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2010. P4P refait surface.
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Documents sur le
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L'histoire de l'équation :
E=MC²
La stratégie du choc
Des puces et des hommes
L'homme qui plantait des arbres
"les pénibles ramassis de
choses aussi insensées
que les philosophies
national-socialistes..."
Heidegger, GA5 p.92
Chemins qui ne mènent
nulle part (1938)
Gallimard Tel p.130
Cette citation de 1938 semble sans équivoque : Heidegger rejette violemment tout ce qui ressemble au nazisme, et ce dès avant la guerre.
Pourtant il adhéra bien en 1933
au Parti Socialiste et Nationaliste des Travailleurs Allemands (NSDAP - plus connu aujourd'hui sous le sobriquet de "parti nazi"), mais pour démissionner à peine un an plus tard en 1934 de son
poste de recteur de l'université de Fribourg.
Or dès cette
période on peut effectivement voir Heidegger
critiquer publiquement le régime
hitlérien lors de ses cours, pour autant que cela est
possible quand on est sous surveillance policière :
"L'esprit faussé en intellect est réduit au rôle d'instrument. Peu importe que ce soit (...) en dominant des moyens matériels de production (comme dans le marxisme) (...) ou en dirigeant l'organisation d'un peuple conçu comme masse vivante et comme race ; dans tous les cas l'esprit, en tant qu'intellect, devient la superstructure impuissante de quelque chose d'autre."
Introduction à la métaphysique (1935)
GA40 p.36 Gallimard Tel p.58
Voilà un propos bien peu nazi, si on considère que le racisme
biologique est la base idéologique de l'hitlérisme. Heidegger en donne ici une définition particuliérement pointue en parlant de "l'organisation d'un peuple conçu comme masse vivante et
comme race" (ce qui distingue le nazisme
du bolchévisme où le peuple est un moyen matériel de production). Heidegger dit en somme dans ce texte que la politique du Reich est une insulte à l'intelligence. Ces quelques mots auraient
largement suffis pour faire arrêter le professeur Heidegger - c'est bien pourquoi ils sont dissimulés au milieu d'un développement sur l'íntelligence qui n'a rien à voir avec la
politique.
Tiré encore de ce cours de 1935, voici maintenant le texte complet de la citation qui a été tronquée par
l'historien E.Husson dans l'émission télévisée Bibliothèque Medicis à propos de la Staatspolizei :
"Un Etat - il est. En quoi consiste son être? En ceci que la police d'Etat (Staatspolizei) arrête un suspect, ou en ce que à la chancellerie il y a tant et tant de machines à écrire en action, qui prennent ce que leur dictent des secrétaires d'Etat? Ou bien est-il dans l'entretien du Führer avec le ministre anglais des affaires étrangères? L'Etat est. Mais où se cache l'être?"
GA40 p.27, Gallimard p.46
Voir débat télévisé Faye/Fédier/David (fev.2007) : non seulement E.Husson coupe la citation mais il transforme une question en affirmation, et parvient ainsi à faire dire à
Heidegger que "L'Etat est en ceci que la police d'Etat arrête un suspect". En fait, si on lit en entier, Heidegger cherche dans
ce texte l'être de l'Etat, et ne le trouvant pas, il en profite pour expliquer ce que l'Etat justement n'est pas. C'est donc incroyablement critique : l'être de l'Etat
n'est ni dans la police, ni dans le gouvernement, ni même dans le "Führer"! Il est clair que l'allusion n'est pas innocente. Voilà en quels termes Heidegger décrit l'Etat allemand en 1935 :
"L'Etat est. Mais où se cache l'être?" Nous avons un Etat qui n'a d'Etat que le nom, dit-il en somme.
Autre exemple, E.Faye cite lui-même un
texte de 1940 qu'il croit pouvoir présenter à charge :
"Dans le cours de mai-juin 1940 intitulé Nietzsche, le nihilisme européen, prononcé au moment de la victoire des armées du IIIe Reich sur la France, ce qui importe à Heidegger, comme aux armées nazies, c’est de déterminer qui gagnera la Seconde guerre mondiale, ou, dans son langage abscons, qui demeurera «capable de puissance» : « les empires démocratiques (Angleterre, Amérique) », ou "la dictature impériale de l’armement absolu pour l’armement », c’est-à-dire le IIIe Reich."
E,Faye, réponse à une critique de N.Weill
parue dans Le Monde du 26 janvier 2007)
Une expression comme "dictature impériale
de l’armement absolu pour l’armement" est pourtant une description du Reich qui n'aurait certainement pas plue au "dictateur" en question. C'est le genre de langage "abscons" (fascinant aveu
d'incompréhension de la part d'E.Faye) qui pouvait faire qualifier d'ennemi du parti. On peut remarquer encore que faire un cours sur l'enfoncement de l'Europe dans le nihilisme au moment même de
l'apogée du glorieux IIIe Reich, avant la bataille de Stalingrad, c'est montrer bien peu d'enthousiasme patriotique. On peut lire dans le Discours de Rectorat de 1933 un passage qui résume
bien l'ambiguité de la position de Heidegger dès avant sa démission :
"Diriger implique en tout état de cause que ne soit jamais refusé à ceux qui suivent le libre usage de leur force. Or suivre comporte en soi la résistance. Cet antagonisme essentiel entre diriger et suivre, il n'est permis ni de l'atténuer ni surtout de l'éteindre." (Ecrits politiques, Gallimard p.109)
Il est contradictoire avec le fanatisme nazi de rappeler que celui qui « guide », c'est-à-dire le Führer auquel Heidegger fait allusion ici, a le devoir de laisser au peuple sa liberté et sa capacité de résistance. (cité dans Discours du Rectorat : "Heidegger platonicien" par J.Taminiaux). Etait-ce de la pure hypocrisie? Ce le serait si Heidegger s'était contenté de paroles sans passer aux actes. Or comme le rappelle F.Fédier :
"L’une des premières mesures prise par le
recteur Heidegger est un fait incontestable et très significatif par lui-même : interdire dans les locaux universitaires de Fribourg-en-Brisgau l’affichage du “Placard contre les Juifs”
rédigé par les associations d’étudiants nationaux-socialistes (et qui sera affiché dans presque toutes les autres universités d’Allemagne). Ce fait indéniable (que les détracteurs de Heidegger,
au mépris de la plus élémentaire honnêteté, passent sous silence, ou bien dont ils cherchent à minimiser la signification pourtant patente) permet, à mon sens, de se faire une idée plus claire
des conditions dans lesquelles Heidegger a cru pouvoir assumer la charge du rectorat."
Interpréter dans ce sens les paroles et les actes de Heidegger, est-ce les forcer? C'est pourtant celle qui semble avoir été générale à l'époque, autrement on ne
comprendrait pas pourquoi autant d'étudiants aient dit avoir assisté à ses cours pour entendre l'une des rares paroles libres d'Allemagne
:
"Jan Patocka, avec d’autres étudiants d’alors, vient confirmer ce qui leur apparut clairement à l’époque comme une forme de « résistance spirituelle
», à propos de ce que fut alors l’attitude de Heidegger, et c’est bel et bien lui qui déclare voir dans la figure de Heidegger celle d’«un héros de notre temps» — et qui s’en
inspira lui-même comme d’« un exemple » pour continuer à enseigner et à penser sous l’emprise d’une autre de ces massives « dictatures totalitaires » dont le « XXe siècle » (en attendant
mieux ?) semble s’être fait une spécialité." (cité dans Heidegger résistant
par G.Guest (Héraclite))
TEMOIGNAGES D'ETUDIANTS
Par exemple Hermine Rohner écrit, je la cite, à propos de Heidegger :
« lui ne craignait pas, fût-ce dans ses cours aux étudiants de toutes les facultés, de critiquer le national-socialisme de manière si ouverte et avec le tranchant si caractéristique qu’offre sa manière de choisir en toute précision ses termes qu’il m’arrivait d’en être effrayée au point de rentrer la tête dans les épaules ».
Je cite le témoignage aussi de Siegfried Bröse, qui a été lui-même destitué par les nationaux-socialistes en 1933, parce qu’il s’était manifesté contre Hitler, voilà ce dit Siegfried Bröse qui a suivi tous les séminaires de 1934 à 1944 :
« les cours de Heidegger étaient fréquentés non seulement par les étudiants mais aussi par des gens exerçant depuis longtemps déjà une profession ou même par des retraités. Chaque fois que j’ai eu l’occasion de parler avec ces gens, ce qui revenait sans cesse, c’était l’admiration pour le courage avec lequel Heidegger, du haut de sa position philosophique et dans la rigueur de sa démarche, attaquait le national-socialisme. Je sais également que les cours d’Heidegger, précisément pour cette raison – sa rupture ouverte n’était pas demeurée ignorée des nazis – étaient surveillés politiquement ».
Une dernière ligne de Walter Biemel, qui dit à deux reprises :
« pour la première fois il me fut donné d’entendre de la bouche d’un professeur d’université une violente critique contre le régime qu’il qualifiait de criminel »
et Biemel appuie le fait qu’il a entendu Heidegger caractériser Hitler de criminel, de Hauptverbrecher, de criminel en chef, dès 1935 (voir dans le tome 69, Koinon, dans lequel il est question précisément de Machenschaft, de la puissance et de crime… dans lequel Heidegger range la pensée de la race comme étant un visage de ce crime et de cette Machenschaft). Biemel termine:
« il n’y a pas un cours, un séminaire où j’aie entendu une critique aussi claire du nazisme qu’auprès de Heidegger. Il était d’ailleurs le seul professeur qui ne commençât pas son cours par le Heil Hitler réglementaire. À plus forte raison dans les conversations privées, il faisait une si dure critique des nazis que je me rendais compte à quel point il était lucide sur son erreur de 1933. »
(cités par H.France-Lanord, débat retranscrit Faye/Sichère/France-Lanord/Guest (2005))
Georg Picht, élève à partir de 1940, raconte l’histoire suivante :
« Je ne fus pas surpris lorsqu’un jeune homme vint me trouver et me dit : “Ne m’interrogez pas sur mes sources d’information. Vous mettez votre personne en grand danger si on vous voit aussi souvent avec M. le Professeur Heidegger.” »
(Erinnerung an Martin Heidegger, Pfullingen, Neske, 1977)
Il y a ainsi unanimité des étudiants sur la position anti-nazi de Heidegger. E.Faye croit pouvoir citer un contre-témoignage selon lequel il serait en fait parfois arrivé à Heidegger de faire le salut hitlérien. Mais c'était le règlement effectivement appliqué par tous les autres professeurs sans exception, et il n'y a donc là rien d'extraordinaire à relever, et les autres témoignages affirment au contraire que Heidegger refusait de faire ce salut comme ses collègues (quant à Karl Löwith, également cité par E.Faye, il ne peut pas être témoin de la période en question puisqu'il quitta l’Allemagne entre 1934 et 1952). Reste le cas étrange de G.Anders qui aurait été le seul étudiant lucide à décrypter un hitlérisme forcené chez son professeur. Mais on peut sérieusement mettre en doute la bonne compréhension des cours de Heidegger par Anders quand on se souvient de son livre Sur la pseudo-concrétude de la philosophie de Heidegger, concept qui ne fut jamais revendiqué par ce dernier, et surtout de sa critique selon laquelle "le Dasein heideggerien n'a pas de corps". (Le Dasein n'a pas plus d'âme ou même d'esprit que de corps : la notion de Dasein sert justement à dépasser la distinction corps/esprit... Que faisait Anders pendant les cours?)
