Hitler menteur (Heidegger, les Allemands et Mein Kampf)

Publié le par jp

 

 

Hitler menteur 
(Heidegger, les Allemands et Mein Kampf
)

   
"Que pourrais-je souhaiter d'autre que la tranquillité et la paix?" 

(Hitler, 1935)
 

       
Nous croyons toujours que Hitler a été soutenu sur la base de l'idéologie criminelle de Mein Kampf, alors que rien n'est plus faux. Les Allemands n'ont soutenu Hitler que parce qu'ils croyaient à ses incessants discours de paix.
Historien de référence pour le IIIe Reich, Ian Kershaw a consacré un chapitre entier de son livre Le mythe Hitler au pacifisme revendiqué par celui-ci :

Du retrait de la société des nations en 1933 à la réintroduction du service militaire et au traité naval avec la Grande-Bretagne en 1935, les premiers succès de Hitler dans ses "initiatives surprises" sur le front diplomatique ont été accompagnés - ou immédiatement suivis - de très longues déclarations d'intentions pacifiques. Il a fixé le ton de cette "propagande de paix", à usage tant extérieur qu'intérieur, dans un grand discours prononcé le 17 mai 1933, où il s'est écrié, pathétique, qu'il ne pouvait y avoir pour lui et pour le gouvernement allemand qu' "une seule grande tâche" : "protéger la paix dans le monde". Sa volonté de restaurer l'honneur allemand, a-t-il dit - et il allait par la suite le proclamer bien souvent avec une apparente sincérité -, était fondée sur un profond respect des autres nations, avec lesquelles l'Allemagne national-socialiste souhaitait "du fond du coeur vivre en paix et en harmonie" Deux ans plus tard, Hitler l'a redit en termes très proches : "L'Allemagne nationale-socialiste désire la paix du plus profond de ses convictions idéologiques."

Ian Kershaw, Le mythe Hitler 
Flammarion p.158

 

L'image du "Führer" avant la guerre était ainsi très différente voire opposée à celle que nous en avons aujourd'hui. En regardant les images d'archive des discours de Hitler, nous avons rétrospectivement l'impression de voir un belliciste arrangant des foules hystériques, alors que l'enthousiasme populaire était en fait dû à des raisons exactement inverses. Hitler cherchait évidemment à faire oublier Mein Kampf pour cacher ses intentions criminelles. C'est ce que Kershaw explique :

"Hitler avait toujours eu un talent particulier, proche du génie de la démagogie, pour faire appel aux émotions, espérances et blessures nationales et populistes d'un nombre croissant d'allemands ordinaires, notamment en exploitant la profonde rancoeur qu'éveillait chez eux le seul nom de "Versailles". Mais il s'est délibérément abstenu de développer et de préciser en public ses propres visées annexionnistes et impérialistes du Lebensraum, qui allaient bien au-delà d'une révision du traité de Versailles.

Sage décision de sa part, très probablement. En parler eut été risqué, non seulement sur le plan diplomatique mais même en termes intérieurs : d'emblée, l'aspiration affective et politiquement unificatrice à la restauration de "l'honneur" national et de la "grandeur" du pays aurait été considérablement tempérée par la peur d'une nouvelle guerre et des malheurs qu'elle apporterait au peuple allemand. (...) La terreur de la guerre est restée dans les années trente une dominante du sentiment populaire. (...) <L'image positive de Hitler> le présentait comme un homme de paix, qui cherchait à atteindre ses objectifs par l'habileté politique et non par la force des armes, et se dotait d'une puissance militaire dans un esprit défensif et non offensif."
(ibid. pp.154-156)
 
 

 

De l'avis général, Hitler allait encore obtenir ce qu'il voulait sans effusion de sang <en 1939>. Une jeune fille de dix-sept ans a sûrement exprimé ce que beaucoup pensaient cet été-là en écrivant : "Des rumeurs de guerre imminente circulaient régulièrement, mais nous n'en étions pas inquiets. Nous étions convaincus que Hitler était un homme de paix et qu'il ferait tout ce qu'il pourrait pour arriver à un règlement pacifique." 
(ibid. p.177)

