. Benno Müller-Hil démontre comment tous ceux qui ne s'adaptaient pas au régime étaient considérés comme malades mentaux, comme les soldats névrosés, et à ce titre, subissaient un "traitement psychiatrique" qui se résumait à une "torture par l'électricité" aux techniques de plus en plus élaborée, causant une peur panique, une terreur, à qui l'avait subie ne serait-ce qu'une fois. 

les déportations de Juifs ou de Tziganes dans les Ghettos ou les camps de concentration avaient commencé. Le journal des SS (Schwarze Korps), peu après la Nuit de Cristal, mentionne le passage à la phase finale de la question juive, en faisant apparaître explicitement la volonté de "stigmatiser". 
Himmler à Hitler (memorendum d4 23 mars 1943) : "J'espère voir... totalement disparaître la notion de Juif." Le processus se déroula pour les dernières phases du règlement de la "Solution globale de la question Juive" : déportations et exterminations. 

Au printemps 1942 la Wehrmarcht passera de l'extermination par la faim à celle par le travail. Il fût débattu de la définition des groupes de personnes devant être tuées immédiatement, de celles utilisables. (p. 50) Pour qu'un individu échappe à la mort immédiate, il fallait justifier de son utilité vivant, en tant qu'"instrument", "objet d'examen". L'utilité des individus pour les anthropologues menaient souvent à leur sélection pour l 'extermination. Par exemple, le Dr Beger, anthropologue et SS, sélectionna une centaine de "Juifs typiques" à Auschwitz, que le Pr Hirt fit ensuite gazer au camp de concentration tout proche de Natzeiller, pour sa collection anthropologique. (p. 52)

Des méthodes visant à déterminer si telle personne était juive, demi-juive au quart de juive furent mises en oeuvre. De groupes de déportés furent constitués en fonction du traitement qui leur était réservé. Les enfants et les personnes âgées du groupe II furent déportés dans des villages vide où on les livra au froid et à la faim. D'autres furent livrés à des mesures plus radicales.

La population des pays occupés étaient réduites à l'état d'esclave sans droits dont la police disposait à sa guise. La "Loi contre les personnes étrangères à la communauté (asociaux)" était la seule justice. C'étaient toutes celles qui ne pouvaient ou ne voulaient pas se soumettre  inconditionnellement à l'État. (p. 58)

Le Pr Kranz et le Dr Koller avaient estimé à au moins un million le nombre de "personnes" allemandes "étrangères à la communauté". Des fichiers ont été établis afin de distinguer qui il faut éliminer et qui il faut promouvoir

Les Tziganes et métis tziganes ont fait l'objet d'études, d'un "inventaire" et on été qualifiés d'asociaux, de primitifs. Un "solution finale au problème tzigane" a été trouvée en terme de stérilisations, de déportations, pour être intégrés à la politique de la "solution finale de la question juive" qui s'est soldée par des exterminations. (p. 61) Sur les 20 943 Tziganes enregistrés à Auschwitz, 3461 furent transférés dans d'autres camps. Tous les autres moururent de faim, de maladie ou par le gaz. Les Tziganes étaient morts, mais le matériau anthropologique que l'on avait collecté à leur sujet, survécut à la guerre.

Une fois les victimes Tziganes mortes, leurs spécialistes en cherchèrent de nouvelles, avec un nouveau programme "évaluation spéculative des jeunes asociaux". Les caractéristiques anthropologiques, psychiatriques et généalogiques des jeunes gens ayant subi une condamnation, furent examinées de la même manière. (p. 65) Les enquêtes du Dr Ritter devaient avoir un caractère de "modèle" et montrer que l'on pouvait, tout comme avec les Tziganes, livrer à la stérilisation et au camp de concentration des familles entières.

