Dasein et Fantasia - La philo de Heidegger (2)

Publié le par F.Fédier (1999)

 
 


Dasein et Fantasia 
 
(existence et espace imaginaire)


Parlant du mot grec fantasia dans son sens original, Heidegger écrit à la page 98 du livre Holzwege – paru en 1950 [traduit sous le titre CHEMINS / qui ne mènent nulle part] :
"fantasia, d.h. das zum Erscheinen-Kommen des Anwesenden als eines solchen für den zum Erscheinenden hin anwesenden Menschen. "

fantasia : que ce qui entre en présence vienne paraître à l’être humain, qui lui-même entre en présence en s’ouvrant à ce qui apparaît.
Traduisons cette phrase en essayant de rendre tout le registre de ses nuances. Il s’agit de dégager ce que dit le mot grec fantasia (2). C’est pourquoi ce mot est suivi de l’abréviation « d.h. » : das heißt, la manière courante de dire « c’est-à-dire ».
Suit d’abord un verbe substantivé, selon la particularité très commune en allemand (alors qu’en français cette forme est plutôt rare) (3) : das zum Erscheinen-Kommen ; regardons comment c’est fabriqué. Il y a là deux verbes articulés l’un avec l’autre : le <fait de> venir au paraître.
« Zum Erscheinen », en allemand, a peut-être en plus une nuance d’aboutissement (4) – laquelle en français ressort encore mieux si l’on supprime la préposition : le <fait de> venir paraître (5).

Le fait de venir paraître. Pourquoi pas « simplement » : le fait de paraître ? Précisément pour distinguer entre paraître et venir paraître. Est-ce là une distinction oiseuse ? Pas du tout s’il s’agit d’insister sur ce que nous venons d’appeler la nuance d’aboutissement, laquelle implique bien quelque chose comme un parcours. Porter expressément attention au paraître comme aboutissement, c’est regarder le paraître dans le moment même et au sein même de son mouvement d’apparaître.

Les choses, en un sens, ne cessent d’apparaître. La porte de la classe, une fois fermée après que le dernier est entré, ne disparaît pas. Elle continue d’être. Mais tant que je ne pointe pas l’attention sur elle, la porte n’est pour ainsi dire plus dans notre champ de visée. C’est cette modalité majeure de manifestation que désigne la tournure « venir paraître ». On peut dire que venir paraître, c’est devenir manifeste (ce qui est bien, en un sens aigu, l’accomplissement de toute manifestation). Tant que cela n’a pas lieu, il y a une manifestation non encore révélée pleinement (6).

Mais quoi donc achève de se manifester en venant paraître ? La réponse est donnée par le génitif « des Anwesenden ». On traduit habituellement ce mot par « le présent ». Ce qui est à la fois trop peu et malgré tout trop ;

a) trop parce que notre mot présent comporte toujours le sens possible du don (faire présent de quelque chose à quelqu’un) (7) ;
b) trop peu parce que présent – au moins dans l’entente que nous avons de ce mot – a toujours déjà perdu de sa provenance. Das Anwesende : ce qui entre en présence. Le préfixe an- signale une arrivée. Le présent, en réalité, c’est ce qui ne cesse d’arriver. Il n’est pas simplement là (8). Le début de la phrase : « le <fait de> venir paraître » – met en évidence cette caractéristique du présent.

Reprenons notre exemple minimal : la salle de classe n’est présente qu’au moment où nous y faisons expressément attention (9). Alors seulement elle devient présente, c’est-à-dire elle vient paraître, elle apparaît : elle est (dirons-nous au risque de la lourdeur philosophique) phénomène. Quand nous fixons la porte, elle sort pour ainsi dire du flou, pour apparaître elle-même comme ce qu’elle est.
Voilà ce que développe soigneusement la première partie de la phrase qui dessine la figure de la fantasia : 
« le fait pour ce qui entre en présence comme tel [als eines solchen] de venir paraître »

Ce n’est que la première moitié de la phrase, elle ne parle encore nullement de la fantasia ; c’est la seconde moitié qui va la faire paraître.
Il y est question de l’être humain accueillant ce qui entre en présence. L’être humain y est présenté comme lui-même entrant en présence. La manière dont il entre en présence en tant qu’être humain, c’est ce qu’indique le petit mot « hin » – absolument typique de l’allemand (10), et qui désigne quant à lui une orientation : très exactement l’orientation qui partant d’ici où je suis s’en va là-bas au loin (11).
L’être humain déploie sa présence à lui en étant ouvert à quelque chose (12), qui se trouve hors de lui, sinon même loin de lui (13).