G.Guest rappelle ainsi que "Heidegger critique et stigmatise, bel et bien, sur le fond, en maintes occasions, de façon ouvertement et très expressément caustique, le « racisme », l’«eugénisme» et le « biologisme » en question — et que l’usage fait du mot « völkisch » par l’idéologie "nazie" est même, lui aussi, expressément stigmatisé (voire ridiculisé), dès 1933, par Heidegger ! (Voir, par exemple, le discours de Heidegger expressément dirigé, le 30 janvier 1934, contre le « biologisme » et la « biologische Weltanschauung » de Erwin G. Kolbenheyer, dans le Cours du semestre d’hiver 1933/1934 : « Vom Wesen der Wahrheit », in : Heidegger, Sein und Wahrheit, Gesamtausgabe, Bd. 36/37, Vittorio Klostermann, Frankfurt am Main 2001, pp. 209-213, notamment pp. 211/212.)"
Il y a beaucoup de façons d'être un résistant. On peut prendre les armes mais aussi distribuer des tracts ou
prendre la parole. Contrairement à ses collègues, Heidegger a fait ce qui lui incombait en tant que professeur de philosophie : il ne s'est pas tu. Nous ne nous rendons pas compte de l'importance
de tels actes car il faut pour cela se mettre dans l'atmosphère totalitaire, dont on a souvent du mal à se représenter la folie et l'horreur. Il faut lire 1984 d'Orwell
(avec Bigbrother, le "Grand frère" qui vous veut du bien). C'est une semblable immersion que permet le documentaire "La langue ne ment pas" - le nazisme par V.Klemperer
Klemperer explique dans son livre "LTI" que l'oppression mentale totalitaire est faite de "piqures de
moustiques et non de grands coups sur la tête". De même la résistance de Heidegger n'était pas faite d'(impossibles) coups d'éclats, mais répondait au jour le jour, in medias res à
la propagande nazie en en reprenant parfois le vocabulaire (ce qui a pu causer des quiproquos après la guerre, dont le plus grand est le livre d'E.Faye, mais certainement pas à
l'époque, comme en témoignent avec force les étudiants). Les cours de Heidegger peuvent ainsi être lus comme des actes de résistance à la récupération des notions philosophiques par la propagande
nazie, ce mélange "de Novalis et de Barnum" comme dit Klemperer.
Klemperer raconte par exemple que les nazis parlaient à tout propos de Erlebnis (expérience vécue) et de Weltanschauung (conception du monde). Or ces notions sont violemment
remises en question par Heidegger lors de ses cours de l'époque, notemment dans "L'époque des conceptions du monde" dans les Chemins (1938) où on peut lire en conclusion la
phrase : "les pénibles ramassis de choses aussi insensées que les philosophies national-socialistes". D'autre part les nazis affectionnaient les termes organiques, et l'idée d'organisation
en politique était alors dénoncée par Heidegger. Sous un régime totalitaire la résistance de la parole et de la pensée n'est ainsi pas anodine.
Hannah Arendt déclarait ainsi dans
sa contribution à une festchrift commémorant le 80ème anniversaire de Heidegger :
"Heidegger corrigea lui-même son 'erreur' plus rapidement et plus radicalement que beaucoup de ceux qui se dressèrent en juges au-dessus de lui. Il prit plus de risques qu'il n'était usuel de
le faire dans la vie littéraire et universitaire allemande pendant cette période."
Rappelons que le grand poète espagnol Antonio Machado, peu avant la chute de Barcelone, avait trouvé le temps d'écrire dans la Vanguardia du 27 mai 1938 que l'homme selon Heidegger "es el antipodo del germano de Hitler". Et en 1936 déjà il écrivait : "Martin Heidegger est, comme le regretté Max Scheller, un Allemand de première classe, de ceux qui soit dit en passant n’ont rien à voir, quelles que soient ses opinions politiques, qu’il me plaît d’ignorer, avec l’Allemagne d’aujourd’hui, la détestable et détestée Allemagne du Führer, de ce petit pédant déifié par la tourbe des philistins." (voir Antonio Machado à propos de Heidegger en 1936)
Or Heidegger est inscrit au NSDAP depuis 1933. Rappel des faits
:
En avril 1933, Heidegger sort de sa
retraite de philosophe pour être élu recteur de l'université de Fribourg et soutient publiquement le parti socialiste révolutionnaire NSDAP et son chef nouvellement chancellier, Adolf Hitler,
alors extrêmement populaire en Allemagne et représentant du parti majoritaire. Rappelons que NSDAP signifie "parti socialiste national des travailleurs allemands", appellation où n'apparaît rien
des projets criminels et racistes de Mein Kampf, bien au contraire : les nazis se présentaient comme des socialistes, et Hitler répétait sans cesse dans ses discours qu'il
n'aspirait qu'à la paix dans le monde et à la fraternité entre les peuples. (Voir Hitler menteur (Heidegger et Mein Kampf) ainsi que l'article du site d'histoire "Hérodote" : Hitler vu par ses
contemporains)
Onze mois plus tard, Heidegger démissionne de son poste de recteur et prend ses distances avec ceux qui
assument de plus en plus tout ce qu'implique le surnom de "nazis". Pourtant, même s'il n'a plus aucune activité politique, Heidegger ne résilie pas son inscription au parti, et, après la guerre,
refusera toujours de renier publiquement son engagement de 1933, même s'il le fera en privé. Deux explications rationnelles à cette attitude :
1) on ne rend pas sa carte d'un parti totalitaire au pouvoir et en guerre sans le payer non seulement de sa propre vie mais de celle de sa femme, de ses enfants, voire de ses amis.
2) Heidegger a expliqué lui-même qu'il avait cru pouvoir influer sur le sens de la "révolution nationale" hypocritement revendiquée par Hitler et qu'il s'était comme beaucoup
d'autres illusionné, mais n'avait jamais adhéré à l'idéologie nazie.
F.Fédier attire l’attention sur "l’importance d’un texte inédit jusqu’ici en français, la conférence "La menace qui pèse sur la science", où dans un cercle restreint, mais suffisamment ouvert pour être un cercle public, Heidegger a reconnu que sa tentative de rectorat, en 1933-1934, avait été une erreur : “Sans contredit - une erreur, de quelque manière que l’on veuille prendre la chose”, dit-il en novembre 1937. Il n’a donc pas attendu qu’un terme ait été mis au règne d’Hitler, et que soient révélées l’ampleur inouïe de ses crimes, pour déclarer qu’il s’était fourvoyé en s’engageant comme recteur de son université - c’est-à-dire en essayant de prendre part en tant que responsable universitaire à une “révolution allemande”. La question est ici clairement : est-il licite de distinguer entre une “révolution allemande” et une “révolution nazie” ? Or en novembre 1937, Heidegger déclare publiquement que tenir, dès 1933, cette distinction pour possible, c’était se fourvoyer. Se fourvoyer, c’est perdre la direction dans laquelle on s’était engagé." (voir Les Ecrits politiques de Heidegger par F.Fédier)
Par ailleurs, la publication du cours sur Nietzsche professé pendant la guerre apparaissait pour Heidegger
comme une preuve suffisante de son opposition au régime. En effet tout le cours est destiné à empêcher la récupération de Nietzsche par les interprétations biologistes et darwinistes de l'homme,
ce qui revenait pour les auditeurs de l'époque à une critique directe du racisme de Hitler (voir Heidegger contre le
racisme). N'oublions pas que ces propos sont tenus
publiquement au sein d'un régime totalitaire en état de guerre, où la moindre ambiguité suffit à faire arrêter quelqu'un. Heidegger n'a donc pas manqué d'un certain courage, certes limité à un
amphithéâtre d'université, mais qu'il serait indécent de vouloir tenir pour rien.
De fait, Heidegger se fit des ennemis au sein du parti nazi. Ernst Krieck, proche de Rosenberg et membre de
la Allgemeine SS, a organisé dès 1934 dans son journal nazi Volk im Werden une véritable cabale contre la pensée de Heidegger considérée comme "un ferment de décomposition et de
désagrégation pour le peuple allemand". Il l'y traitait également de "rabbin" en raison des nombreux étudiants juifs qui de notoriété publique venaient assister à ses cours.
En 1944, Heidegger est réquisitionné pour des travaux de fortification sur le Rhin. Il est alors considéré par le régime comme faisant
partie de la "dernière" catégorie des professeurs, ceux dont on n'a rien à faire. Puis il est enrôlé dans la milice populaire. En 1945, les autorités françaises d'occupation jugeront bon de
reconduire purement et simplement la sanction prise à son égard par les autorités nazies : il restera donc éloigné de l'Université jusqu'en 1951. Il rompt son silence d'écrivain en publiant la
Lettre sur l'humanisme (1947).
Bien plus tard, son fils Hermann Heidegger racontera au Badische Zeitung (30 mai 1996) :
"A cette époque <agé de 14 ans>, j'étais scout, et je devins rapidement un chef enthousiaste de l'organisation de jeunesse <nazie>. C'était en 1934. Et à partir de ce moment-là, pendant plusieurs années, j'ai eu avec mes parents des discussions. Ils me disaient : "Petit, tout ce que tu vois n'est pas aussi positif que tu penses." C'est à eux que je dois d'avoir refusé en 1937 d'entrer au parti."
CE QUE HEIDEGGER A DIT DE SON ENGAGEMENT DE 1933
"Nous étions [avec Heidegger] dans le jardin et parlions de la Grèce. Je lui dis soudain, avec une vivacité à
laquelle l'esprit malin du vin de Bade n'était pas étranger, que son engagement désastreux en 1933 avait mis dans un bel embarras ses amis français. Pourquoi à cette époque avait-il fait cela? Je
me souviens que Mme Heidegger me regarda, pétrifiée. Surpris, après un moment de silence, Heidegger se pencha vers moi avec l'air grave de quelqu'un qui s'apprête à livrer un grand secret :
"Dummheit." Il répéta le mot comme s'il voulait donner plus de poids encore à une évidence. "Dummheit." Par stupidité."
