La génétique, science nazie (l'eugénisme biologique)

Publié le par jp



Dans les années 70, des hommes politiques se sont prononcés pour la stérilisation des personnes atteintes de maladies héréditaires. Quiconque n'est pas pris d'une nausée irrépressible en apprenant cela devrait s'interroger sur sa santé mentale. Si on cherche les vrais néo-nazis, c'est à ce genre de discours qu'on peut les reconnaître : la multiplication des critères biologiques étant inévitable dans la recherche de la "normalité", c'est au fond comme dans les projets de Hitler le monde entier qu'il faudra stériliser. 

Dès qu'on commence à penser en termes de sélection génétique, on est nazi. La société idéale des nazis est en effet basée sur ce genre de pratique à grande échelle, pratique qui a pour nom l'eugénisme. Eugénisme et nazisme sont en fait synonymes, au point qu'on devrait parler historiquement d'eugénisme plutôt que de nazisme si on voulait être précis, le mot "nazi" n'ayant aucun sens en lui-même (si ce n'est celui ironique de "socialisme national"). 

mais au fait 

Qu’est-ce que l’eugénisme ? 
source : http://www.genethique.org/

Est-ce la tentation de produire l’homme parfait ? Le désir d’enfant parfait ? Le refus de l’anormalité ?
L’eugénisme est-il nécessairement étatique ? Peut-il être individuel ?
Historiquement, l’eugénisme a subi plusieurs étapes : de l’art de bien engendrer, on est passé à une pseudo-science avec l’amélioration des qualités natives, puis ce fut les projets politiques du 20ème siècle discrédités par les nazis, enfin aujourd’hui, on parle de néo-eugénisme.
Ainsi Platon, dans « La République », décrivait une politique destinée à éviter qu’une union se fasse au hasard dans la cité : il fallait élever les enfants des élites si on voulait la perfection.
L’art de bien engendrer est une préoccupation ancestrale. C’est le souci de se doter d’une descendance exempte de tares. Dans nos sociétés aux valeurs individualistes, il existe un ensemble d’attitudes, de préférences qui renvoient à des représentations qui accompagnent les questions liées à la descendance. Il s’agit de la biomédecine du désir, la volonté d’un enfant sans défaut dit « normal ». La hantise d’un enfant malformé est telle qu’elle motive une large acceptation de mesures euthanasiques pour les nouveaux nés ou des décisions d’abandon. Il y a donc clairement une intolérance à l’égard de l’anormalité qui s’incarne dans des affaires juridiques. On peut donc parler d’une imprégnation eugéniste des mentalités autour du rejet de l’enfant malformé ou atteint d’une maladie incurable. Pour exemple, l’avis du Comité consultatif national d’éthique de janvier 2000 « 
Fin de vie, arrêt de vie, euthanasie » qui admet l’exception d’euthanasie pour « le cas des nouveau-nés autonomes et porteurs de séquelles neurologiques extrêmes incurables dont les parents ont été informés ».
Plus tard, c’est Francis Galton qui est considéré comme le fondateur de l’eugénisme moderne. Il prétend tirer de la théorie de Charles Darwin (« l’origine des espèces » de 1859) une méthode scientifique permettant l’amélioration des qualités natives. Ainsi, selon lui, avec les progrès de la civilisation, les grands principes des sociétés démocratiques, tels que l’altruisme, nuisent et entraînent la dégénérescence de l’espèce humaine. L’objectif de Galton n’était pas d’améliorer l’espèce humaine en général mais d’assurer le développement et la prédominance des êtres humains qu’ils jugent supérieurs. Ses idées le conduisent ainsi à rejeter toute solidarité envers les miséreux. Surtout, Galton conclut « qu’il faut favoriser la survie des plus aptes et ralentir ou interrompre la reproduction des inaptes. »
Ainsi, peu à peu, les théories raciales se développent : il faut assurer la domination des races supérieures.
Au 20ème siècle, les savants sont persuadés de pouvoir changer les données biologiques. Se dégage notamment la distinction entre l’eugénisme négatif, pour écarter certaines personnes qui transmettent de mauvais caractères et ainsi raréfier les tares héréditaires, et l’eugénisme positif, qui encourage la reproduction des personnes capables de transmettre les bons caractères.