Nous examinons une phrase de Heidegger où se trouve, pensons-nous, une description, et non une définition, de la fantasia (de l’« imagination », donc, mais dans un sens tout autre et proprement inouï, en quête duquel nous sommes). Une description – au sens phénoménologique, c’est-à-dire une description où un phénomène est dit, c’est-à-dire exhibé à plein (14).

La première moitié de cette phrase parle de ce qui entre en présence. Entendons sous ce terme : tout ce qui est (quelle que soit sa manière d’être). Tout ce qui est entre en présence. La porte de la classe est à la droite de ceux qui, de leur côté, sont présents au cours.
La phrase parle du « venir paraître de ce qui entre en présence » : « das zum Erscheinen-Kommen des Anwesenden als eines solchen »
La suite de la phrase met en rapport ce venir paraître avec l’être humain. La fantasiva est ce venir paraître tel qu’il a lieu pour l’être humain. Nous avons noté la dernière fois que le mot le plus important de la phrase complète était l’adverbe « hin ». Or ce n’est pas exact (c’est le mot le plus important de la seconde moitié de la phrase !). Aujourd’hui, il faut dire que si l’adverbe « hin » est bien le mot le plus important du second volet de la phrase, le mot le plus important de la phrase entière est la préposition « für » : pour.

La fantasia est quelque chose de spécifiquement humain. C’est l’être humain et seulement lui qui se rapporte explicitement à l’étant [étant = ce qui est = ce qui entre en présence]. Une bête, un chat par exemple, peut bien être décrit comme se rapportant à ce qui est : quand il a faim, il va se nourrir, c’est-à-dire entrer en rapport avec ce qui le nourrit. Mais ce rapport n’est pas explicite. Par quoi nous ne voulons pas d’abord dire que le chat « ne parle pas ». Assurément, le chat préfère telle nourriture à telle autre. Mais en aucun cas nous ne pouvons dire que cette préférence est l’objet d’un véritable débat. Il préfère tout simplement, guidé par son instinct. Pour choisir véritablement, au contraire, il faut une délibération, c’est-à-dire quelque chose comme un for intérieur[16] ; un forum qui est un espace public et commun (il n’y a tout simplement pas d’espace public pour une espèce animale, même pour celles qui vivent en « société »[17] – ce qui signifie qu’il n’y a pas, à part l’espèce humaine, d’animaux politiques). Or nous entrevoyons que, pour qu’il y ait un espace public et commun, la fantasia doit jouer son rôle.

La seconde moitié de la phrase, comme nous venons de le noter, est celle où il est question de l’être humain, pour lequel a lieu le venir paraître de ce qui entre en présence en tant que présent. L’être humain, dit la phrase, est lui-même entrant en présence. Sa façon d’entrer en présence, qui a lieu dans le mouvement d’aller d’ici à là-bas au loin (hin), cette très typique manière d’être est marquée par la fantasia.
Nous ne comprenons encore rien de bien distinct. C’est tout à fait dans l’ordre. Reprenons les éléments un à un.