Towarnicki, A la rencontre de Heidegger, Gallimard Arcades p.125
"L'admiration immense éprouvée pour l'oeuvre de Heidegger n'occultait nullement l'inclination à la raillerie. Heidegger s'était inventé une révolution nationale qu'il avait été le seul à vivre à Fribourg (...) - rêve d'engagement aussi grotesque que solennel."
ibid. p.107 (voir aussi p.97sqq )
Arendt revient elle aussi sur son amertume dans « Entretien avec Hannah Arendt » de Günter
Gaus :
"En 33, j'ai pu constater que chez les intellectuels l'alignement était de règle - et pas chez les autres... D'aucuns y ont cru vraiment ! Pas longtemps, certains pas longtemps du tout.
Parce qu'ils avaient une théorie sur Hitler, des idées éminement intéressantes, figurez-vous, des théories fantastiques, passionnantes, sophistiquées ! Des choses qui planaient bien au dessus du
niveau de réflexion habituel ! Pour moi c'était grotesque. Ces intellectuels ont été piégés par leurs propres théories. Voilà ce qui s'est passé en fait."
CE QUE HEIDEGGER A DIT DES CAMPS D'EXTERMINATION
:
Heidegger écrit en 1949 dans les Conférences de Brême que
par le meurtre de masse les nazis ont non seulement tué des hommes mais leur ont encore volé leur "mort", c'est-à-dire leur Dasein, leur humanité la plus intime ("mourir" dans Etre et
temps appartient à l'être humain et se distingue de "périr") :
"Des centaines de milliers meurent en masse. Meurent-ils ? Ils périssent. Ils sont tués. Ils deviennent les pièces de réserve d’un stock de cadavres en cours de fabrication. Meurent-ils ? Ils sont liquidés sans bruit dans les camps d'extermination. (...) Au milieu des morts innombrables l’essence de la mort demeure méconnaissable."
Terminons par
L'AUTOJUSTIFICATION DE HEIDEGGER :
lettre au Comité politique d’épuration (extrait du blog de S.Zagdanski)
« J’étais opposé dès 1933-1934 à l’idéologie nazie, mais je croyais alors que, du point de vue spirituel, le mouvement pouvait être conduit sur une autre voie, et je tenais cette tentative pour conciliable avec l’ensemble des tendances sociales et politiques du mouvement. Je croyais qu’Hitler, après avoir pris en 1933 la responsabilité de l’ensemble du peuple, oserait se dégager du Parti et de sa doctrine et que le tout se rencontrerait sur le terrain d’une rénovation et d’un rassemblement en vue d’une responsabilité de l’Occident. Cette conviction fut une erreur que je reconnus à partir des événements du 30 juin 1934. J’étais bien intervenu en 1933 pour dire oui au national et au social (et non pas au nationalisme) et non aux fondements intellectuels et métaphysiques sur lesquelles reposait le biologisme de la doctrine du Parti, parce que le social et le national, tels que je les voyais, n’étaient pas essentiellement liés à une idéologie biologiste et raciste…
Je n’ai jamais participé à une quelconque mesure antisémite; j’ai au contraire interdit en 1933, à l’université de Fribourg, les affiche antisémites des étudiants nazis ainsi que des manifestations visant un professeur juif. En ce qui me concerne je suis intervenu le plus souvent possible pour permettre à des étudiants juifs d’émigrer; mes recommandations leur ont énormément facilité l’accès à l’étranger. Prétendre qu’en ma qualité de recteur j’ai interdit à Husserl l’accès à l’université et à la bibliothèque, c’est là une calomnie particulièrement basse. Ma reconnaissance et ma vénération à l’égard de mon maître Husserl n’ont jamais cessé. Mes travaux philosophiques se sont, sur bien des points, éloignés de sa position, de sorte que Husserl lui-même, dans son grand discours au Palais des Sports de Berlin en 1933, m’a publiquement attaqué. Déjà, longtemps avant 1933, nos relations amicales s’étaient relâchées. Lorsque parut en 1933 la première loi antisémite (qui nous effraya au plus haut point, moi et beaucoup d’autres sympathisants du mouvement nazi), mon épouse envoya à Mme Husserl un bouquet de fleurs et une lettre qui exprimait – en mon nom également – notre respect et notre reconnaissance inchangés, et condamnait également ces mesures d’exception à l’égard des Juifs. Lors d’une réédition d’Être et Temps, l’éditeur me fit savoir que cet ouvrage ne pourrait paraître que si l’on supprimait la dédicace à Husserl. J’ai donné mon accord pour cette suppression à la condition que la véritable dédicace dans le texte, page 38, demeurât inchangée. Lorsque Husserl mourut j’étais cloué au lit par une maladie. Certes après la guérison je n’ai pas écrit à Mme Husserl, ce qui fut sans doute une négligence; le mobile profond en était la honte douloureuse devant ce qui entre temps – dépassant de loin la première loi – avait été fait contre les Juifs et dont nous fûmes les témoins impuissants. »
Quant au public : dans une lettre du 4 novembre 1945 au Rectorat académique, Heidegger a désigné ses cours sur Nietzsche, de 1936 à 1945, comme des exercices de « résistance spirituelle».
« En vérité on n’a pas le droit d’assimiler Nietzsche au national-socialisme, assimilation qu’interdisent déjà, abstraction faite de ce qui est fondamental, son hostilité à l’antisémitisme et son attitude positive à l’égard de la Russie. Mais, à un plus haut niveau, l’explication avec la métaphysique de Nietzsche est l’explication avec le nihilisme en tant qu’il se manifeste de façon toujours plus claire sous la forme politique du fascisme. »
Il faut ici à nouveau citer quelques passages de cette autre lettre cruciale, afin d’éclaircir un faux débat :
« Durant le premier semestre qui suivit ma démission je fis un cours de logique et traitais, sous le titre de “doctrine du logos”, de l’essence de la langue. Il s’agissait de montrer que la langue n’est pas l’expression d’une essence bio-raciale de l’homme, mais qu’au contraire l’essence de l’homme se fonde dans la langue comme effectivité fondamentale de l’esprit…
Aucun membre du corps professoral de l’université de Fribourg n’a jamais été autant diffamé que moi durant les années 1933-1934 dans les journaux et revues et, entre autres, dans la revue de la jeunesse hitlérienne, Volonté et puissance…
À partir de 1938 il fut interdit de citer mon nom et de faire référence à mes écrits par des instructions secrètes données aux directeurs de publication. Je cite une directive de ce genre datant de 1940, qui me fut révélée confidentiellement par un de mes amis:
“L’essai de Heidegger, La doctrine platonicienne de la vérité, à paraître sous peu dans la revue berlinoise X. ne doit ni être commenté ni être cité. La collaboration de Heidegger à ce Numéro 2 de la Revue, qui est au demeurant tout à fait discutable, n’a pas à être mentionné.”…
J’ai également montré publiquement mon attitude à l’égard du Parti en n’assistant pas à ses rassemblements, en ne portant pas ses insignes et en ne commençant pas les cours et conférences, dès 1934, par le soi-disant salut allemand…
Je ne me fais aucun mérite particulier de ma résistance spirituelle durant les onze dernières années. Toutefois si des affirmations grossières continuent à être avancées selon lesquelles de nombreux étudiants auraient été “entraînés” vers le “national-socialisme”, par ma présence au rectorat, la justice exige que l’on reconnaisse au moins qu’entre 1934 et 1944 des milliers d’étudiants ont été formés à une méditation sur les fondements métaphysiques de notre époque et que je leur ai ouvert les yeux sur le monde de l’esprit et sur ses grandes traditions dans l’histoire l’Occident. »
voir aussi :
- Penser Auschwitz avec
Heidegger (Heidegger contre le nazisme 2)
- Heidegger nazi par F.Fédier et S.Zagdansky (vidéo)
- L'affaire Heidegger close selon la revue "Esprit" : résumé du livre Heidegger à plus forte raison.
- Discours du Rectorat : "Heidegger platonicien" : le discours du Rectorat contraire à l'idéologie nazie par J.Taminiaux
- "La langue ne ment pas" - vivre sous le nazisme par V.Klemperer
Et la page de documents historiques sur le nazisme
Et les autres articles sur Le cas
Heidegger :
En passant: cela m'étonnerait qu'il y ait quelque chose "entre les lignes" des séminaires qu'Heidegger aurait été forcé de cacher à cause de la répression. Pour autant que je sache, son expression n'a pas changé après 45. Aussi, le test de la Gestapo me laisse dubitatif, parce que j'aurais eu peur de dire quoi que ce soit devant la Gestapo ou les SS.
« L’agriculture est aujourd’hui une industrie d’alimentation motorisée, dans son essence (Wesen) le Même (das Selbe) que la fabrication de cadavres dans les chambres à gaz et les camps d’anéantissement, le Même (das Selbe) que le blocus et la réduction de pays à la famine, le Même (das Selbe) que la fabrication de bombes à hydrogène. » (GA tome 79, [1949], "Bremer Vorträge. Einblick in was das ist", "Das Ge-Stell", p. 27)
Le commentaire de ce texte sur Wikipédia me semble refléter la position classique des heideggeriens: "il ne s'agit pas ici de dasselbe (la même chose), mais das Selbe (le Même, au regard de l'histoire de l'Être). Wesen, essence, ne doit pas être compris en son sens traditionnel, comme la nature d'une chose, mais en son sens actif, verbal (das Wesen west), comme déploiement appartenant à l'histoire de l'Être. Heidegger ne dit donc pas que l'agriculture comme industrialisation motorisée est d'un point de vue moral, la même chose que la fabrication de cadavres dans les chambres à gaz. Il dit que ces phénomènes contemporains relèvent du même déploiement au regard de l'histoire de l'Être, le deploiement comme Gestell à l'époque de la domination planétaire de la technique."
L'idée est: les embargos et les tracteurs ne sont pas la même chose, mais tous deux les produits de la technique. Donc il n'est pas explicitement dit que l'agriculture technologique est aussi mauvaise que l'Holocauste. Mais il n'est pas dit non plus pourquoi le second est plus mauvais que le premier, ce qui est le point intéressant. Plus largement, si Heidgger avait une critique violente et lucide du régime nazi, c'est dommage qu'il n'ait pas pris la peine d'écrire une conférence pour la présenter!
Je dis seulement que je ne vois rien chez Heidegger qui explique pourquoi l'Holocauste est une chose plus mauvaise que l'agriculture technologique. (Et cela me semble être une conséquence du fait qu'il rejette l'humanisme.) C'est pourquoi je trouve étonnant que certains disent que sa philosophie contient une critique radicale et/ou particulièrement lucide du nazisme.
Cher monsieur Dutant,
votre question est légitime et je crois qu'elle s'éclaire d'elle-même si on la pose légèrement différemment : non pas "pourquoi Heidegger met-il en rapport l'Holocauste et l'agriculture technologique?", mais "pourquoi les nazis ont-ils mis eux-mêmes en rapport Holocauste et technologie?"
