Les citations de Natacha (4)

Publié le par Ritoyenne

Natacha a un train d'avance sur nous autres, humains, elle devance toujours mes propres lectures. J'ai beaucoup de mal à suivre son rythme de travail. Pas plus tard que tout à l'heure, en rentrant de la fac, elle citait :

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« Or l’essentiel, en ce début des années de guerre, c’est d’abord l’enseignement ; c’est ensuite la Résistance ; et c’est enfin une interrogation croissante par rapport à l’œuvre de Heidegger. Sur ce dernier point, il n’est pas un précurseur. Ses aînés, Raymond Aron et Sartre, son cadet, Merleau-Ponty, ont suivi le même itinéraire : ouvrir la réflexion, en France, à l’apport de la philosophie allemande depuis Dilthey. La singularité de Jean Beaufret fut d’aller interroger Heidegger lui-même, alors que ses pairs s’étaient contentés, dans le meilleur des cas, d’une interprétation personnelle. À trente-neuf ans donc, il rencontre l’auteur de Sein und Zeit. À ce moment, Heidegger (plus encore par la vindicte de quelques collègues que par la faute d’une autorité d’occupation débordée) est interdit d’enseignement. II a cinquante-sept ans, et se trouve au faîte de sa puissance de travail. Communiquer dans l’échange, ce besoin sera assouvi au-delà de toute espérance avec l’arrivée de Jean Beaufret. Ce dernier n’est plus un étudiant ; c’est un homme formé, débarrassé des naïvetés de la jeunesse, dont la passion entière, toutefois, couplée à l’habitude exercée de ne pas s’en laisser compter, fait un questionneur endurant et sans complaisance. Le résultat est une rencontre sans précédent, où l’insistance de l’un pousse l’autre à clarifier toujours plus sa pensée, et où, par contre-coup, le questionneur est contraint de radicaliser son rapport à toute la philosophie. Parler de Jean Beaufret , comme “ introducteur de Heidegger en France ”, ou comme “ interlocuteur privilégié ”, c’est rester à la périphérie de ce qui s’est passé là depuis 1946. Jean Beaufret est le premier philosophe à avoir entrepris ce que Heidegger appelle “ le changement de lieu de la pensée ”. Cette œuvre s’est dessinée peu à peu, et elle a pris figure avec les trois tomes publiés aux Éditions de Minuit sous le titre Dialogue avec Heidegger – œuvre maîtresse, que protège et que sert une écriture admirablement adaptée au seul souci de faire signe. Jean Beaufret y a franchi le pas, dans sa langue. avec une originalité elle-même changée. Être original, ce qu’y est plus qu’entretenir un rapport fécond à l’origine, ce qui suppose préalablement la reconnaissance de l’origine. Au tome I du livre, Jean Beaufret écrit : “ Le vrai philosophe regarde et donne à voir. ” Telle est la philosophie en personne. »
François Fédier
Jean Beaufret ou la philosophie en personne
 
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Florian Cova 12/01/2008 19:47

Et même que parfois ils portent des bottes !

oyseaulx, avec les contributions de la sourys papivore 12/01/2008 03:51

Mais ils écrivent.

Florian Cova 12/01/2008 00:17

Bah oui ! C'est un mensonge : tout le monde sait que les chats ne parlent pas.

jp 12/01/2008 00:08

Mensonge : énoncé délibéré d'un fait contraire à la vérité. Accusation grave, donc.

boklm 11/01/2008 22:33

Quel mensonge !