1°) L’être humain.
C’est manifestement quelque chose. Chacun, tous autant que nous sommes, nous sommes quelque chose qui est. Que veut dire être quand il s’agit d’un être humain? La table est-elle au même sens d’être qu’un humain ? Manifestement non. Si je la frappe, elle rend un son, mais n’éprouve rien.
Mais le chat, si on le frappe, éprouve de la douleur, contrairement à ce que prétendait le Père Malebranche. Cependant, ce que dit Malebranche (à savoir, en bon disciple de Descartes, que si les animaux sont bien des machines, c’est-à-dire des assemblages matériels parfaitement dénués d’âme, ils ne peuvent de fait éprouver aucune émotion, laquelle est toujours émotion de l’âme) présente, malgré sa fausseté manifeste, une très considérable vérité philosophique : celle de séparer absolument l’être humain de la bête.
Que l’être humain soit issu de la grande lignée des mammifères, il n’y a tout simplement pas de sens à le nier. Mais il en est issu, il en est sorti, précisément pour devenir humain
[18].
Peut-être pourrions-nous dire qu’être humain, c’est justement être en sortant – ce qui se dit philosophiquement EXISTENCE (mot qu’il arrive à Heidegger d’écrire ek-sistence pour insister sur cette sortie).
L’être humain n’est pas comme un animal. Cela peut se saisir très simplement en disant que, pour un être humain, c’est à vrai dire être qui se met à devenir une question. Comment être ? [Apprendre à regarder philosophiquement : le chat ne se pose pas la question « comment être ? » Il ne se la pose pas parce qu’il ne parle pas, mais ne parle pas parce que cette question ne se pose pas pour lui[19].]
Être, pour l’être humain, est ce qui fait question. To be or not to be”. N.B.que Hamlet se pose la question du sens de la vie – la question du sens à donner ou à reconnaître, ou bien du sens à dénier à la vie, revient à l’être humain comme une des modalités marquantes de son être[20].

2°) Ce qui entre en présence.
Mais être pour l’être humain comme pour tout ce qui est, c’est déployer une présence. La porte est présente. Les arbres, les animaux sont présents. Pourtant, dans la façon de déployer sa présence doit bien se retrouver chez l’homme la très spécifique caractéristique de son être. En effet, comme le dit la phrase que nous examinons, il est : « zum Erscheinenden hin anwesenden Mensch ».
Nous avons parlé de l’adverbe « hin ». Il désigne en général le mouvement de s’éloigner du lieu où se trouve celui qui parle.
L’être humain est présent quand il déploie cette présence en direction dece qui apparaît, ce qui implique qu’aucun autre étant n’est comme cela, c’est-à-dire dans une « tension » vers ce qui apparaît.
Vérification : je dors ; peut-être rêvé-je. Est-ce que je peux dire que je suis au sens plein du terme quand je rêve ? Je suis éveillé. Je suis au restaurant, et tout en mangeant je pense à mes soucis actuels. Où suis-je ? Suis-je plus au restaurant qu’à mes soucis ?
Je réfléchis à une démonstration géométrique. Je la construis et je l’achève. Je suis géomètre.
La dernière phrase du cours précédant disait : l’être humain déploie sa présence à lui en étant ouvert à quelque chose qui se trouve hors de lui, sinon même loin de lui.
Il aurait mieux valu écrire : sinon même éloigné de lui. Car ce vers quoi il est « tendu » n’est pas à proprement parler loin, si du moins nous prenons ce qui est loin pour ce dont nous sommes séparés par une grande distance – au sens où nous disons que la Lune est loin de la Terre puisqu’elle est à quatre cent neuf mille kilomètres à l’apogée[21], et trois cent soixante mille kilomètres au périgée.
Vers quoi d’éloigné se tend l’être humain en déployant le plus proprement sa manière d’être présent ? Réponse : vers l’apparaissant. Ce n’est rien d’autre que tout ce qui apparaît, en d’autres termes : tout ce qui entre en présence, mais en tant que présent venant paraître ; donc tout ce qui est quand il vient explicitement paraître – quand nous avons rapport exprès à lui.

3°) La fantasia.
Notez bien que nous ne traduisons pas encore le mot grec. La raison pour laquelle nous ne le traduisons pas, c’est que nous ne l’avons pas encore véritablement compris. Aussi nous en tiendrons-nous à ce qui a été dit la dernière fois, à savoir que le mot fantasia dérive du verbe fantazomai, lequel signifie : devenir visible, apparaître [sans que jamais ne vienne interférer quelque nuance de fantasme que ce soit !].
La fantasia est donc, contrairement à tout ce que nous pourrions escompter à partir des significations reçues et habituelles (celles de la fantaisie, voire du fantastique) : le pur et simple espace de la manifestation des choses.
« fantasia : que ce qui entre en présence vienne paraître à l’être humain, qui lui-même entre en présence en s’ouvrant à ce qui apparaît. »
 

(extrait de F.Fédier, "L'imaginaire", Paris 1999)
 
 