Différents modes de stérilisation ont été pratiqués et expérimentés, comme la castration par rayon X, que l'on tenta de transformer à un procédé de stérilisation à la chaîne à Auschwitz, où fut aussi testé un mode de stérilisation rapide par injection intra-utérine de formaldéhyde ; quelques castrations expérimentales on été faites aussi avec un poison végétal censé avoir des effets analogues. (p. 67)

Le 10 décembre 1941, Himmler ordonna que des commissions de médecins visitent l'ensemble des camps de concentration pour les "épurer" de leurs prisonniers inaptes au travail, malades et psychopathes - c'est à dire communistes. Ceux qui avaient été ainsi triés (sur dossier), quelques milliers de prisonniers, furent tués au monoxyde de carbone. Un pas de plus avait été franchi par cette équipe de médecins menée par les Pr Heyde et Nitsche ; le diagnostic : vieux, malade, juif, prêtre, communiste, social-démocrate suffisait à présent à justifier la mise à mort. L'opération continua jusqu'à ce que le manque de travailleurs inquiète. A partir de là, l'ordre de sélection pour la mort porta uniquement sur les malades mentaux.

Pour ce qui est des patients de longue durée des hôpitaux psychiatriques ayant survécu à "l'opération euthanasie", le Gouvernement réduisit le minimum vital en matière de ration alimentaire et supprima l'approvisionnement en charbon pour l'hiver ; ce qui provoqua la mort généralisée par dénutrition, maladie et froid. Dans certains établissements, la mort fût accélérée par piqûre et administration de Luminal. Le but était que ces morts se distinguent à peine des morts naturelles. D'après l'étude de différentes statistiques de cette époque, Benno Müller-Hil  arrive à un total de 94 000 personnes assassinées en hôpital psychiatrique.

A peu près 40 000 malades mentaux hospitalisés moururent par dénutrition en France pendant la même période. Les psychiatres français suivirent l'exemple allemand sans avoir reçu d'ordres. cf. M. Lafond "l'extermination douce", édition de l'Areppi, Ligné, 1987.

 

3) l'exploitation des citoyens déchus de leurs droits dans la recherche anthropologique et psychiatrique

Le service d'anatomie cervicale de l'IEG de Recherche sur le Cerveau n'éprouva aucun scrupule a travailler sur les cerveaux des personnes assassinées. Des quantités importantes de cerveaux ont été récupérés suites aux assassinats en établissement d'extermination.(p. 71) Le Pr Hallervorden de l'IEG de Recherche sur le Cerveau fait état, quant à lui, des 500 cerveaux de débiles mentaux qu'il a disséqués et préparés pour examen, pendant l'été 1942. Dans un rapport de cette même IEG on pouvait lire : "Le nombre des autopsie d'enfants a sensiblement augmenté dans l'établissement de Haar. Il serait donc possible d'obtenir un matériau abondant, rare et précieux, sur la question des dommages cervicaux infantiles et sur celles des malformations congénitales..."

Un projet de création de centres de recherche où les patients pourraient, préalablement à leur mise à mort et à la récupération de leur cerveau, subir un examen psychologique et physiologique détaillé, fut approuvé. Le projet concerna en particulier des enfants "idiots". Des projets spécifiques furent menés, entraînant le ciblage de certains sujets en fonction de leur intérêt pour la science, voués à l'euthanasie après examens, puis la récupération des cerveaux et/ ou d'autres organes. (p. 72/74)

Le Pr Schneider se réjouissait de "l'augmentation constante du matériau." Le Pr von Verschuer; directeur de l'IEG d'anthropologie, utilisa les gigantesques possibilités qu'offraient Auschwitz ; il y fut aidé par son ancien assistant, le Dr Mengele, nommé médecin de camp à Auschwitz. Il devait y mener deux projets : "Albumines spécifiques" et Couleurs des yeux".