L’idéal d’une aristocratie biologique se dessine notamment avec Charles Richet, Jean Rostand et Alexis Carrel. Ce dernier, dans « l’homme cet inconnu » de 1935, dira notamment : « Pour la perpétuation d’une élite, l’eugénisme est indispensable. Il est évident qu’une race doit reproduire ses meilleurs éléments. » Tous les eugénistes sont convaincus de la primauté de l’hérédité sur le milieu culturel et social, et mettent en avant le déterminisme génétique dans le déroulement de l’existence humaine.
L’eugénisme politique, quant à lui, se développera principalement aux Etats-Unis, avec les stérilisations forcées, ce qui induit que dans un pays démocratique, l’eugénisme était bien présent.
Dès 1907, l’Etat de l’Indiana a promulgué une loi de stérilisation obligatoire des dégénérés héréditaires. Dans les années 30, plus de trente Etats étaient dotés d’une telle législation. La question qui se posait était de savoir si ces mesures d’eugénisme négatif étaient ou non conformes à la Constitution américaine et aux droits fondamentaux. Sur ce point, la Cour Suprême fut saisie en 1927 : affaire Buck contre Bell. Dès lors que le caractère héréditaire était prouvé (« trois générations d’imbéciles suffisent »), la stérilisation était légale.
Suite à cette décision, de nombreuses lois sur la stérilisation des épileptiques, des déficients mentaux se multiplièrent.
En 1942, la Cour Suprême fut de nouveau saisie de la constitutionnalité d’une loi de stérilisation : affaire Skinner contre Oklahoma. Cette loi permettait la stérilisation d’une personne qui avait été condamnée pour des infractions à 3 reprises.
La Cour déclara cette loi inconstitutionnelle pour la raison suivante : « L’ordonnance, en excluant une catégorie d’infraction de son application, viole la clause d’égale protection des lois, garantie par le 14ème amendement ». Aucune mention n’était faite du caractère mutilant de la stérilisation et de son appartenance à une politique d’eugénisme ! Il n’y avait aucun fondement sur le fait que la stérilisation, pour un comportement anti-social héréditaire, était répréhensible.
Mais c’est surtout l’exemple de l’Allemagne nazie et de ses atrocités qui illustre par excellence le gros du contingent des doctrinaires de l’eugénisme.
Avec les progrès spectaculaires de la médecine, du génie génétique, de la biologie en général, l’eugénisme réapparaît, de nos jours, au cœur des discours et des débats : c’est le néo-eugénisme.
Une traduction fort connue des idées eugénistes a été la création, par exemple, aux Etats-Unis, de banque de sperme de donneurs sélectionnés en fonction de leur valeur intellectuelle et morale.
Certains ont pu arguer du fait qu’il fallait lutter contre le fardeau génétique au nom du principe de bienfaisance. Il faudrait donc valoriser l’eugénisme par rapport aux générations futures : la préservation, voire l’amélioration des qualités génétiques des groupes présents serait un impératif de bienfaisance à l’égard des générations futures.
En France, Jacques Testart a affirmé que la conjugaison potentielle de la génétique et de la procréation médicalement assistée permettrait une pratique eugéniste nouvelle non autoritaire mais efficace, tout autant contraire à la dignité humaine que l’eugénisme d’Etat (« l’œuf transparent ») .

La loi du 29 juillet 1994 relative au respect du corps humain complète le Code civil et le Code pénal en interdisant et sanctionnant les pratiques eugéniques. Les pratiques eugénistes sont regardées comme des atteintes à l’intégrité de l’espèce humaine. La législation nouvelle s’oppose donc avant tout à l’eugénisme collectif. En effet, l’article 16.4 du Code civil énonce : « Nul ne peut porter atteinte à l’intégrité de l’espèce humaine »et que « toute pratique eugénique tendant à l’organisation de la sélection des personnes est interdite. » L’article 511.1 du Code pénal, quant à lui, dispose « Le fait de mettre en œuvre une pratique eugénique tendant à l’organisation de la sélection des personnes est puni de vingt ans de réclusion criminelle. »
 
source : http://www.genethique.org/
http://www.genethique.org/doss_theme/dossiers/eugenisme/definition.htm



La référence à Platon est un peu rapide : les Anciens pratiquaient un eugénisme essentiellement différent, basé sur des critères non-biologiques. Pour faire court, on peut distinguer un eugénisme biologique et un eugénisme culturel. Dans l'Antiquité c'était là une pratique très ordinaire. Une sage-femme n'était pas qu'une accoucheuse, elle était aussi une entremetteuse : elle disait qui marier avec qui pour avoir de beaux enfants. 