 
[2] Il s’agit de dire ce que c’est que la fantasia complètement, mais en peu de mots – elle n’a dès lors plus du tout le sens courant de l’imagination. Le premier à parler thématiquement de l’imagination est Aristote. Cela se trouve dans le Traité de l’âme (Peri psuchês) à partir de la page 427 b27 et suivantes – et sous le nom de fantasia.
En fait, le Peri psuchês ne porte pas sur l’âme, mais sur le principe de la vie – bios : c’est un traité de bio-logie. La psuchê est quelque chose qui est capable d’animer, c’est le principe de la vie, qui est un principe de diversification infini. On a prétendu que c’était de l’anthropocentrisme, alors que pour Aristote la dimension divine est beaucoup plus importante que la dimension humaine.
[3] En français, on dit bien des choses comme « le boire et le manger », mais c’est très inusuel. Aussi traduit-t-on généralement les verbes substantivés allemands en passant par la tournure : « le fait de… »
[4] « zum » désigne le fait d’arriver à…
[5]« Le fait de venir au paraître » / « le fait de venir paraître » : la nuance d’accomplissement est beaucoup plus présente en français qu’en allemand. Le latin et le grec sont capables de nuances, mais de nuances qui prennent une forme grammaticale. Le français n’est que nuances – aussi est-ce une langue très difficile à manier. Le français est la langue la plus nuancée, car les nuances y sont implicites et par conséquent raffinées. [Au Moyen Age, l’enseignement était donné exclusivement dans le latin de l’Eglise. Saint Thomas d’Aquin, né à Naples, a pu ainsi être professeur à Paris. À la Renaissance, les études sont devenues gréco-latines.]
   Dans Erscheinen, on reconnaît le verbe scheinen, équivalent de l’anglais to shine – très exactement fainô –, qui ne signifie pas paraître (puisque shine veut dire briller) mais rayonner. Fainomenon agathon, c’est un bien apparent, un bien qui semble être un bien. La langue française distingue apparition et apparence. L’apparence est évidemment une apparition : un homme politique par exemple apparaît commeil n’estpas. C’est cela, l’apparence : un homme politique qui n’est pas ce qu’il paraît être. Apparence et apparition ne vont pas l’une sans l’autre. Le propre de l’existence, c’est d’avoir séjour là, entre apparition et apparence (Tristan Bernard disait : « Blaise Pascal luttait contre le mal de dent en faisant des mathématiques, moi je luttais contre les mathématiques en feignant d’avoir mal aux dents. »). Le fond de toute apparence est une apparition. L’apparence peut être trompeuse parce qu’elle apparaît. Si elle apparaissait comme apparence, elle ne pourrait pas tromper. En allemand, erscheinen veut dire apparaître, mais dans le sens d’une apparition qui peut éventuellement être une apparence.
[6] Une manifestation non encore révélée pleinement n’est pas une manifestation.
[7] Faire un don, c’est faire présent. Quand Braque dit « nous n’aurons jamais de repos, le présent est perpétuel », il pense dans l’ambiguïté du mot présent, qui désigne à la fois le moment présent et tout ce qui nous arrive.
[8] Selon saint Augustin, il ne faut pas parler de passé et de futur mais de « présent-passé » et de « présent-futur », dans la mesure où l’on appréhende passé et futur dans le présent. Prae-(s)-ens, c’est l’« étant-auprès », ce qui est auprès, ce qui vient. Ce qui est toujours déjà là n’est pas dans le temps.
[9] La porte de la classe est ce qui constitue la classe. Pour dire à quelqu’un de quitter la classe, on dit : « prenez la porte ! » La classe est une classe parce qu’elle est un endroit fermé. La classe est fermée : cela implique que la porte peut à toute heure être ouverte pour laisser entrer de nouveaux auditeurs.
[10] « hin » est un vocable récurrent de la poésie romantique.