Le Dr Wagner, avec l'aide du centre de recherche du Dr Ritter, avait travaillé tout particulièrement sur les jumeaux. Il avait trouvé deux familles portant une anomalie notable de l'œil. Il annonçait l'étude d'autres familles porteuses d'anomalies oculaires. Le Dr Nyiszli raconte dans son livre qu'il a dû préparer et envoyer à l'institut de de Dahlem les yeux partiellement hétérochromatiques de quatre paires de jumeaux que le Dr Mengele avait tués par injection cardiaque. On tua également, pour la même finalité, tous les membres d'une famille de huit personnes aux yeux hétérochromatiques. (p. 77)

A Auschwitz, la sélection réservée aux médecins et anthropologues, permettait d'effectuer un tri. Celui-ci permit au Dr Mengele de trouver, entre autres, plus de cent paires de jumeaux et à peu près autant de familles de nains ou de malformés. On prenait les mesures des jumeaux et des nains, et après leur mort, il étaient autopsiés. Le Dr Nyiszli extrayait tous les organes susceptibles de présenter un intérêt scientifique pour que le Dr Mengele puisse les examiner. (p. 77/78)

De multiples expériences étaient menées. Une d'entre elles consista a injecter à des jumeaux juifs et tziganes uni- ou bivitellins, la même quantité de bactéries du typhus (Dr Mengele). Des échantillons de sang étaient envoyées à Berlin pour analyse et suivi de l'évolution de la maladie. L'objectif était de déterminer l'influence héréditaire dans le développement de la maladie. Le Dr Mengele  a profité des nombreux avantages que représentait Auschwitz, pour sa carrière scientifique autant que pour son enrichissement personnel, au regard de la mine d'or constituée par les dernières possessions des victimes. (p. 79)

Du rôle de quelques anthropologues et de l'idée qu'ils se faisaient d'eux-mêmes

Nous avons vu que la pratique scientifique de l'anthropologie et de la psychiatrie a dévoilé, peu à peu, sa véritable nature, le meurtre massif de ceux qui pensaient autrement, et comment s'est déroulé le processus. Les anthropologues et psychiatres n'avaient cependant aucun pouvoir ; on se servait d'eux pour justifier le pillage et le meurtre, et pour donner au programme des nazis un lustre scientifique et une apparence d'ordre.

Ce programme de destruction a permis à la bourgeoisie de servir ses propres intérêts.

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Les militaires espéraient et obtinrent le réarmement et les guerres, victorieuses dans un premier temps.
Les industriels espéraient et obtinrent l'anéantissement de la démocratie et du monde ouvrier.
La dangereuse concurrence des médecins, des avocats et des commerçants juifs disparut.
On put acquérir à bon prix les biens de ceux qu'on avait chassés.
Les places vacantes des assistants et des professeurs renvoyés ouvrirent des possibilités de carrière, y compris aux étudiants et aux assistants qui n'y seraient pas parvenu auparavant.
Les anthropologues et les psychiatres pensaient qu'on accorderait  à leurs recherches des subventions gigantesques, puisque leur travail donnait une tournure scientifique au mythe national-socialiste.

La propagande nazie les fit d'abord hésiter, mais l'antisémitisme ne les inquiéta jamais. Il commença par éliminer leur concurrence, puis leur fournit des ouvriers esclaves. (p. 81)  

La forme de domination exercée troublait les idées de chacun.

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En particulier, les scientifiques ne savaient pas qu'elle était leur situation et celles des autres. 
On ne savait jamais vraiment qui prenait les décisions. 
Chacun se sentait en danger et était l'ennemi de tous. 
Tout le monde dénonçait tout le monde.
 (p. 82)

De multiples actions de conditionnement furent menées de diverses manières ; de nombreux écrits témoignent de l'idéologie eugéniste et de sa diffusion, ainsi que de la mégalomanie ambiante.