 

 

Ces mensonges martelés par Hitler pendant des années fonctionnèrent à merveille. En France, par exemple, le philosophe  Alain, radical-socialiste et antimilitariste, se déclara satisfait du discours de paix de 1933. Et en 1936, il affirmait encore :

 

"Hitler, l'homme qui rassemble un peuple, le remet debout, et le persuade de ne rien craindre, c'est exactement ce que l'on nomme un grand patriote et un grand homme, dans tous les temps et dans tous les pays." (Propos t.1 p.1308)

       

De même, jusqu'en 1936, les Anglais aussi voyaient Hitler comme une garantie de paix pour l’Europe. Selon Lloyd George, Hitler est rien moins que "le Georges Washington de l'Allemagne" (extrait du documentaire Hitler, la folie d'un homme) :

« Trois semaines après les Jeux Olympiques, Hitler rencontre un ancien premier ministre britannique, Lloyd George. Lloyd George est tellement impressionné par sa rencontre avec Hitler, qu’il publie dans un journal le récit de sa rencontre : « Hitler ne rêve pas d'une Allemagne qui menace l'Europe. Les Allemands ont perdu toute envie d’entrer en conflit avec nous. »
Comme la plupart des dirigeants politiques européens, Lloyd George n’a rien perçu du cynisme de Hitler. »

Rappelons qu’à la même époque, en 1936, Heidegger avait quant à lui depuis longtemps démissionné de son rectorat et critiquait ouvertement Hitler lors de ses cours (voir Heidegger contre le nazisme). Alors même que l’Allemagne nazie atteint la consécration internationale en triomphant aux Jeux Olympiques de Berlin, Heidegger, lui, s’est donc rendu compte de son erreur depuis déjà deux ans. En 1933, il avait en effet soutenu Hitler en croyant à ses intentions pacifiques et croyait comme la plupart des gens que Mein Kampf était de l'histoire ancienne. Aussi le voit-on embrayer le pas du Führer dans de grands discours ponctués de "Sieg Heil !" apparemment nazis, mais qui comme le reste doivent être entendus sur le fond de la propagande du Hitler d’alors. (Voir le commentaire du Discours du Rectorat : "Heidegger platonicien" par J.Taminiaux.)

Mais Heidegger se ressaisira vite. L'historien Hugo Ott, qui lui est plutôt défavorable, écrit cependant : « Il est apparu, au terme de mes propres recherches, que le recteur Heidegger s’est plutôt trouvé en conflit avec les étudiants SA vers la fin de son rectorat. » L'attitude des partisans nazis a ainsi fini par lui apparaître sous son vrai jour - trop tard, sans aucun doute. Que Heidegger ait été crédule, c'est là un fait indéniable. Mais le fait est également qu'il y croyait en toute sincérité, et François Fédier a donc raison de dire dans son édition des Ecrits politiques que "Sieg Heil !" dans la bouche de Heidegger en 33 signifie un appel à la paix en Europe. C'était en fait tout simplement le cas dans la bouche de l'immense majorité des Allemands de l'époque quand ils acclamaient Hitler.

Parmi les exceptions notables, citons Trotsky, l'un des rares à s'alarmer dès 1933 que ces mensonges de Hitler soient crus par tout le monde. C'est qu'il est aussi l’un des seuls à avoir pris le délire invraisemblable de Mein Kampf au sérieux. Dans un article de cette époque, il décrit l'incroyable propagande pacifiste des nazis (qu'il appelle une "offensive pacifiste") :

« Hitler veut la paix... »