[11] En allemand, l’expression hin und her désigne un mouvement de va-et-vient. Hin : aller vers le lointain, d’ici à là-bas loin. Her : venir de là-bas (loin ?) vers ici-même. [En français, cela n’est pas fixé : quand par exemple on dit « allez-y », que signifie « y » ?] De plus, hin indique plus largement qu’un mouvement proprement dit ; ce peut être en effet le mouvement d’un regard. « La poésie est le mouvement d’être partout chez soi », dit Novalis.
[12] En grec : ti (c’est quelque chose de précis).
[13]Dans la lettre du 1er novembre à Catulle Mendès, Mallarmé écrit : « Commençant par : Ô toi qui… et finissant par un vers masculin, je veux chanter, en rimes plates probablement, une des qualités glorieuses de Gautier : Le don mystérieux de voir avec les yeux. (Ôtez : mystérieux). Je chanterai le Voyant qui, placé dans ce monde, l’a regardé, ce que l’on ne fait pas. »
[14] La description phénoménologique fait apparaître ce qui est vraiment.
[15] explicitement c’est-à-dire en tant que tel.
[16] L’expression « en mon for intérieur » signifie « en moi-même », « en mon esprit ». On entend couramment « for » comme « fort », mais c’est un erreur. Le « for », c’est le forum, c’est-à-dire l’espace public. Attention à ne pas confondre « en mon for intérieur » avec « en mon âme et conscience ». Avec le for intérieur, il s’agit au contraire de sortir de la subjectivité interne, d’envisager de la soutenir face à autrui. Qu’il y ait un forum intérieur signifie justement qu’il y a en moi quelque chose qui n’est pas renfermé. Dans le mot conscience, que nous entendons tous au sens de l’intériorité, il y a quelque chose d’inouï : c’est que la conscience met en jeu les autres êtres humains ; la conscience met en jeu un forum. En mon for intérieur, il y a la communauté humaine.
[17] Comme par exemple les abeilles. La société des abeilles est un idéal de société fonctionnelle : certaines d’entre elles sont génétiquement destinées à simplement aérer la ruche ! [Celle des rats est un idéal de société démocratique « avancée », comme on dit.] Les abeilles ont toujours attiré l’attention des hommes : elles sont les ouvrières du miel, qui est la friandise par excellence. La mél-odie est un chant qui a la douceur du miel (ode : le chant). Il y a une satisfaction sans pareille du chant, comme on le voit dans le mythe des cigales du Phèdre de Platon : autrefois, les hommes vivaient sans connaître la musique, mais grâce aux dieux, une certaine espèce d’hommes en entendit pour la première fois, et ces hommes comprirent qu’ils pouvaient chanter. Ils se mirent alors à vivre uniquement pour chanter. Depuis ce temps-là, les cigales ne font que chanter et ne se nourrissent pas (cf. « La Cigale et la Fourmi » de La Fontaine).
[18] Toutes les espèces animales se dirigent toujours vers une complexité supérieure. L’adjectif « reptilien » signifie couramment « archaïque ». Les oiseaux descendent des reptiles. Mais l’hominisation du mammifère est littéralement insaisissable. On ne peut pas animalement sortir de l’animalité. Le chat, à la différence du nourrisson, ne pourra jamais parler. L’origine de l’humain, comme celle du langage, est irréductible à une causation.
[19] Certains soutiendront qu’on ne peut pas savoir si oui ou non le chat se pose cette question. Voir à ce propos ce que dit Aristote de la démonstration au livre Gamma de la Métaphysique : « C’est en effet un manque d’éducation que de ne pas savoir pour quoi il faut chercher des démonstrations et pour quoi il n’en faut pas. »
[20] Même si quelqu’un dit que la vie n’a pas de sens, il va, étrangement, se mettre à vivre tout de même d’une certaine manière.
[21] Que veut dire ici le verbe être ? Nous sommes, en un sens, plus éloignés de l’être que de n’importe quel étant. 
 