Pour exemple :  réponse du Pr Fischer à la proposition qui lui était faite de présider un "Congres anti-juifs" : "... Je considère comme excellent et absolument nécessaire votre projet de fonder un front scientifique pour défendre la culture européenne contre l'influence du judaïsme.  ... Je suis également disposé a participé à un groupe de travail, notamment s'il porte sur la biologie raciale. Que vous m'en proposiez la présidence est pour moi une preuve de confiance qui m'honore et dont je tenterai volontiers de me montrer digne... Parmi les Français, je choisirai le Pr G. Montadon. Vous savez sans doute que ce professeur à l'École d'Anthropologie de Paris est coéditeur de L'Ethnie française, un mensuel fortement anti-juif, et qu'il a rédigé cette gentille petite brochure : Qu'est-ce qu'un Juif ..." ? (p. 87)

Toutes sortes de théories sont apparues visant à cautionner scientifiquement cet eugénisme, dont certaines extrêmement fantaisistes qui ont -quand même - parfois donné lieu à des conflits entre scientifiques. (se reporter au livre p. 87 à  96) Mais aucun des anthropologues ou psychiatres concernés n'a écrit de véritable histoire de sa science durant ces années.

Les anthropologues et les psychiatres ne portaient jamais sur eux-mêmes ou sur leurs collègues un regard d'anthropologue ou de psychiatre.

 

Benno Müller-Hil pose, à ce stade du livre, neuf questions pour élucider le mystère de l'extermination. Je propose à chacun d'y réfléchir et de se reporter au livre pour avoir les réponses de Benno Müller-Hill qui ne sont pas mentionnées dans la présente synthèse. Je ne présente ici que quelques clés des réponses qui sont complexes.

1) Pourquoi le fascisme allemand, et justement lui, a-t-il provoqué le meurtre massif des Juifs, Tziganes, des asociaux, des Slaves et des malades mentaux ? Pourquoi les psychiatres et anthropologues allemands ont-ils contribués à l'organisation de l'extermination de leurs clients et patients, et participé à la propagande qui la prépara ? Pourquoi n'y a-t-il pas eu d'extermination comparable dans les autres pays fascistes, comme l'Italie et l'Espagne ? Pourquoi n'a-t-on pas constaté d'évolution analogue dans les pays démocratiques, la France, l'Angleterre ou les États Unis ? (p. 97)

- L'Allemagne était l'un des pays en pointe dans les domaines scientifiques et industriels. La psychiatrie et l'anthropologie en étaient les meilleures et les plus grandes disciplines. 
...

- Les scientifiques tiennent à l'objectivité, mais la pure objectivité conduit à considérer toute chose comme faisable. La division du travail dans le processus scientifique répond elle aussi à l'objectivité. L'expertise, le meurtre, et l'extraction des organes n'étaient pas effectués par les mêmes personnes. Les scientifiques chargés de l'expertise participaient à l'extermination, mais ne la voyait pas
...

- "Les scientifiques subliment leur sexualité dans l'effort de découverte et leur pulsion de mort, de destruction, dans l'analyse."  Avant même le national-socialisme les psychiatres et anthropologues avaient commencé à désublimer leur pulsion de mort. Avec la ségrégation ils ne classaient plus des idées mais des êtres humains. Le pas suivant fut la stérilisation qui est une menace de mort symbolique. La solution finale était la quintessence de la désublimation : le meurtre de masse. 
D'où leur venait cette disposition à parcourir le chemin de la désublimation ? D'où venait cette haine et ce ressentiment qui permirent à ces bourgeois - car ils étaient tous fils et filles de familles bourgeoises - de détruire avec tant de légèreté ceux qu'ils ne comprenaient pas ? Cette haine était-elle un produit de l'histoire allemande, ou bien était-elle internationale ? (p. 99) 

2) D'où venait l'antisémitisme ? (p. 100)

- En Allemagne l'antisémitisme était présent depuis longtemps. Dès le XVè siècle, on en trouve des pratiques, mais il devient omniprésent dès la fin du XVIIIè sicèle et au XIXè siècle. 
...