Aussi Socrate se vante-t-il de savoir, en tant que fils de sage-femme lui-même, qui doit dialoguer avec qui pour enfanter de beaux discours. (Socrate mariait les âmes et aussi les Idées : c'était une sorte d'entremetteur spirituel. D'où l'importance que prendra chez son disciple Platon la théorie du métaxu, le moyen-terme qui permet la participation aux Idées.) En bref, les Anciens ne sélectionnaient pas mais harmonisaient. 

L'eugénisme moderne est autrement plus inquiétant : on voit mal comment la sélection biologique pourrait ne pas devenir un jour une pratique courante, avec un risque non seulement moral mais aussi (ce qu'on dit moins) celui démentiel d'anéantir purement et simplement l'humanité en détériorant son "patrimoine génétique" (c'est inévitable à court ou à long terme car Errare humanum est, rappelait simplement Hannah Arendt). 

La science avec en particulier la biologie est en train de rendre possible la domination absolue de l'homme que les nazis espéraient tant. Les nanotechnologies qu'on admire partout permettent déjà de contrôler le cerveau d'un rat pour le faire marcher dans la direction qu'on veut grâce à un simple ordinateur... Le nazisme est clairement en germes dans la biologie. Le remarquer ce n'est pas être technophobe mais sain d'esprit. La science n'est pas innocente. Benno Müller-Hill a exploré les liens voire les affinités entre la science et le nazisme dans un texte exceptionnel sur l'eugénisme dans l'Allemagne nazie :

"Benno Müller-Hill analyse dans son livre les conditions d'un massacre, pour lequel nous pouvons nous demander s'il s'agit de l'organisation scientifique d'un massacre ou d'un massacre pour la science."


- Benno Müller-Hill, "Science nazie" 
Science nazie, science de mort - 
L'extermination des juifs, des tziganes et des malades mentaux de 1933 à 1945
ou
http://perso.orange.fr/qualiconsult/muller.html

- Histoire de l'eugénisme (doc vidéo) 

- S.Milgram,
Soumission à l'autorité 
http://perso.orange.fr/qualiconsult/milgram.html


Voir aussi les autres articles sur le nazisme :

Publié dans Science

Commenter cet article

tom 05/02/2011 06:03



Quand on veux combattre des idées radicales la premières des bétises à ne pas faire est de soi même tombé dans des discours radicaux. quand on parle de "pensée en terme de sélection génétique" on
ne peut déclarer si ouvertement que ça que l'on pense tel un nazis. un exemple concret: il est maintenant possible de savoir si l'enfant que l'on porte est atteint par une tare génétique (comme
la trisomie 21 par exemple) et l'on donne au couple la possibilité d'intrerrompre la grossesse, certain le font d'autre non. ceux qui le font peuvent ils être considéré comme des nazis ? permet
moi d'en douter.  



Crick 17/09/2010 12:33



Errare Humanum est, certes l'erreur est humaine, mais elle a surtout pour origine la mécompréhension de facteurs importants, ici la génétique et la biologie moléculaire.


Les connaissances en biologie, et en particulier en génétique et biologie moléculaire, sont de nos jours si évolués que la plus grande partie de votre alimentation provient d'un eugénisme
biologique performant.