Cette mise en rapport n'est pas une tentative d'explication de l'Holocauste par Heidegger, mais un simple constat effaré : les nazis ont tué des êtres humains exactement comme s'il s'agissait de poulets en batterie. Heidegger n'est pas du tout cynique mais au contraire absolument horrifié par ce qui s'est passé. Car c'est bien là la spécificité du crime des nazis que Heidegger a été le seul à ma connaissance à cerner. Pour la première fois dans l'Histoire on a non seulement exterminé un peuple (crime qui a déjà existé dans l'Antiquité) mais effectué cette extermination de manière industrielle.
C'est pour les nazis qu'il n'y a avait absolument aucune différence entre Auschwitz et une usine d'abattage de poulets. Voilà leur pire crime s'il en fut.
Heidegger remarque ainsi que cette innovation dans la manière de tuer des hommes n'est pas un à-côté de l'extermination. Il y a clairement quelque chose dans l'Holocauste qui relève directement de la technique. Mais quoi? Heidegger répond : la conception de l'homme comme stock et ressource - chose parmi les choses. ce pourquoi il accuse l'Humanisme de n'avoir fait que mettre l'homme comme chose suprême - ce qui est encore le considérer comme chose.
j'espère avoir répondu à votre question
bien à vous
jp
En résumé, la lucidité et l'originalité d'Heidegger serait d'avoir remarqué que l'homme n'était pas une chose du tout? Je pensais pourtant avoir lu ça dans Kant! Et toute la tradition juridique qui distingue les personnes des choses!
Aussi, je vois mal comment le simple fait de dire que les hommes ne sont pas des choses est une bonne explication de ce qu'il y a de mal dans le nazisme. Les nazis avaient beau tuer leurs victimes industriellement, ils les haïssaient profondément comme on ne peut haïr les (simples) choses. Pensez-vous que si le nazisme s'était contenté de cette haine, qui reconnaît autrui comme n'étant pas une chose, tout en le mettant en oeuvre de façon non-industrielle, ce n'aurait pas été un mal?
Bref, j'ai toujours du mal à voir en quoi la piste de la technique est particulièrement éclairante sur ce en quoi le nazisme est un mal. La mise en oeuvre industrielle du génocide est un mal; la mise en oeuvre industrielle de la vaccination est un bien. La mise en oeuvre non-industrielle du génocide (je pense au Rwanda) est un mal, la mise en oeuvre non-industrielle de la vaccination est un bien. Ce qui suggère que si le génocide est un mal, c'est parce qu'il est un génocide, pas parce qu'il est industriel!
Ce qu'il y a de bouleversant dans la "barbarie nazie" c'est justement qu'elle n'est pas barbare mais tout à fait "civilisée". L'extermination n'avait rien d'un coup de sang mais était planifiée et rationalisée - notamment par des médecins : l'Holocauste était en effet envisagée comme un nettoyage sanitaire. Aussi ne peut-on pas dire que les nazis haïssaient leur victime. Au contraire même selon leurs dires se montraient-ils généreux avec elles, procurant une mort miséricordieuse et indolore par le gaz à des gens qu'ils auraient voulu aider par d'autres "solutions" avant de devoir se résoudre à une "solution finale" qu'ils ont eu le courage d'appliquer et de prendre sur eux... Voilà exactement le genre de bonnes intentions qui animaient les nazis. Lisez Eichmann à Jérusalem pour plus de détails morbides. La haine aurait pu au moins faire penser au crime passionnel, mais ce ne fut même pas le cas.
C'est pourquoi je dis que le crime le plus spécifique aux nazis est celui-ci : avoir voulu prendre techniquement (médicalement) en mains la gestion des stocks d'êtres humains de la planête.
Rien n'est comparable à Auschwitz a-t-on coutume de dire, même pas l'horreur du Rwanda, et je pense qu'on a raison. Un génocide comme celui du Rwanda est sans aucun doute le pire des crimes, mais Auschwitz n'a pas de nom. J'espère que cela vous rassure sur mes positions politiques.
L'originalité de heidegger est d'avoir vu dans cela une manifestation du nihilisme occidental qui transforme l'homme en chose. Le nom de l'homme est philosophiquement depuis Descartes "subjectum". Or "sujet" est en métaphysique depuis Aristote le nom de la chose par excellence, la substance. C'est ce point de vocabulaire anodin en apparence que soulève Heidegger dans Etre et temps avec la notion de Dasein, et il est le premier à le faire. Bien sûr les philosophes ont toujours tenté de distinguer homme et chose, mais ils n'ont jamais réussi (du moins selon Heidegger) qu'à en faire une chose suprême.
La raison en est toujours selon Heidegger l'essence de la technique qui est à la racine de la pensée occidentale depuis les Grecs : efficacité, rentabilité, calcul etc. Cela n'est ni bon ni mauvais. Mais quand l'homme se comprend à partir de là...
Je vous remrcie pour vos commentaires, notamment pour celui sur le "test de la gestapo" que vous avez raison de trouver peu convainquant. Vous auriez pu ajouter que les nazis n'hésitaient pas à effectuer des purges dans leurs propres rangs. Je le supprime donc de l'article.
jp
Une fois admis qu'Heidegger n'était pas un vilain nazi, est-ce qu'il ne faudrait pas reconnaître qu'il existe malgré tout certains points de convergence entre la philosophie Heideggerienne et la "vision du monde" (j'sais pas l'dire en allemand) nazie ?
Par exemple : on peut dire, en caricaturant légèrement, qu'Heidegger est un sacré technophobe qui voudrait que l'on arrête "d'arraisonner" la nature pour laisser l'Etre se dévoiler - on peut aussi dire que chez lui, le privilège de l'homme s'arrête là où il faut laisser le Monde nous apparaître, etc.
Vous me direz : mais quels rapports avec les nazis ? les nazis, c'est des mecs super techniques ? Les tanks, les camps de concentration, tout ça... c'est très technique.
Certes. Mais c'est là le paradoxe des nazis : même si leurs moyens sont techniques, leurs fins sont plus "écologiques". Je reviendrai dès que j'aurai les textes précis, mais il faut savoir que :
- les nazis ont fait voter les premières lois sur l'écologie et la préservation de l'environnement, qui doit ainsi échapper à la modification technique,
- des penseurs officiels du régime nazi étendent ce souci écologique aux "races" et aux "cultures" même, en mettant l'accent sur la nécessité de préserver en chaque peuple sa culture originelle, et jetant l'anathème sur les vilains colonisateurs qui ont voulu uniformiser cette jolie diversité.
Je préciserai donc plus tard. Mais ce souci de préserver les choses de l'atteinte de l'homme, de la technique et de l'universalisme des droits de l'homme (= métaphysique de la subjectivité) se rapprochent quand même plus de thèmes heideggeriens que de la philosophie cartésienne (plus proche, elle, des tomates OGM). Alors, certes Heidegger n'était pas nazi, mais : est-ce qu'il ne partage pas un background commun assez large avec la pensée nazi ?
A noter : le concept d'authenticité qui revient aussi souvent sous la plume des théoriciens du Reich.
Mais Heidegger n'a rien à voir avec tout cela. La notion de Dasein annule par avance toute conception raciale ou biologique de l'homme, ce qui est au centre chez les nazis. Qu'on retrouve parfois chez eux du vocabulaire romantique du XIXe s. vient de ce qu'ils ont pillé la culture allemande, comme par exemple le fameux Sieg Heil! qui à l'origine n'a rien de nazi. C'est qu'ils auraient été bien incapables d'inventer quoi que ce soit.
En ce qui concerne la "technophobie" de Heidegger, j'ai peur que ce ne soit qu'une rumeur. Il s'éclairait à l'électricité et roulait en voiture. Il remarque juste, comme Arendt après lui, que quand l'homme parviendra à devenir vraiment maître et possesseur de la nature, ce qui est imminent en biologie !, ce sera la carastrophe assurée. Même s'il ne se passe rien de grave (mais Arendt est très pessimiste sur ce point), l'essence de l'homme en sortira profondément modifiée, processus déjà enclanché.
C'est pourquoi il faut selon heidegger reprendre la pensée occidentale, c'est-à-dire la science (technique), à sa source philosophique, au lieu de lancer d'absurdes protestations éthiques.
Heidegger n'est pas du tout "technophobe", au contraire, il a une grande admiration pour les savants et il avait une correspondance avec Heisenberg. Towarnicki raconte qu'il était fasciné par le mécanicien qui un jour changeait sa roue de voiture.
C'est plutôt nous qui sommes "technofans". Nous avons tendance à voir dans la science un progrès pour l'humanité. Nous jugeons même les autres civilisations à partir de là, et nous dénigrons les autres cultures du nom de "sous-développées" ou "en voie de développement", comme si leur grandeur propre avait besoin de nous. C'est de l' "ethno-techno-centrisme".
jp
La remarquer, c'est bel et bien faire preuve de lucidité. D'originalité, c'est un autre problème.
Mais vous revenez toujours au même plan : "Ce qui suggère que si le génocide est un mal, c'est parce qu'il est un génocide, pas parce qu'il est industriel!".
Une fois encore, la reflexion de Heidegger se tient au plan de l'histoire de l'être, ce n'est pas essentiellement un jugement moral qui chercherait à montrer ce qui, dans le nazisme est mal.
Par ailleurs, ce n'est pas parce qu'il décrit les phénomènes qui témoignent du déploiement planétaire de la technique que des phénomènes qui n'en releveraient pas (une génocide non-industriel, comme vous en présentez l'hypotèse) seraient tous des biens.
En ce qui concerne le jugement moral de Heidegger sur la Shoah, voir le texte des Conférences de Breme de 1949 où il parle de la "mort" (=Dasein, humanité) qui a été volée aux victimes.
jp
C'est précisément ce que je veux dire! Je ne vois pas, dans la pensée de Heidegger, ce qui pourrait être une critique violente et/ou lucide du nazisme, ou qui pourrait être la base d'une telle critique.
(Les textes cités dans le billet me semblent anodins. Dire que l'être de l'Etat n'est pas le policier, cela me semble une banalité de bon sens plutôt qu'une critique implacable d'un supposé dogme nazi.)
Je vous concède que heidegger n'a pas crié "A bas Hitler!" et que surtout son engagement pathétique de 33 le ridiculise pour l'éternité dans l'histoire des relations entre philosophie et politique. C'est un point que les "heideggeriens" sont les premiers à reconnaître (voir Towarnicki).
Mais sa parole est restée libre : les citations montrent qu'en 35 il disait devant ses étudiants qu'une politique raciale était une insulte à l'intelligence et qu'en 40 il traitait Hitler de dictateur. Je ne crois pas que de tels propos dans un régime totalitaire puissent être dits anodins.
merci encore de votre intérêt pour cette question
jp
Franchement, cela me semble largement erroné. (1) les nazis, collectivement et individuellement, haïssaient les juifs (et les autres), collectivement et individuellement. Replonge-toi dans la propagande et les discours des années 30, plutôt que dans le procès d'Eichmann! Il dut y avoir des bourreaux indifférents et/ou apeurés, des exécutants cyniques, mais il y avait une haine réelle et répandue. (2) Comme tu le dis, les bonnes intentions supposées des nazis étaient "selon leur dires": il y avait peut-être cette sorte de justification à usage interne pour que les ordres passent mieux, mais ce n'est pas à prendre plus au sérieux que la propagande interne auto-déculpabilisante d'un fabricant de cigarettes. (3)Les nazis avaient sûrement des bonnes intentions au sens où beaucoup pensaient faire le bien. Mais il pensaient que c'était bien d'haïr les juifs. (4)L'industrialisation et la "civilisation" de l'Etat nazi est toute relative. C'était un mélange de règles rigides et d'anarchie complète, avec une multitude de plénipotentiaires locaux concurrents et arbitraires.