- La jalousie ne suffit pas a expliquer seule l'antisémitisme. Benno Müller-Hil nous livre une explication basée sur le fait de l'identification du Juif à la femme, dans un contexte où les fils soumis à leur père tyrannique avaient appris à mépriser leur mère. Des théories ont été publiées accréditant la thèse des femmes "inférieures", et faisant état de la comparaison entre ces "femmes inférieures" et les Juifs. Mais la mère allemande, ne pouvant pas être inférieure, "des êtres inférieurs l'avaient forcément infériorisée". L'origine de la haine envers les Juifs et de leur extermination pourrait avoir un rapport avec une pulsion sexuelle méconnue. Les pratiques coercitives concernant la sexualité des êtres considérés "inférieurs" étaient éloquentes ; notamment la sexualité des malades mentaux et des Tziganes inquiétait et angoissait depuis longtemps les spécialistes. (p. 101/102)
... 

3) Qu'est-ce qui faisait des médecins, et d'eux justement, des messagers virtuels de
    l'extermination ?

- Depuis toujours l'activité médicale comprend des petites parts de destruction : amputations, avortements (sur indication sociale ou génétique), ... Le Pr von Weizäcker l'a dit dans une conférence tenue à Heidelberg (1933), en se plaignant que l'on ne dispose que d'une "théorie de la destruction incomplète". "Seule une politique populaire de destruction qu'on aura conçue dans ses moindres détails s'avèrerait non seulement préservatrice, mais aussi créatrice".1 Il qualifiait aussi les schizophrènes d'"inférieurs". Son idée de "destruction" évolua dans le temps vers la notion de "sacrifice" qui le captivait.(p. 102) Il découvrit que pour les médecins comme pour les masses, les "mesures d'extermination et d'élimination prises" sous le national-socialisme" puisèrent sans doute leur plus grande force dans l'idée de sacrifice qui les parcourait... car ... l'idée de sacrifice est un condensé de mise à mort et de rédemption".2  Le Pr von Weizäcker se faisait l'apôtre du "sacrifice solidaire". 

- Les psychiatres et anthropologues avaient un pouvoir de diagnostic mais pas de pouvoir thérapeutique. Jusqu'à la fin des années 1920, il n'exista aucune espèce de thérapie pour les maladies mentales telles que la schizophrénie et la dépression. Pour eux, les grandes maladies mentales, et pour les anthropologues les infériorités raciales, étaient congénitales. Les messages que les médecins de la ss et du parti communiquaient dans leurs textes invitaient les masses à penser que ces malades mentaux ainsi que les Juifs "inspiraient l'horreur". De l'horreur, cette forme extrême du dégoût, à la destruction, il n'y a eu qu'un pas. (p. 107)

4) Pourquoi l'extermination des Juifs et des malades mentaux était-elle un secret ?

- Pour la plupart des hommes la vision des charniers stoppe leur fascination pour la destruction. Seulement quelques individus avaient une volonté de destruction suffisamment forte pour vouloir servir dans le temple du fascisme allemand : devant les fours d'Auschwitz. Chacun savait que les Juifs et les malades mentaux étaient assassinés, mais personne n'était autorisé à le dire. Le cœur terrifiant du fascisme allemand, l'extermination, était un secret connu de tous et devait le rester. Hitler était l'oracle de l'extermination. On ne devait pas plus prononcer le nom de l'extermination qu'on ne prononce le nom de Dieu.

Hitler donna aux bourgeois allemands la possibilité de vivre leurs désirs de destruction, mais sans leur interdire de proclamer qu'ils avaient agi sous la contrainte et qu'ils n'étaient pas informés. Il en fit de tout petits enfants, dotés d'une si courte mémoire qu'ils pouvaient dire qu'ils n'avaient vraiment rien su. Tout comme les psychiatres tentaient de transformer leur patients en enfants immatures et incapables de se souvenir. Himmler, le "grand-prêtre" d'Hitler, avait également réfléchi au problème et glorifiait son sens du secret comme celui de ses camarades. (p. 108)
Qu'avaient fait les parents, les professeurs, le monde, à ces enfants, au petit Himmler, au petit Hitler, pour qu'ils deviennent de tels monstres ?