     Les arguments de Hitler ne sont convaincants que dans la mesure où ils ont du volume. Tous les ministres, tous les orateurs, tous les journalistes jurent que  le Ille Reich a été créé pour réaliser la fraternité des peuples. Si toute l'Allemagne national-socialiste est en train d'apprendre le maniement des armes, c'est afin de mieux s'imprégner de haine contre elles. Même von Papen, qui, le 13 mai, prêchait encore que le véritable Allemand doit mourir jeune sur le champ de bataille et pas d'artériosclérose, ne s'arrête plus maintenant de répéter qu'il n'est rien de mieux que de rendre l'âme pacifiquement entouré de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants.
    Les peuples d'Europe veulent passionnément conserver la paix. Rien d'étonnant qu'ils tendent une oreille pleine d'espoir à la grosse argumentation de Berlin. Il n'est pas très aisé de dissiper leurs doutes. Beaucoup demandent : "Et que faut-il penser, par exemple, de l'autobiographie de Hitler, tout entière bâtie sur l'irréconciabilité des intérêts de la France et de l'Allemagne ?" On a déjà fourni une explication rassurante : cette autobiographie [Mein Kampf] a été écrite en prison, alors que l'auteur avait les nerfs en mauvais état, et c'est seulement par suite d'une évidente négligence du ministre de la propagande que ce livre troublant continue jusqu'à aujourd'hui à servir de base à l'éducation nationale.
    Une fois la question de l'« égalité des droits » réglée en faveur du IIIe Reich, Hitler préparera la publication d'une édition nouvelle et plus rassurante. Si le livre a été jusqu'à maintenant appelé Mon Combat, le principal objectif de ce combat étant le traité de Versailles, il est probable qu'à l'avenir il s'appellera Ma Paix (...)

L.Trotsky, "Hitler veut la paix..." (23 nov.1933) 

On lira l'article complet
en cliquant sur ce lien.
  

Mais c'est là un rare cas de lucidité. En France Le Petit Journal par exemple se jette, comme tant d'autres, droit dans le piège tendu par Hitler (merci à Ritoyenne qui m'a transmis le texte complet de cet incroyable article dans les commentaires) :  

"Avant toute chose, le souci de Hitler paraît être d'apaiser, à l'intérieur et à l'extérieur, les craintes que son accession au pouvoir pouvaient susciter. Il semble avoir d'emblée abandonné les revendications sociales de son parti. (...) La Bourse de Berlin a, aujourd'hui, été ferme, parce qu'elle a confiance dans Hitler assagi . Les israélites allemands, de leur côté, ont des raisons d'espérer que le tribun devenu chancelier les ménagera dans ses actes plus qu'il ne les a ménagés dans ses discours. Il ne les expulsera pas, ne les mettra plus hors la loi, mais se bornera sans doute à un certain antisémitisme fiscal consistant à surtaxer les grands magasins. 
Envers le Reichstag, c'est sans doute aussi une politique de calme qu'il voudra pratiquer. Certes, de nouvelles élections survenant aussitôt après l'avènement d'hier, seraient, selon toutes vraisemblance, favorables à Hitler. Son prestige personnel est, pour le moment, accru. J'ai moi-même entendu un certain nombre de gens, qui ne sont pas nationaux-socialistes, dire aujourd'hui : «Après tout, pourquoi pas ? Pourquoi ne pas tenter cette expérience ?»" 

 (Le Petit Journal, 1er février 1933)

"Hitler assagi", cela signiifie en fait pour Le Petit Journal qu'il a "abandonné ses revendications sociales" - ce qui implique qu'il en ait eues. Hitler était vu en 1933 comme un socialiste. Quant à l'antisémitisme de Mein Kampf, il est ici minimisé de manière invraisemblable comme "antisémitisme fiscal", c'est-à-dire dire que Hitler se battait en fait contre la grande bourgeoisie internationale - ce qui permet de comprendre que beaucoup de Juifs eux-mêmes n'aient pas vu les nazis comme des ennemis. (Voir l'article Kantorowicz, juif et nazi ?)


 

Hitler a ainsi mis en application sa tactique révolutionnaire du mensonge systématique. Cette tactique consiste à faire toutes les promesses qu'attendent les gens sans jamais avoir eu l'intention de les tenir. Au début du documentaire déjà cité, on entend le témoignage d'un journaliste, prisonnier politique de la première heure, s'alarmer de ce que le Führer "promet tout ce que les gens veulent". Par là, Hitler déroge à tous les codes diplomatiques tacitement admis et garde un coup d’avance sur ceux qui croient encore au dialogue et à la négociation.  