Sur l'aspect politique (anti-nazi) de la philosophie heideggerienne, lire 
Heidegger contre le nazisme 
ainsi que les autres dossiers de la rubrique
Le cas Heidegger :

HEIDEGGER CONTRE LE NAZISME

Heidegger contre le nazisme : les textes.
Heidegger : le dérapage de la polémique 
Heidegger contre le nazisme (2) : Penser Auschwitz avec Arendt et Heidegger
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Ritoyenne 26/06/2007 23:32

Si vous pouviez éviter de trop dévier du sujet, ce serait gentil, car c'est assez pénible de lire vos querelles. Recentrez le propos sur le sujet SVP !

DUVOY 26/06/2007 23:28

(Nietzschéen dans la méthode j'entends ; "bourgeois" - puisque vous ne connaissez tous que ce mot pour désigner ceux de mon espèce - dans mes valeurs.) F. Nietzsche, Le Gai Savoir 42 : "Se trouver un travail pour avoir un salaire : - voilà ce qui rend aujourd'hui presque tous les hommes égaux dans les pays civilisés ; pour eux tous le travail est un moyen et non la fin ; c'est pourquoi ils mettent peu de finesse au choix du travail, pourvu qu'il procure un gain abondant. Or, il y a des hommes rares qui préfèrent périr plutôt que de travailler sans plaisir : ils sont délicats et difficiles à satisfaire, ils ne se contentent pas d'un gros gain lorsque le travail n'est pas lui-même le gain de tous les gains. De cette espèce d'hommes rares font partie les artistes et les contemplatifs, mais aussi ces oisifs qui passent leur vie à la chasse ou bien aux intrigues d'amour et aux aventures. Tous cherchent le travail et la peine lorsqu'ils sont mêlés de plaisir, et le travail le plus difficile et le plus dur, s'il le faut. Sinon, ils sont décidés à paresser, quand bien même cette paresse signifierait misère, déshonneur, péril pour la santé et pour la vie. Ils ne craignent pas tant l'ennui que le travail sans plaisir : il leur faut même beaucoup d'ennui pour que leur travaille réussisse. Pour le penseur et pour l'esprit inventif, l'ennui est ce calme plat de l'âme qui précède la course heureuse et les vents joyeux ; il leur faut le supporter, en attendre les effets à part eux : - voilà précisément ce que les natures inférieures n'arrivent absolument pas à obtenir d'elles-mêmes ! Chasser l'ennui à tout prix est aussi vulgaire que travailler sans plaisir."Extrait d'une récension du livre d'Adeline DAUMARD, Les Bourgeois et la bourgeoisie en France depuis 1815.  http://www.histgeo.com/contemporaine/bourgeois.html"A l’origine, les bourgeois sont les habitants des villes. Daumard confronte les définitions du dictionnaire pour ajuster sa propre définition. La caricature campe généralement le bourgeois comme un homme d’argent, le ventre proéminent et le cigare au bec. Le Larousse le présente comme socialement situé entre les ouvriers et les nobles. Hugo parle de « la portion contentée du peuple », Karl Marx subdivise la bourgeoisie en petite, moyenne et grande bourgeoisies. On distingue parfois la bourgeoisie certes des classes populaires mais aussi des classes moyennes. La bourgeoisie se définit également par des valeurs communes : la famille, la liberté religieuse ou politique, le travail par exemple."Le petit bourgeois. En êtes-vous Lanthanonte ? "Dans la frange inférieure se situent les petits boutiquiers, les maîtres artisans, les employés de commerce, commis et demoiselles de magasins. Cette catégorie fait la transition avec le peuple qu’elle côtoie plus volontiers que les autres." "Le bourgeois consacre sa fortune à sa famille, ses amis ; il épargne après avoir utilisé une partie de son argent pour les nécessités de la vie courante ; il investit par exemple dans des actions, pratique qui s’est assez vite répandue tout au long du siècle dernier.La vie bourgeoise se traduit par une vie sociale importante ; les cercles exclusivement masculins se sont par exemple répandus. La participation à la vie politique est fréquente.