5) Existait-il dès le début un "plan" d'extermination des malades mentaux, des Juifs et des Tziganes et des Slaves ? (p. 108 / 109)

Certaines actions ont été planifiées, mais d'autres se sont dégagées dans l'enchaînement des causes à effet des forces destructrices déchaînées par Hitler.

6) Le national-socialisme peut-il renaître en Allemagne ou ailleurs ? (p. 109 / 110)

Benno Müller-Hill (1989) "considère comme possible que les force de destruction, en République Fédérale ou en Europe se réveille une fois de plus. Peut-être la réification des être humains dans les démocraties occidentales est-elle déjà allée assez loin pour que les spécialistes des sciences naturelles et les technologues parviennent à assurer, sous la bannière d'une technologie atomique ou "verte", le triomphe de la destruction".

7) les travaux expérimentaux menés par les professeurs Hallervorden et von Verschuer que j'ai décrit dans ce livre doivent-ils être récusés parce qu'ils constituent une mauvaise science ou sont non scientifiques, ou bien parce qu'ils ont été menés sur de mauvais objets, c'est à dire sur des hommes qu'on avait privé de leurs droits ? (p. 110 à 112)

- Si ces travaux avaient été menés sur des souris, dire qu'ils étaient de mauvaises expériences serait une injustice. Le problème essentiel est que les scientifiques ont pratiqué ces expériences sur des êtres dépossédés de leurs droits. On ne peut pas séparer les scientifiques en deux groupes : les innocents, et les criminels. Les meurtres ne sont pas les seuls actes condamnables.

- Les garde-fous institutionnels n'ont pas rempli leur rôle. Le système de contrôle par les experts spécialisés n'a pas fonctionné. Pour certains experts chargés de ce contrôle, certains êtres humains n'étaient que des animaux (de laboratoire) d'un genre particulier. Il n'existe qu'un espoir, il réside dans la publicité des travaux, dans l'absence de secret scientifique. En respectant l'une et l'autre, on peut espérer que ceux des scientifiques qui ne confondent pas les hommes d'une autre "espèce" que la leur avec des animaux (de laboratoire) finiront par s'imposer. Cela signifie aussi qu'il faut parler de la destruction pour pouvoir s'en préserver. Vouloir comprendre ce que l'on récuse et ce qu'on ne veut pas employer n'a rien de réjouissant. Travailler sur la destruction blesse et souille. Mais le refoulement dans l'inexprimé aveugle et paralyse.

8) Considérons tout de même l'activité scientifique des anthropologues et des psychiatres comme une grande expérience ratée, et suivons les dans leur propre logique. Que nous enseigne cette grande expérience ? (p. 112 à 114)

- Il a été démontré qu'elle n'était pas uniquement le fruit de l'égarement de quelques individus, mais qu'elle avait pour origine des défaillances de la psychiatrie et de l'anthropologie elles-mêmes. Nombre de psychiatres et anthropologues cités ont trahi leur science en consacrant à leur mythologie des sacrifices sanglants d'innocents

- L'analyse des charlataneries scientifiques des psychiatres de l'époque pourraient faire l'objet d'un autre livre. Toutes ces exagérations sans nuance révèlent encore aujourd'hui les mythologies fondamentales qui régissent cette discipline

- Benno Müller-Hil ouvre ici la voie à une autre forme de qualification des maladies mentales (ici mentionnées) et à une autre façon d'appréhender les personnes présentant une souffrance ou un retard. Il souligne à quel point les examens et pronostics pratiqués transforment l'être humain en objet obéissant ou en animal. Tel était le point commun entre les psychiatres, les anthropologues et Hitler.