Voilà, c'est un peu à côté de la question, mais je ne pouvais pas non plus faire comme si j'acceptais ce que tu disais là-dessus! C'est néanmoins lié au débat: il me semble factuellement faux que les nazis traitaient leurs victimes comme de simples choses. Si c'est là l'explication heideggerienne sur le mal nazi, tant pis pour cette explication!
Deuxième chose: Heidegger aurait-il était le seul à remarquer que la barbarie industrialisée des nazis soit "non pas une horreur de plus, mais la pire de l'Histoire"? Là encore: c'est une blague?? C'est une idée largement répandue et qui n'a pas attendu Heidegger pour être exposée partout et longuement! Rappelons quand même que Heidegger n'a mentionné l'Holocauste que deux fois, en passant. Et il faut mettre beaucoup entre ces lignes pour lire que l'Holocauste est la pire horreur de l'histoire parce qu'il est le premier génocide industrialisé.
Une dernière remarque (en référence à ton "j'espère que cela te rassure sur mes opinions politiques"): je discute tout cela simplement sur le plan factuel. Ne prends surtout pas ça pour une tentative d'accusation morale ou quoi que ce soir dans le genre!
Arendt a tenté de comprendre comment un Etat entier de fonctionnaires bureaucrates non-nazis a pu devenir criminel sans aucun scrupule (Hitler haïssait peut-être les juifs, mais les autres allemands?). Sa réponse est l'indifférence complète à l'égard du caractère humain des "problèmes" auxquels ils cherchaient des "solutions" techniques. C'est cela que je veux dire en parlant de la conception de l'homme comme chose. A ma connaissance personne d'autre n'a cherché dans cette direction à par elle - et heidegger quand il parle de la "mort" (c'est-à-dire l'humanité) qui a été volée aux juifs.
Tout le monde dit que c'est la pire horreur de l'histoire, c'est vrai, mais en même temps on ne sait pas expliquer pourquoi. C'est que ce n'est pas une question de nombre de victimes ni de cruauté. Penser Auschwitz est terrifiant et je suis convaincu que la solution de la haine est trop facile. La haine en effet est encore un sentiment humain et rien d'humain ne peut expliquer ça.
Les nazis étaient experts en éradication des sentiments, en déshumanisation de soi. Et puis la haine se serait peut être arrêtée aux juifs, mais après les populations étrangères, ils pojetaient aussi de purifier la population allemande, à commencer par les malades cardiaques ! Ce n'est donc pas de la haine, mais quelque chose de bien pire. C'est la transformation de l'homme en robot (programmé génétiquement), transformation que les SS pratiquaient déjà consciemment sur eux-mêmes.
Il faut donc plus que jamais penser l'humain, si on veut comprendre ce qui a bien pu se passer, et là je suis catégorique : lire Heidegger est indispensable.
JP
Je résume ma pensée : La technique n'a pas été une aide extérieure au massacre. C'est parce que les nazis ont voulu gérer techniquement les stocks génétiques humains qu'ils se sont mis à liquider méthodiquement les populations, y compris la leur, de manière absurde et sans raison même passionnelle.
Auschwitz n'est pas "le mieux mené" des massacres comme dit mauriac qui, contre sa pensée de départ , est obligé conrte son gré de relativiser Auschwitz en le comparant à d'autres massacres. Ce qui c'est passé là-bas est unique au monde, on n'a pas de nom pour ça.
jp
Loin de moi de nier la cohésion temporaire des désirs révolutionnaires (reéls) de Heidegger et la conjoncture politique allemande de 33 : Heidegger a bel et bien adhéré de son plein gré au régime national-socialiste, pensant pouvoir en retirer quelque chose de grand, pendant 1 an, et n'a pas non plus fuit l'allemagne après 34. C'est à mettre sur le compte de ce qu'il appelle lui même une "erreur". Il est regrétable qu'il ne se soit pas plus prononcé à propos de cette erreur, et on peut se demander pourquoi.
Je comprends que ceux qui pensent que M. Fédier est un menteur (quand ils ne pensent pas qu'il est un proto-révisionniste néo-nazi) ne lui fassent pas confiance quand il nous dit que Heidegger, qu'il connût, avait honte de son engagement de 33 (il baissait les oreilles, pour ainsi-dire, quand il en parlait) et de cet épisode de sa vie, mais moi je le crois, j'ai cette faiblesse là, et pour l'avoir rencontré récemment ("pour voir ce qu'est le bonhomme" comme il dit), je ne reviendrai pas sur cette confiance. Toujours est-il que le travail sur le Heidegger-politique est nécessaire (dans le sens "inévitable mais salutaire"), qu'on en a encore pour des années, et que la polémique ne fait que (non pas commencer mais) continuer.
Malheureusement, en tant que lecteur de Heidegger débutant (à peine 2 ans que je me farcis du Heidegger à petites doses), je n'arrive pas à m'intéresser à cette question outre mesure. J'ai lu tous les textes des Ecrits politiques, quelques bouts du livre "Heidegger, à plus forte raison", mais ma pratique de la polémique n'ira pas plus loin que ça actuellement. Déjà que je m'administre une dose quotidienne de Skildy, c'est déjà assez déprimant comme ça ....
Je trouve ça très bien que P4P serve de tribune à la parole "Heideggerienne", pour ainsi dire (ce mot prend tout son sens quand on ne parle plus de la philosophie de Heidegger, mais de la polémique), mais Heidegger c'est quand même bien autre chose qu'un auteur nazi, non ? Il est malheureux que des esprits comme Fédier soient obligés de consacrer du temps & de l'énergie pour traiter de cette question. Question d'honneur écrit-il, en reprennant Socrate, au début d'un de ses livres sur Heidegger. (j'ai plus la citation de l'apologie de S. en tête)
Décidemment, j'ai autre chose à foutre que, comme le fait M. Husson, éplucher des documents nazis par centaines. Quant à M. Faye, réaliser un travail de 500 pages et de plusieurs années pour arriver à dire une chose débile comme "le mot 'barbarie' n'est pas péjoratif chez Heidegger", ça revient à escalader une montagne de 3000m pour chier du sommet.
Il est un fait que certains des écrits de Heidy de 33/34 sont très confus et peuvent, à raison, paraître suspects. Il a du passer quelques idées malsaines par la tête de Heidegger à cette époque. De là à en faire le mentor de Hitler, n'y a-t-il pas une marge ?
Ce que j'ai écrit au dessus ne s'adressait à personne en particulier. Ce que remarque JD est juste, et ses remarques sont les bienvenues, ainsi que tout le débat sucité par le dossier que jp nous a concoté.
Cependant, que penses-tu, toi, JD, des thèses de Faye & de celles à la Skildy ? (je pense notamment à son "work in progress" sur son blog).
(pas le courage de me relire, dsl)
En fait je suis terrorisé à l'idée que le nazisme n'est peut être pas un accident de l'histoire, et que notre civilisation l'a rendu possible !
jp
un message de Ritoyenne, plus haut, indique que vous êtes en M2 à P4. Vous travaillez sur Heidegger ? Sous la direcion de J-F Courtine ?
Pourquoi être terrorisé à cette idée ? Le nazisme n'est pas un accident de l'histoire!!! Il faut être naïf ( ou très jeune ) pour le croire. Il est l'émanation toujours possible de tout être humain, toujours présent, toujours prêt à servir !!! Il est de moi, il est de vous , il est de tous, il est l'expression d'une époque, d'une histoire , d'une conjoncture et bien prétentieux ceux qui des années plus tard bien à l'abri derrière leurs jolis bureaux, vont porter leur jugement sur leurs semblables, car ce sont nos semblables et nous devons les revendiquer comme tels. Alors que reste t-il de la polémique ??
Ne vous imaginez pas que vous, ou moi, ou Mr Machin Chose ( qui se croit au dessus de tout soupçon ) placés au même endroit au même moment ne serions pas capables de pire , serions nous du côté du bourreau ou du côté du héros?
Personnellemet j'assume ma part des saloperies de l'histoire, je me les approprie et ça m'évite les jugements hasardeux sur mes ancêtres, je m'identifie à ce qu'ils ont été : ça calme !!!! .
L'histoire OUI, mais les vaines polémiques qui consistent toujours à se mettre à la place des autres et à s'ériger en censeur NON.
Je regrette que de vaines polémiques usent l'énergie de gens aussi remarquables que F. Fédier, ou que vous JP, dont on tellement besoin MAINTENANT, pour faire progresser NOTRE , présent.
Laissons les Husson et Faye et d'autres que je ne souhaite pas connaître, s'occupailler à enc..ler les mouches et regardons juste ICI et vers l'avant en apportant notre énergie à des gens et des causes que l'on estime.
Soyons vigilants : notre énergie n'est pas illimitée, gardons là pour ce qui nous grandit, il y a déjà bien assez d'occasions dans la vie ou nous sommes loin d'être estimables.
Il n'y a pas de petites mesquineries et de grands crimes : il y a juste l'humain : vous, moi, lui.
Faye et d'autres veulent évaluer la biographie d'Heidegger au regard de cett edouble appartenance propre aux idéologues du nazisme, à savoir :
- Son statut de philosophe universitaire,
- Son acceptation manifeste du nouveau régime de 1933 en Allemagne.
Question : est-ce que faire comme tous les autres professeurs en adoptant l'uniforme nazi, en faisant le salut hitlérien et en acceptant de soumettre le travail universitaire à la mise au pas générale, est une attitude philosophique ? Non.
Si nous reconnaissons - et vous le reconnaissez - que la philosophie a un sens, oserais-je dire universel, du moins commun à tous ceux qui la pratiquent ou qui s'y dévouent, on ne peux pas sérieusement soutenir que Heidegger ait été philosophe. Pourquoi ? non pas parce qu'il manquait de brio spéculatif, mais parce qu'il portait l'uniforme nazi, qu'il siégeait aux réunions de SA, qu'il présidait aux destinées de l'université quand furent organisés les grands autodafés de livres juifs, etc.
Je ne prête donc pas main forte à l'extrême droite, comme vous l'affirmez dans votre commentaire, en disant qu'Heidegger était un penseur nazi.
Je n'ai de plus pas à rassurer ceux qui, humblement, m'ont demandé de les éclairer sur une idée qui commençait à poindre en eux à la lecture des multiples travaux qui ont été publiés sur le sujet, et qui confirment largement le travail d'Emmanuel Faye.