(...) Bien des petits patrons se joignent à leurs ouvriers pour manger, mais gardent tout de même leurs distances d’une autre manière.""La bourgeoisie s’estime responsable de la gestion du pays ; idéologie qui explique le suffrage censitaire. Elle milite en faveur de certaines libertés politiques comme le droit d’association. Sur un plan politique, l’auteur dit distinguer deux bourgeoisies ; l’une formée par l’Etat, l’autre par l’Eglise."Autre site : "La bourgeoisie tenait en haute estime les sciences, la littérature, les arts, la musique, la culture en général. Les femmes jouaient là un rôle de premier plan. Même si elles devaient habituellement se limiter à une approche passive (théâtre, concerts, expositions) ou à une pratique en amateur, elles déterminaient souvent, par leurs choix, le niveau culturel de la famille.""De fait, le cosmopolitisme des hautes classes ne date pas de la globalisation des affaires de ces dernières décennies. Il est sans doute aussi ancien que les échanges eux-mêmes. Les réseaux internationaux de marchands, unis par des échanges épistolaires et commerciaux, par la circulation des personnes et la fréquence des inter-mariages ont joué un rôle clé dans la genèse des liens commerciaux entre les riches cités d’Europe entre les xive et xviie siècle [2]. Entre la fin du xvie siècle et le xixe siècle, le cosmopolitisme des élites occupe une place décisive dans la formation de la haute finance. Le cas des frères Rothschild, implantés à Francfort, Londres, Paris, Vienne et Naples, illustre bien la force de ce capitalisme familial à une époque où les supports institutionnels à la circulation internationale de l’information sont limités. Les grandes fortunes ont de longue date une composante internationale [3]. C’est au regard de cette ancienneté qu’on peut mettre en lumière les traits spécifiques de l’internationalisation actuelle des classes dirigeantes, et s’interroger sur la redéfinition des principes de hiérarchisation sociale au sein de la bourgeoisie."Autre humeur : "L’anti-libéralisme est petit bourgeois par définition parce qu'il présuppose d'emblée sa haine de la liberté d'entreprendre et de penser qu'il préfère confier aux seuls mains de certains puissants, et non dans les siennes, de peur qu'il soit obligé d'en faire quelque chose. Le petit-bourgeois préfère croire, croître, à l'ombre du père Etat, Parti, église, mosquée, érections officielles.Lorsqu'il est de gauche, il est à la gauche de la gauche, et ses éléments se repèrent par tout un grouillement pseudo romantico-absolutiste qui refuse toute discussion rationnelle et se trouve recyclé à l'heure actuelle chez les Verts, à la gauche de la gauche, vers le pseudo-religieux également. A droite de la droite le refus de discussion est tout autant patent avec néanmoins cette spécificité supplémentaire apportée par la notion de race qui se substitue en fait à celui de classe chez les anti-libéraux de gauche. Mais le principe est le même. Il suffit d'être catalogué de libéral pour être haï, d'emblée.Leur hargne anti-tout fait penser aux enragés de la Terreur, aux anciens adeptes, transis, des "21 conditions" exigées par Lénine et qui finirent comme on sait en fatras ultra féodal maquillé à gauche et le portefeuille en Suisse. Leur hargne rappelle aussi celle des S.A nazis lorsque les termes de mondialisme riment avec cosmopolitisme, capitalisme, sionisme.Aujourd’hui la mouvance anti-libérale petite bourgeoise n'a rien appris, tout oublié tant elle reste, et plus que jamais, qu'elle soit de gauche ou de droite, sous le harnais des résidus hagards du léninisme et du nazisme. C’est-à-dire volontairement toujours incapables de comprendre par exemple la différence entre renverser et réguler le capitalisme. Pour ces petits, bourgeois, là, et toute pluralité gauche, droite, confondue, une seule cause prévaudra, toujours, à tous les maux : le libéralisme et/ou le cosmopolitisme. La supprimer, l'extirper, permettra enfin de tuer, -et définitivement !, le conflit, l'appétit, l'envie, l'ambition, tandis que le(ur) bonheur éperdu, éternel, coulerait à flots."On s'y retrouve Lanathanonte ? Je ne crois pas pour vous, hélàs. 

JP 26/06/2007 22:53

je vous invite tous cordialement à consulter (si vous voulez) un nouvel article : Heidegger, Céline, Kantorowicz... - Les intellectuels et le nazisme (2) et bien sûr à continuer le débat.jp

lanthanonte 26/06/2007 20:43

Bravo M.Duvoy pour votre talent d'humoriste,se définir comme un "nietzschéen bourgeois" c'est très fort,un bel oxymore,heureusement que vous êtes là pour amuser la galerie. Vous arrivez à concilier les contraires de façon remarquable. Je prépare un ouvrage sur les Exégèses des lieux communs de M.Duvoy,alors continuez à sortir des énormités comme ça, je me régale.

oyseaulx 26/06/2007 16:05

L'Etat républicain français s'est illustré en envoyant un million et demi de jeunes Français se faire casser la gueule sur un champ de bataille pour conserver les rentes de la bourgeoisie coloniale française en 1914. C'est Lénine qui avait raison. Et, surtout, Trotsky, le rédacteur du manifeste de Zimmerwald, un des rares textes politiques qui fasse honneur à ses auteurs.