Je doute très fortement de la détérioration du patrimoine génétique humain par la sélection biologique. N'oubliez pas, que vous êtes issue d'un groupe minoritaire d'homo sapiens (population de
moins de  100 000 individus à un moment clef de notre histoire) et que la sélection naturelle, qui n'est rien d'autre qu'une forme d'eugénisme, favorise la survie de l'espèce plutôt que sa
disparition.



jp 30/07/2007 00:15

Si ce sont des citations du livre de Faye elles sont trafiquées, attention. Il dit des choses qui font peur, mais en fait il invente des faits, tronque les textes et traduit à contre sens, et ça en permanence. et au milieu il met des textes parfois volontairement ambigus (y a la gestapo) et dit : c'est quand même suspect. au final on a plein de soupçons mais aucune preuve. c'est démontré dans Heidegger à plus forte raison. A ce propos la revue Esprit de ce mois-ci consacre justement un article à ridiculiser Faye. quelqu'un veut nous le scanner? http://www.esprit.presse.fr/review/article.php?code=14135Si vous avez lu Faye sans être prévenu, je comprend que vous preniez Heidegger pour un monstre, ou au minimum un penseur de droite. C'est Faye le monstre : faire passer Heidegger pour un eugéniste...  Heidegger, je pèse mes mots, est le penseur le plus anti-biologiste qui soit (question de la technique). Il est dans quel camp Faye? c'est quoi son but? Pourquoi il cherche à discréditer les penseurs anti-nazis? Il faut que je reprenne le cours sur Nietzsche qui visait à empêcher sa récupération par les nazis.

Anthony 29/07/2007 09:55

Sur le rapport de Heidegger à l'eugénisme :_113-114. Discours à l'institut d'anatomie pathologique de Fribourg (département à la réputation sulfureuse) : "Pour ce qui est sain et pour ce qui est malade, un peuple et une époque se donnent à eux-mêmes la loi en fonction de la grandeur intérieure et de l'étendue de leur existence. Le peuple allemand est maintenant en train de retrouver son essence propre et de se rendre digne de son grand destin. Adolf Hitler notre grand Führer et chanelier, a créé à travers la révolution nationale-socialiste un Etat nouveau par lequel le peuple doit à nouveau s'assurer d'une durée et d'une cnstante de son histoire [...]. Pour tout peuple, le premier garant de son authenticité et de sa grandeur est dans son sang, son sol et sa croissance corporelle". GA 16 151._116. Heidegger écrit au ministère de Karlsruhe pour exiger la création dont il rappelle qu'il la réclame "depuis des mois" d'une "chaire de professeur ordinaire de doctrine raciale et de biologie héréditaire" GA16 269._116-117 amitié avec Eugen Fischer dès 1933 qui se poursuivra après 1945 selon le témoignage de sa femme Gertrude rapporté par Benno Müller-Hilll, Murderous Science, Elimination by Scientific Sélection of Jews, Gypsies and Others... , Oxford, 1988, p. 108. Eugen Fischer, médecin eugéniste et raciologue, dirige l'Institut de Berlin où sera formé Mengele, le médecin d'Auswitz. Fischer interviendra en faveur de Heidegger pour qu'il soit exempté de "service de défense" contrairement à l'esprit de sacrifice enseigné à ses étudiants.Heidegger dit aussi, mais là c'est une citation tronquée " ce que l'assainissement futur du coprs du peuple siginfie" GA 16 233

jp 22/07/2007 20:21

Merci beaucoup pour l'excellent lien sur l'hygiénisme nazi. Je l'insère dans l'article.On voit bien qu'il y a un rapport direct entre les lois eugénistes californiennes de 1909 et celles de Hitler, qui n'était donc pas du tout un original. Le nazisme n'est malheureusement pas un phénomène isolé ou accidentel, loin de là. Il est directement en prise avec le monde de la technique moderne qui va bientôt entrer dans sa phase finale avec les nanotechnologies grâce auxquelles on va pouvoir tous nous transformer en robots. Si ces recherches permettent de soigner quelques maladies héréditaires, tant mieux, mais à quoi bon si l'humanité a disparu?De toute façon on ne peut plus arrêter ce processus de domination de la nature : c'est presque fait. C'est pourquoi les protestations ethiques sont complètement inutiles. Quand vous dites que le nazisme est ce que devient l'hygiénisme quand il n'y a pas de garde-fou, je vous trouve optimiste. Je ne vois pas quel garde fou empêchera un jour ou l'autre un nouveau Hitler de recommencer et cette fois il aura à sa disposition des moyens technologiques démesurés.