Au sens socratique, pythagoricien, cartésien, leibnizien, nietzschéen, thomiste, que sais-je encore, la philosophie n'est pas un étalage étymologique ou tautologique de mots clés. Cela, laissons-le aux Larousses et autres dictionnaires bon marché.
Or, Heidegger ne procède qu'ainsi. Bien sûr, il y a aussi chez lui la manie de la répétition. On sairt qu'un mot répété mille fois perd son sens, et qu'au bout d'un certain temps, les "oreilles" importunées du lecteur cherchent à tout prix à ramener le son entendu à une signification.
Heidegger était très fort pour cela.
Faye indique très précisément dans les séminaires inédits de 1934-35, ces moments où le sens du verbe être glisse dans l'idéologie nazie.
Il ne l'invente pas. Il est historien.
Or, Heidegger ne procède qu'ainsi."
Quelle bêtise...
Je vous renverrai simplement pour votre gouverne - vous aimez la vérité autant que moi n'est-ce pas - à quelques auteurs fondamentaux pour comprendre l'utilisation de langue allemande chez Heidegger, aux articles de Roesner et à la conférence de Steiner - prononcée, n'en déplaise à ceux qui pensent que parler ne société policière est une chose quasi impossible - à Téhéran.
Mais puisons à la source sucrée du verbiage heideggerien : proprement insensé : "Worin liegt das Wesen der neutzeitlichen Wissenschaft ? (En quoi réside l'essence de la science moderne ?) Welche auffassung des Seiendes und der Wahrheit begründet dieses Wesen ? (Quelle conception de l'étant et de la vérité fonde cette essence ?) Gelingt es, auf den metaphysischen Grund zu kommen, der die Wissenschaft als neuzeitliche begründet, dann muss sich von ihm aus überhaupt das Wesen der Neuzeit erkennen lassen.(Il est difficile de parvenir au fondement de la métaphysique qui fonde la science en tant qu'elle est moderne (ou dans sa modernité)), car c'est de ce fondement que doit se faire connaître l'essence de la modernité. (traduction en langue rationnelle : il est difficile de savoir si la poule a fait l'oeuf avant que l'oeuf ait fait la poule.) Wenn wir heute das Wort Wissenschaft gebrauchen, meint es etwas, das sich von der doctrina und scientia des Mittelalters, aber auch von der griechischen épistémè wesentlich unterscheidet. (Quand nous employons aujourd'hui le mot "science", il signifie quelque chose d'essentiellement différent de la doctrina et de la scientia du Moyen-Âge, mais également de l'épistémè grecque.) Die griechische Wissenschaft war niemals exakt und zwar deshalb, weil sie ihrem Wesen nach nicht exakt sein konnte und nicht exakt zu sein brauchte. (La science grecque ne fut jamais "exacte", et pour cause, car en vertu de son essence, elle ne pouvait pas être exacte et n'avait pas besoin d'être exacte (traduction en logos vulgaire : si le chien ne parle pas, c'est que son essence, qui le précède en tant que chien, fait qu'il ne parlera pas et qu'il n'aura pas besoin de parler. CQFD L'essence chez Heidegger précède bien l'existence quand il en a envie) Daher hat es überhaupt keinen Sinn zu meinen, die neuzeitliche Wissenschaft sei exakter als die des Altertums. (Par suite, il est absurde de penser que la science moderne est plus exacte que celle de l'antiquité) Suit alors un léger développement sur la relativité des vérités scientifiques, par lequel Heidegger sous-entend que l'exactitude de la science moderne produit des vérités relatives, alors que la scientia du Moyen-Âge (la dialectique et les syllogisme) corrigée et surmontée par Descartes pour notre plus grand salut, ne produisant pas d'exactitude mathématique, échappe à la finitude. Les vérités éternelles de Descartes sont du même coup réfutées par le petit nain de Messkirsch. Mais poursuivons...
Wollen wir daher das Wesen der neuzeitlichen Wissenschaft begreifen, dann müssen wir uns zuvor von der Gewohnheit befreien, die neuere Wissenschaft gegen die ältere lediglich gradweise, nach dem Gesichtspunkt des Fortschritts, abzuheben. (Si par suite nous voulons concevoir l'essence de la science moderne, nous devons tout d'abord nous départir de l'habitude de découper la nouvelle science sur l'ancienne à un certain degré seulement, du point de vue de l'investigation.) Das Wesen dessen, was man heute Wissenschaft nennt, ist die Forschung. (L'essence de ce que l'on nomme aujourd'hui "science", c'est l'investigation.) Worin besteht das Wesen der Forschung? (En quoi consiste l'essence de l'investigation ?) etc."
En effet il est sûr que le résultat va dans le sens de ta thèse ("Heidegger est complètement crétin", je résume), mais cela tu peux le faire avec n'importe quel auteur.
On peut ne pas être d'accord avec les développements de Heidegger, on peut même dire qu'ils sont absurdes, si l'on apporte d'autres grilles de lecture de la réalité plus justes, mais on ne peut pas - à moins de faire preuve de malhonnèteté intellectuelle, ou de provocation - dire ce genre de choses.
A part annoncer "ce que je vais coller est proprement insensé" et coller une série de 10 phrases, que fais-tu ? Tu n'apportes aucun contenu à ta "critique" qui n'a d'ailleurs aucun intérêt, à part provoquer la réaction de gens que tu devines "Heidegger-sensibles".
Justifier tes incompréhensions, du genre ""la philosophie n'est pas un étalage étymologique ou tautologique de mots clés. Cela, laissons-le aux Larousses et autres dictionnaires bon marché.
Or, Heidegger ne procède qu'ainsi."" par RIEN, je trouve ça crétin.
Puis, j'ai passé 3 mois sur "Sciences et méditation", texte dont tu tires quelques phrases aléatoirement, et je n'y ai rien trouvé d'absurde (y'a quelques passages enigmatiques, surtout sur la fin quand il parle de l'essence de la méditation comme retour au "pays natal", vers "Ce qui mérite qu'on interroge", je renvoie à l'extrait que j'ai d'ailleurs posté : http://www.paris4philo.org/article-10206962.html
)..
Ptet que j'suis complètement con, que je ne vois pas que Heidegger raconte vraiment n'importe quoi. Ptet que tous ceux qui accordent une once d'importance à la pensée de Heidy sont tous complètement cons. Ou comme Skildy le dit : ils sont tous bernés par la fascination nazie qu'il provoque chez les lecteurs. Hum.
Bon troll à tous.
Il y a également Zygmunt Bauman, qui a fortement mi en évidence le rapport des génocides nazis avec cette tendance typiquement moderne à vouloir pleinement régenter le réel, et avec un froideur ne se soucient que d'efficacité.
J'ai rédigé un article pour répondre à votre question dont je vous remercie de tout coeur :
La philosophie de Heidegger
Vous pouvez commencer à lire par exemple "Introduction à la métaphysique", "lettre sur l'humanisme", "l'origine de l'oeuvre d'art" ou "acheminement vers la parole". Comme introduction, rien ne vaut jean beaufret, "dialogues avec heidegger", qui parlent aussi de descartes, pascal ou Nietzsche, mais c'est que penser avec heidegger c'est aussi et surtout penser avec les autres philosophes.
jp
Pauvre Sorbonne !
Pauvre Sorbonne ! Serions-nous revenus au temps d’Edouard Spenlé et de Jérôme Carcopino ? J’ai honte pour mon pays. Pourquoi les résistants ont-ils donc tant lutté si nous devons glorifier aujourd’hui les fondateurs du nazisme ?La Sorbonne est aujourd’hui vérolée par le fascisme heideggérien. Et ceux qui se réclament de Heidegger semblent ne pas avoir conscience de ce qu’ils font. Les lectures de Gérard Guest et de Claude Romano, pour ne citer qu’eux, sont des désastres. Mais où ont-ils appris à lire ? Dans le boudoir de Fédier et dans la chambre de Jean Beaufret ?
Désolidariser l’œuvre écrite de Heidegger de sa réalisation historiale incessamment revendiquée par Heidegger lui-même et ce, depuis 1916, est un crime. Je pèse mes mots. La politique de « l’amitié » qui a conduit Jean Beaufret à commettre cette lâcheté est impardonnable compte tenu du nombre de morts qu’a entraîné la pensée politique de Heidegger sous une présentation apparemment inoffensive d’allure à la fois poétique et mystique.
Toute la politique d’Heidegger n’est rien d’autre qu’un impérialisme mystique qui a réussi à s’implanter en Allemagne du fait de la grande peur du communisme éprouvée par les grands propriétaires terriens, les grands maîtres de l’industrie lourde, les grands maîtres de la haute finance, et les grands dirigeants politiques de l’Eglise catholique. En mettant en avant son disciple Hitler, première grande figure de son mysticisme impérialiste, Heidegger, comme jadis César Borgia, pouvait rester caché et commander à l’ombre d’un paravent poétique qui laissait croire à son innocence absolue. Il se montrait publiquement en tant que professeur endoctrinant subtilement ses auditoires avec sa mystique impérialiste et se dissimulait en tant que dictateur sanguinaire prétendument libérateur, laissant faire à son gouvernement, à l’armée et à ses agents S.S. la sale besogne (la corvée de bois).
Tant qu’on n’a pas compris qu’Hitler était aux ordres d’Heidegger, comme le montre le commentaire d’Andenken on n’a rien compris au nazisme. L’approche de Hölderlin n’est pas une promenade poétique en pleine conquête territoriale nazie mais la passation cryptée des ordres de conquête et d’extermination. La chose est certes subtile, mais c’est, hélas, la triste réalité. Heidegger avait donné à ses exécutants deux commandements directeurs : « la colonie » et « le retour au propre » (Approche de Hölderlin, NRF p.149). Il s’adressait aux intellectuels bien élevés. Hitler, lui, employait d’autres mots. Il s’adressait au tout venant de la société allemande. Si d’aucuns ont pu dire qu’Heidegger était Hitler en chaire, aujourd’hui on peut dire sans risque d’erreur qu’Hitler était Heidegger dans la rue.
Hitler n’a cessé de préparer la voie au dictateur, de lui aplanir le chemin pour qu’il règne comme un dieu, comme le denier Dieu pour lequel il se prenait, comme la dernière figure de Dionysos Zagreus le grand libérateur dela Germanie.
Il n’y a pas de plus grand ennemi de la philosophie que cet autocrate mégalomane atteint d’une paranoïa gravissime. Et c’est lui qu’on encense et qu’on glorifie aujourd’hui comme s’il était le sauveur de l’humanité, mais de qui se moque-t-on ? Qui sont ces bateleurs qui voudraient nous faire prendre des vessies pour des lanternes ? Pourquoi n’y a-t-il pas eu davantage d’intellectuels pour soutenir Jean pierre Faye, Pierre Bourdieu, Arthur Goldschmitt et Emmanuel Faye dans leur combat pour la vérité historique ? Que sont devenus nos maîtres de philosophie ? Ont-ils troqué la proie pour l’ombre ? La raison pour la sophistique ?