Hitler fut non seulement un orateur brillant, mais surtout un génie de la propagande. Affirmer une chose tout en faisant le contraire était chez lui une habitude, voire une manière de vivre. Sa compagne Eva Braun relève ainsi dans son journal intime ce trait de psychologie caractéristique de Hitler  :

 

« Quand il dit qu’il m’aime, cela signifie seulement qu'il m’aime au moment où il le dit. C’est comme toutes ces promesses qu’il ne tient jamais. » (cité dans l’émission « Hitler, la folie d’un homme »)

 

Cette psychologie le rendait imprévisible, sauf bien sûr pour ceux qui comme Trotsky et quelques autres avaient compris que le délire pourtant invraisemblable de Mein Kampf était en fait la seule chose à prendre au pied de la lettre.

C’est seulement en sachant que pendant des années, Hitler a constamment menti, a fait semblant de s’assagir jusqu’à se faire le garant de la paix dans le monde, qu’on peut comprendre qu’autant de personnes aient pu le soutenir. Tous ces gens n’étaient évidemment pas « nazis » au sens où nous l'entendons. Les Allemands ne savaient pas qu’ils avaient donné le pouvoir à un criminel. C’est qu’ils ne pouvaient pas imaginer qu’un homme puisse mentir avec autant d’aplomb dans absolument tout ce qu’il disait.
 

Hitler ne prit le contrôle du "Parti socialiste national des travailleurs allemands" que pour parvenir à ses fins criminelles. Il n’était ni socialiste ni encore moins nationaliste, quand on connaît le mépris qu'il avait pour le peuple allemand. Il était en effet prévu que ce dernier serait la prochaine cible des exterminations après la victoire, à commencer par les malades cardiaques congénitaux. Les Allemands n'ont pas pu souhaiter cela, ils ont été bernés. Le livre de Ian Kershaw, Le mythe Hitler, explique de quelle façon.


Voir aussi : 

Hitler vu par ses contemporains un article du site d'histoire "Hérodote"
Entretien avec Ian Kershaw, biographe d'Hitler 

L'antisémitisme, insulte au sens commun (Arendt)   

Kantorowicz, juif et nazi ? (Heidegger, les intellectuels et le nazisme)
Heidegger, Céline, Kantorowicz... - Les intellectuels et le nazisme (2)  

 

 



Publié dans Le "cas Heidegger".

Commenter cet article

bel 24/07/2007 10:27

Je vous remercie pour votre commentaire "éclairé". Les lecteurs compétents jugeront . Ceux qui ont été envoyés dans les flammes à Auschwitz ont déjà compris ce qu'était le bûcher heideggérien. Votre étincelle platonicienne ne fait rire que les S.S.michel BEL

jp 23/07/2007 21:23

Vos propos sont non seulement délirants mais aussi dangereusement révisionnistes :1) La simple idée absurde que quelqu'un guide l'histoire "en sous-main" suffit à elle seule à discréditer une théorie (les nazis aussi pensaient que quelqu'un guidait l'histoire en sous-mains, à savoir les comploteurs juifs : vous raisonnez exactement de la même façon qu'eux, vous en rendez vous compte?). 2) Hitler a éliminé les SA parce que Röhm gagnait en influence au sein du parti et voulait instaurer un "contre-pouvoir" : c'était un règlement de comptes mafieux. Pourquoi Hitler a-t-il hésité à revendiquer publiquement le massacre si c'était en fait prévu d'avance pour la propagande? 3) Il faudrait que Hitler ait lu le cours en question... Et s'il avait lu du Heidegger, il se serait aussi aperçu que ce dernier le traitait d'imbécile et de dictateur. Voir : Heidegger contre le nazisme4) "La vraie patience est l'une des vertus fondamentales du philosopher, celle qui comprend que nous devons constamment dresser le bûcher avec du bois approprié et choisi, jusqu'à ce qu'il prenne enfin." C'est une phrase magnifique, qui nous rappelle que Heidegger voyait son travail comme étant celui d'un paysan (qu'il était), et en écho sans doute à la Lettre de Platon qui parle de l'étincelle qui jaillit à force de travail philosophique.ps : Ecrivez donc un roman : après Da Vinci Code, "Heidegger Code" ! Pardon, Faye l'a déjà fait; Avez-vous remarqué à quel point son style est proche de celui des romans à suspens...? Un pastiche très drôle en a été fait : "Descartes nazi" - voir à la fin de Heidegger : le dérapage de la polémique .Sans rire, ici on fait de l'histoire et de la philo (en tout cas on essaye), pas de la SF. Vous êtes le bienvenu, mais tout ce qui sera encore du révisionnisme ou une théorie du complot sera censuré.