9) Y a-t-il eu en Allemagne des anthropologues et des psychiatres qui n'entraient pas dans le tableau brossé ici ?

- Non, pour ce qui est des anthropologues et des généticiens travaillant sur l'homme. Ceux qui ont participé aux débats sur les formes de destruction en désirant sincèrement la freiner lui ont, en fin de compte, donné un lustre scientifique. Croire que l'on pouvait canaliser le flot de l'extermination était une erreur fondamentale.

- Benno Müller-Hil n'a trouvé aucun témoignage écrit de psychiatre contre l'euthanasie. Un psyhciatre avait tenté, à l'époque, d'inciter les professeurs titulaires de chaire à protester en commun, mais sans effet. Aucun psychiatre allemand n'a accompagné ses patients dans leur dernier parcours.


Benno Müller-Hil conclue en précisant qu'il s'est efforcé de traduire les actes et les positions des psychiatres et anthropologues allemands dans la langue qu'ils employaient eux-mêmes. "On n'entend pas dans mes phrases les hurlements des enfants quand l'injection de chloroforme atteignait leur cœur... ... Les yeux des assassinés sont braqués sur nous, grands ouverts".

 
Aucune indignation n'est efficace quand elle ne repose pas sur des connaissances et sur une colère durable : "Si je ne me défends pas, qui me défendra ? Si je n'existe que pour moi, que suis-je ? Si ce n'est pas maintenant, quand donc ?"  (Aboth)
 
   
Avertissement

 
"Quand cessera toute cette destruction ?" demanda le Dr Nyiszli au Dr Mengele à Auschwitz. Celui-ci répondit : "Mon ami ! Ca continue toujours, toujours, toujours !"
 

 

ENTRETIENS 

Ces entretiens sont menés avec  des scientifiques ayant participé au génocide encore vivants, ou des personnes de leur famille. (p. 119 à 191)

La lecture de ces entretiens témoigne à quel point la loi du silence est ancrée jusque dans les générations succédantes, et la fausse conscience individuelle et collective solidement construite.

© J. Abadie 

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Notes :

1) Von Weizäcker : Arztliche Fragen (Questions médicales), Iéna 1934 
2) Von Weizäcker : Eutanasie und Menschenversuche (Euthanasie et expérimentation sur l'être humain), Heidelberg 1947

 

Sur un thème concordant :

- La synthèse du livre "Soumission à l'autorité" de Stanley Milgarm

aussi sur ce blog :
L'eugénisme, science nazie
Penser Auschwitz avec Heidegger
Hitler menteur (Heidegger et Mein Kampf)

Publié dans Science

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jp 23/07/2007 23:05

merci infiniment pour toutes vos références. votre remarque que le nazisme est l'application en Europe des pratiques coloniales (camps de concentration et déportations) me permets d'ajouter à votre liste le 2e tome des Origines du totalitarisme de Arendt, intitulé "L'impérialisme", qui traite magistralement cette question.

Roland 23/07/2007 22:38

Deŭ livres qui viennent compléter de façon fort utile ce dossier sont :"Modernité et holocauste" de Zygmunt Bauman (avec le lien avec le scientisme, la modernité, la division du travail, le soucis de l'efficacité, l'importance de la deshumanisation préalable des victimes (remarquez que aussi de nos jours les US ont sorti des arguments byzantins visant à dire que les prisonniers d'aBour ĝraib et de Guantanamo ne sont pas couverts par les conventions de Génève sur les crimes de guerre, etc)."La société pure" de Pichot Ed Champs FlammarionUne autre source de la culture génocidaire qui avait infecté l'Europe, est bien entendu les pratiques du colonialisme, dont les génocides nazis sont les descendants directs en Europe même, pour l'éclairage de ce vaste domaine dont là aussi on a organisé l'oubli, un livres s'impose:"Exterminez toutes ces brutes" de Sven Lindqvist