Il faut croire que l’université française est tombée bien bas si elle ne sait pas différencier un philosophe d’un sophiste, un sombre dictateur d’un sage pacifiste. Après le discours de Heidegger lu par Jean Beaufret à l’UNESCO en 1964, tous les philosophes auraient dû réagir. Eh bien, non ! Seraient-ils devenus des agents de l’heideggerianisme ? Pourquoi n’ont-ils pas cherché à connaître avec exactitude le rôle joué par Heidegger dans l’Allemagne nazie et se sont-ils laissé berner par les sornettes du récit heideggérien concernant la période du rectorat qui n’est qu’un ramassis de mensonges et d’omissions mêlé à un peu de vérité pour faire croire à l’authenticité de la recension, car il faut bien un peu de vérité pour faire croire que le mensonge est vrai. Heidegger tenait alors à sauver sa peau, il n’allait pas cracher le morceau. Il attendait qu’on le soumette à la question pour parler. Mais on ne soumet pas un dictateur présentable à la question, on le vénère. Il sait si bien parler ! Bien qu’aveugle, la vieille taupe savait bien se dissimuler pour laisser croire qu’elle était un mulot. Et on ne dérange pas un mulot, voyons, il est inoffensif. Mieux, on écoute ce qu’il a à dire pour s’en prendre aux rouges qui gênent la grande bourgeoisie, l’Eglise et l’aristocratie, tous bien installés dans leur fromage social. Peut-être aussi certaines franges intellectuelles aux mœurs délicates nostalgiques dela Grèce antique.
Ce n’est pas un procès d’intention que je fais ici, c’est un constat. Les preuves de ce que je dis éclatent dans l’œuvre écrite de Heidegger, dans ses lettres et dans les témoignages de ses contemporains mais les philosophes français ne veulent rien entendre. Ils interprètent tout de travers la « Dummheit » (la grosse bêtise) parce qu’ils préfèrent ne pas remettre en cause leurs commentaires erronés. Pas un ne dira que si Heidegger a quitté le rectorat au printemps 34, c’était pour préparer incognito la nuit des longs couteaux qu’il était facile ensuite de faire endosser à Hitler. De toute façon ce chancelier inculte, ce Remiro d’Orco autrichien aurait tout accepté, il était là pour ça, il avait été naturalisé allemand à cette fin. Le commentaire du Rhin et le commentaire de Trakl parlent avec une clarté éblouissante mais personne ne veut les lire, personne ne veut entendre les paroles d’Heidegger.
Pourquoi un tel comportement chez les universitaires? Les philosophes n’ont pourtant pas la gestapo aux trousses aujourd’hui. Alors quoi ? Heidegger aurait-il un tel pouvoir de suggestion qu’il aveuglerait même les meilleurs penseurs contemporains ? A quoi assiste-t-on ? A une nouvelle « hypnose confessionnelle » ? Le « beaufrétisme » et la « fédiarité » nous conduiraient-ils à une nouvelle Gestalt-thérapie, à une « guest-thérapie » de pacotille sous les auspices « sollersiennes » de l’infini ? De grâce, arrêtons ce cinéma qui ridiculisela France entière et la couvre de honte quand on sait ce que Heidegger désignait en 1946 par les « fours du boulanger » alors que la cendre des crématoires était encore fumante. Et en 1943, dans un cours qui n’a pas encore été publié en français bien qu’il ait été traduit depuis longtemps par un étudiant de Dominique Desanti. Heidegger jouait alors aux osselets dans le four du boulanger en venant se chauffer à la flamme produite par le « bois approprié et choisi » qu’il avait demandé dès 1930 à ses étudiants d’aller chercher dans la forêt humaine en prenant les chemins qui mènent au cœur de l’abattage (les « Holzwege »). Une horreur ! Voilà celui que les universitaires de France magnifient aujourd’hui.
Allons mesdames et messieurs un peu de pudeur. Respectez les morts qui vous ont rendu la liberté, cette liberté qu’Heidegger avait déjà grandement commencé à nous ôter avec la complicité de l’Etat français. Cet Etat dans lequel officiait l’universitaire Edouard Spenlé discourant pour l’instauration en France d’une université germanique en pleine période nazie. Tout le monde peut consulter ses discours publiés par les éditions Sorlot, éditions récupérées par Hitler à la suite du procès qu’il leur avait intenté pour avoir publié Mein Kampf sans son autorisation, alors quelles voulaient mettre en garde les Français contre les dangers de l’hitlérisme. Les dangers de l’hitlérisme, c’est-à dire de l’heideggerianisme, mais on ne savait pas encore à l’époque, même pas Carl Schmitt, qui avait pensé l’idéologie « des petits papiers qu’Hitler avait sous la langue », pour reprendre l’expression de Schmitt lui-même. C’est dire à quel point le secret était bien gardé. A moins que Schmitt ne feignit d’être dans l’ignorance, car il savait abondamment dissimuler, lui aussi.
Dès 1946 Heidegger tenta d’effectuer la reprise de son mouvement impérialiste mais trente ans ne suffirent pas à relancer le mouvement, ou plutôt la « chose » et à mettre sur pied un nouveau commandement et de nouvelles sections d’assaut. Eugène Fink refusa de prendre la direction en 1966, il ne resta alors que la solution dela Gesamtausgabe pour tenter de prendre au filet un grand nombre de poissons. C’en était fini du roi pêcheur se contentant d’appâter et de tremper sa ligne. Il fallait maintenant agir avec des chaluts de grande envergure pour que de nouveaux disciples empruntent les routes maritimes qu’il avait tracées afin qu’ils ne s’écartent pas du bon chemin (Cf. son testament).
Qui aurait pu croire que les philosophes français ouvriraient leur havre à cet empereur du mal ? (Cf. son cours sur Schelling : « le bien c’est le mal », « l’homme est dieu »). Qui peut encore vouloir des propos d’Heidegger aujourd’hui si ce n’est des propagateurs de ce même « mal », cette notion étant entendue au sens humaniste et chrétien du terme. Qui aura parmi les universitaires le courage de me suivre pour chercher la vérité et pour la dire? Ou faudra-t-il comme Socrate que je boive seul la ciguë parce que mes contemporains auront été des lâches ou des aveugles ? Un avenir proche nous le dira. En attendant personne ne veut publier la vérité et on cache même les livres d’Emmanuel Faye.
Michel Bel, 13.07.2007
cher monsieur,
je vous rassure tout de suite : ce blog n'est pas du tout représentatif de la sorbonne sur ce sujet et les livres d'E.Faye se vendent très bien.
j'avoue ne pas saisir le rapport de votre commentaire à l'article Heidegger contre le nazisme, dont vous ne relevez pas les citations clairement antinazies ni les nombreux témoignages d'étudiants.
Enfin : "Pas un ne dira que si Heidegger a quitté le rectorat au printemps 34, c’était pour préparer incognito la nuit des longs couteaux qu’il était facile ensuite de faire endosser à Hitler."
Je me base sur des livres d'histoire comme ceux de Ian Kershaw et je n'ai jamais entendu dire que Heidegger avait exterminé les SA. De plus cela signifierait que Hitler aurait ensuite lui-même endossé publiquement la responsabilité de cette purge pour protéger Heidegger? Attention à ne pas trop flirter avec l'histoire-fiction et les théories du complot type Da Vinci Code, surtout quand il s'agit de choses aussi graves.
bien à vous
jp
Mais JP est là pour tempérer mes penchants naturels pour la censure de la merde.
Bien peu à vous,
Ritoyenne.
Allez donc délirer sur le blog de skildy, c'est le lieu parfait pour cela.
oh tu sais je sais pas si c'est très gentil pour le monsieur de laisser ses propos délirants... mais on n'est pas comme Skildy on ne censure pas ! que chacun assume ce qu'il écrit.
Et Nietzsche ! C'est Lukacs, me semble-t-il, qui a diffusé en France le contre-sens idiot d'après lequel la bête blonde du paragraphe 11 de la première dissertation de la Généalogie de la morale serait le SS blond ivre de massacres.
monsieur
on ne peut rien répondre à votre argumentation, à part ceci : vous tombez très dangereusement dans ce qu'on appelle la "théorie du complot". Umberto Eco dans le Pendule de Foucault raconte comment on peut deviner un complot millénaire des Templiers dans une simple liste de courses.
Ce genre de théorie explique Arendt est toujours très séduisante parce qu'elle simplifie l'histoire à outrance et donne l'impression d'avoir compris les arcanes du monde (arcanes qui n'existent pas). Le succès du livre de Faye s'explique ainsi : les gens adorent les romans type Da Vinci Code. Le style de faye est d'ailleurs celui d'un roman à suspens.
Aussi peut-on poser le principe suivant comme axiome : toute théorie qui prétend détenir la clef de l'Histoire est une pure et simple charlatanerie. Marx aussi est tombé là-dedans avec son matérialisme historique. L'histoire humaine est un enchaînement imprévisible de circonstances et rien ne détermine à l'avance les événements. On ne peut pas discuter avec des gens qui pensent détenir la vérité sur l'histoire, pas plus qu'avec des fanatiques.
Rappelons simplement que toute l'idéologie nazie est basée sur une théorie du même genre que la vôtre : les "Protocoles des sages de sion", selon lesquels tous les grands événements historiques s'expliquent en fait par le complot millénaire juif pour la domination du monde.
jp
ps : au moins vous assumez clairement votre révisionnisme en mépisant les historiens. tout est dit en effet.
Mais l'interprétation heideggerienne de l'histoire de l'être n'est elle pas aussi une théorie qui prétend détenir la clef de l'Histoire ?
non la pensée de l'histoire chez heidegger va contre celle de hegel. c'est vrai que l'histoire de l'être donne l'impression de survoler les nuées, mais c'est la liberté qui est au fond des déterminations de l'être. rien de prévisible donc, au contraire. aucune nécessité.