bel 23/07/2007 16:53

C'est cette politique de modération apparente qui conduira à l'élimination de Röhm. Mais vous êtres-vous interrogés pour savoir qui guide tout cela en sous-main en pratiquant une politique de la patience afin d'éviter de voir le projet "grandiose" capoter dès le départ?  Relisez le cours de Heidegger sur la Phénoménologie de l'esprit de Hegel. semestre d'hiver1930 -31(traduction française , Gallimard, p.123-124) et vous le saurez.michel bel

jp 09/06/2007 16:16

Alors là, je suis soufflé, je n'en espérais pas tant : c'est hallucinant. Merci beaucoup j'insère immédiatement le passage sur les juifs dans mon article.jp

Ritoyenne 09/06/2007 15:55

"Mais, avant toute chose, le souci de Hitler paraît être d'apaiser, à l'intérieur et à l'extérieur, les craintes que son accession au pouvoir pouvaient susciter. Il semble avoir d'emblée abandonné les revendications sociales de son parti en confiant le ministère de l'Economie nationale au plus conservateur des hommes politiques allemands, à Hugenberg, que, il y a seulement quelques jours, les hitlériens, dans leurs journaux et leurs meetings, appelaient encore le «renard argenté» et dénonçaient comme un cauteleux capitaliste. La Bourse de Berlin a, aujourd'hui, été ferme, parce qu'elle a confiance dans Hitler assagi. Les israélites allemands, de leur côté, ont des raisons d'espérer que le tribun devenu chancelier les ménagera dans ses actes plus qu'il ne les a ménagés dans ses discours. Il ne les expulsera pas, ne les mettra plus hors la loi, mais se bornera sans doute à un certain antisémitisme fiscal consistant à surtaxer les grands magasins. Envers le Reichstag, c'est sans doute aussi une politique de calme qu'il voudra pratiquer. Certes, de nouvelles élections survenant aussitôt après l'avènement d'hier, seraient, selon toutes vraisemblance, favorables à Hitler. Son prestige personnel est, pour le moment, accru. J'ai moi-même entendu un certain nombre de gens, qui ne sont pas nationaux-socialistes, dire aujourd'hui : «Après tout, pourquoi pas ? Pourquoi ne pas tenter cette expérience ?» Mais, d'autre part, une agitation électorale prématurée risquerait de compromettre dans son germe la légère reprise économique qui commence à se faire sentir en Allemagne. Les milieux conservateurs estiment que l'été prochain, quand le chômage sera moins grand et la vie quotidienne un peu plus facile, les partis de gauche se trouveront alors privés d'une bonne partie de leurs arguments électoraux actuels : tel est assurément le point de vue de von Papen et Hugenberg. Ils ne manqueront pas de la faire valoir dans les prochaines délibérations du gouvernement. Si cette politique l'emporte, le Reichstag ne sera pas dissous. Ce n'est d'ailleurs plus une nécessité pour le cabinet, puisque, assurément, il sera toléré par le centre catholique avec lequel les conversations se poursuivent aujourd'hui. N'ayant pu s'opposer à la formation du gouvernement dont il est exclu, le centre évitera, du moins en fait, de la combattre, ce qui donnera à Hitler une majorité et sauvera, à défaut de mieux, tout au moins, les apparences du régime parlementaire.» André WALTZ, «Hitler assagi veut apaiser les craintes intérieures et extérieures», in Le Petit Journal, 1er février 1933.