à propos des hasards de l'histoire, kershaw raconte que la Wehrmacht avait prévu de renverser hitler avant la guerre, mais que la lâcheté de la france et de l'angleterre a redonné confiance dans le führer et sa capacité à garantir la paix et fait capoter le coup d'état militaire. et c'est arrivé plusieurs fois ! et j'ai encore entendu un étudiant dire que le peuple allemand était responsable, alors que la Wehrmacht a tout fait pour empêcher hitler d'entrer en guerre. Mais une fois la guerre déclenchée, c'est l'union sacrée, l'armée se tait et fait son travail.
les gens ne savent pas ce qu'est l'histoire, ils regardent des docus avec musique à suspens sur M6 et ils croient que c'est un déroulement inéluctable. les meetings de hitler par ex sont toujours vus à la télé comme des rassemblements de fanatiques belliqueux, alors qu'en fait les gens criaient "Sieg heil !" parce qu'ils espéraient la paix que leur promettait le führer !
michel bel
"vos methodes de censure montrent clairement qui vous êtes. Ceux qui ont lu mon texte du 16.07.2007 qui était une réponse aux commentaires du blog dirigés contre moi et qui étaient totalement incapables de réfuter le contenu de mes recherches, peuvent clairement apprécier qui vous êtes. Vous pouvez vous congratuler entre vous , la vérité ne sortira pas de votre poche.
michel bel"
Je suis pas la personne responsable de cette censure. Personnellement, j'ai lu votre commentaire (qui consistait en une suite d'assertions toutes plus folles les unes que les autres), en soupirant, en me disant que vous devriez arrêter vos délires, que les lectures de Skildy vous montent à la tête, et que j'ai quand même autre chose à foutre que lire que Heidegger est responsable du massacre des feujs. Cependant, même si je me suis dit tout cela, je n'ai pas effacé votre commentaire.
Une autre personne que moi a donc décidé de vous censurer, je ne sais pas qui (nous sommes tellement nombreux chez P4P que je ne peux pas tout controller), mais je soutiens sa décision.
Comme je le disais plus haut, soit vous venez pour discuter les arguments proposés par JP, soit vous allez délirer ailleurs.
"censure" est d'ailleurs vraiment un grand mot alors qu'il ne s'agit que de l'effaçage d'un commentaire/délire/nimporte quoi. De plus, je suis sans cesse censuré sur le blog de Skildy, qui refuse de publier le moindre de mes commentaires, même quand je fais l'effort d'être aimable, et je ne crie pas au scandale pour autant.
L'hystérie maladive sur Heidegger, les croix gamées cachées dans les poèmes, les insignes nazis cachés dans les textes de philosophie, l'adoration de Hitler cachée dans Être & Temps, le fantasme de l'ontologie cachée de la "rasse", la création Heideggerienne des camps de la mort, bref, toutes les conneries qui vous sont chères, on en a un peu marre ici. En tout cas, moi j'en ai marre.
Bref, si vous voulez faire éclater votre belle vérité, à la face des négationistes que nous sommes certainement dans votre esprit, alors je vous propose de réfuter les nombreux arguments présentés dans les nombreux articles de JP, je vous propose de discuter les faits qu'il avance, de remettre en question ses thèses autrement qu'en vous laissant aller à votre habituelle bouillie délirante.
en fait le deuxième post de M Bel était quasi le même que le premier, rien de neuf : du révisionnisme puisqu'il y traitait les historiens d'imbéciles (authentique). de tels propos sont censurés automatiquement. on laisse déjà le premier comme exemple. d'ailleurs Skildy censure à tour de bras, alors qu'ici c'est un événement exceptionnel.
je n'ai qu'un mot à dire: "vous en êtes". Si "jp a été cité s'est parce que la référence du site y renvoie et que lui-même m'a répondu. Ce n'est pas moi qui ai établi la référence. Bien le bonjour à Maurras et à ses collaborateurs. "Messieurs les censeurs: Bonsoir"! Vivez heureux en compagnie du fondateur gnostique du nazisme.
michel Bel 19.07.2007
MB
Ça va les insultes, espèce de crétin d'agrégé de philo à la con de merde à la retraite. Et se dire que l'enseignement public t'a conféré l'honorariat, espèce d'andouille. Sans doute pour te remercier d'avoir poussé tes élèves à aller s'inscrire sur les listes électorales pour leur faire comprendre que c'est leur faute s'ils sont dans la merde.
@ M. Bel :
Nous préférons laisser en l'état votre commentaire. Il semble que vos importantes et audacieuses recherche en histoire vous amènent à des conclusions bien étranges, quoiqu'originales. Non seulement vous affirmez que Heidegger était le nazisme, mais vous ne vous arrêtez pas là ! Vous avez aussi récemment découvert que les SA demandaient à leurs prisonniers (sûrement est-ce une technique de déstabilisation mentale) de "péter un coup", de "déstresser bordel". Poursuivez les efforts ! (et ne vous relachez pas pendant les vacances).
Bien à toi,
monsieur chocolat.
PS : non, sans rire, pète un coup.
Si vous voulez honorer Heidegger il faudra peut-être que vous vous y preniez autrement. Sachez que j'ai toujours honoré le haut niveau de compétence de Heidegger même si je suis totalement opposé à son orientation car je ne crois pas que l'avenir de l'humanité soit dans l'accroissement de la volonté de puissance et dans le combat à mort de Dionysos contre le crucifié. Vous feriez peut-être mieux de lire attentivement Heidegger plutôt que de déverser des immondices verbaux sur les personnes que vous méprisez sans les connaître.
J'ai bien le plaisir de respecter votre humanité même si je ne peux guère apprécier vos propos.
michel BEL
Honorer et admirer un nazi, c'est ne pas savoir ce que c'est qu'un nazi.
ça explique beaucoup de choses.
"J'ai bien le plaisir de respecter votre humanité même si je ne peux guère apprécier vos propos."
Venant d'un prof qui m'insulte, en disant de moi que j'ai le langage des SA, je prends ça pour de l'humour universitaire ! :)
1 que vous ne savez pas lire
2 que vous ne saurez jamais, par voie de conséquence, lire Heidegger. Car pour être capable de lire Heideger il faut d'abord apprendre à lire.
Je ne sais si la Sorbonne a les élèves qu'elle mérite, mais c'est affligeant!
Au revoir , messieurs! Et ne vous gavez pas trop d'Heidegger, vous risqueriez d'en crever. Le bûcher qu'il demandait à ses étudiants de préparer, dans les années trente; dans son cours sur la phénoménologie de l'esprit est toujours en chantier., même si vous faites semblant de ne pas vouloir entendre cet appel. Un jour vous me direz merci mais il faudra auparavent que vous reveniez de votre méprise.
M B
"L'esprit faussé en intellect est réduit au rôle d'instrument. Peu importe que ce soit (...) en dominant des moyens matériels de production (comme dans le marxisme) (...) ou en dirigeant l'organisation d'un peuple conçu comme masse vivante et comme race ; dans tous les cas l'esprit, en tant qu'intellect, devient la superstructure impuissante de quelque chose d'autre."
Gallimard Tel p.58
pour une fois, votre commentaire est remarquablement intéressant. merci pour toutes ces citations de l'entretien avec Hitler. Hitler déclare crûment ce que Arendt ne cesse de répéter, à savoir que le nazisme n'a pas plus à voir avec le socialisme qu'avec le nationalisme : "A ce moment, il ne restera pas grand-chose, même chez nous, en Allemagne, de ce qu’on appelle encore le nationalisme."
Vos conclusions sont cependant très discutables.
D'abord la notion de race semble bel et bien centrale : "Avec la notion de race, le national-socialisme conduira sa révolution jusqu’à l’établissement d’un ordre nouveau dans le monde". Les attaques violentes de Heidegger visent donc bien le centre idéologique du nazisme (voir Heidegger résistant par G.Guest (Héraclite)).
Les idées révolutionnaires de Heidegger à l'époque montrent juste comment Hitler a su habilement récupérer les idées à la mode (germanisme, culte du Führer, etc), pour sa propagande. Il ne les a jamais inventées, pas plus que la svastika ou le Sieg Heil. Ce côté kitsch et folklorique de la propagande nazie ne doit pas être identifié avec la réalité idéologique et criminelle que nous connaissons maintenant.
Vous dites : "Si vous voyez une différence entre la foi hitlérienne en la « Révolution » nazie et celle d’Heidegger, faites-le-moi savoir." C'est en effet le cas. Hitler n'a pas du tout inventé l'idée d'une révolution dirigée par un nouveau guide, un "Führer" qui rassemblerait les Allemands alors dispersés dans une nation éclatée et détruite. Il est arrivé et a dit "c'est moi le Führer que vous attendez". Les gens ont d'abord rigolé, puis après le crack boursier ils ont commencé à y croire. Hitler mentait au début, puis il a commencé à se prendre au jeu et à croire vraiment être le messie. kershaw dit que c'est le début de la fin pour Hitler quand il croit à ses propres mensonges.
Hitler n'a fait que fallacieusement revendiquer l'idée très belle et tout à fait progressiste de "révolution nationale" qui fleurissait depuis la guerre et provenait du romantisme allemand (Hölderlin, Georg, Kantorowitz, etc.). Les nazis ont tout gâché. Heidegger comme beaucoup d'allemands est tombé dans le panneau de la révolution nazie qui cachait ses véritables intentions, c'est pour cela qu'il parle étrangement de "la vérité interne et la grandeur de ce mouvement", vérité qui n'a en fait jamais existé ailleurs que dans la tête des compagnons de route du début dont le parti se servait pour se donner une façade respectable, comme Kantorowitz par exemple. Cette confusion nous montre dans quelle illusion se trouvaient les allemands avant la guerre, confusion soigneusement orchestrée par Hitler. Sinon on ne comprend pas comment un parti de cinglés a pu arriver au pouvoir dans le pays alors le plus civilisé d'Europe (mais aussi le plus martyrisé).
Attention cependant à ne pas critiquer les historiens comme vous faites, c'est la seule base que nous avons.
Merci en tout cas d'avoir dédouané Fédier de néo-nazisme. Il est en effet tout le contraire, le pire ennemi. Je ne le porte pas aux nues comme vous dites, mais j'admire sans conteste son courage.
A cause de la quantité de commentaires sur cet article, la discussion se pousuit sur Tous les documents de François Fédier
2) Faye s'est appuyé sur des traductions à contresens complet, comme G.Guest le démontre. Que voulez-vous répondre à ça, à part que c'est du vent?
3) Heidegger a résisté ouvertement à Hitler. Que voulez vous de plus?
4) C'est le fils de Heidegger qui ne supporte pas qu'on trafique les textes de son père pour vendre des livres à sensation. Il a le droit.
Que fédier soit mal à l'aise face à Faye, c'est indéniable. Quelqu'un qui falsifie la réalité historique a de quoi faire peur en effet. Un fanatique met toujours mal à l'aise.
Les articles réunis sur paris4philo sur Le "cas Heidegger" ont très facilement réfuté les thèses de Faye, il n'en reste absolument rien.
1) L'assertion de la mauvaise exégèse est souvent lancée par les gardiens du temple heideggérien, comme si il y avait des prêtres officiels dépositaires de la pensée du philosophe de la forêt noire ...Je me rappelle que Jorge Semprun, lors d'un débat télévisé sur la sortie du livre de Farias, avait accusé Jean Michel Palmié de ne rien comprendre à Heidegger ...La déligitimation du discours de l'autre par ce procédé souligne la difficulté des laudateurs du philosophe allemand à contre-argumenter ! La foi a des raisons que la raison ne connaît pas !
2) Heidegger a ouvertement résisté au nazisme ...J'ai plutôt l'impression qu'il a dans un premier temps collaboré, puis s'est drapé dans un silence qu'il n'a jamais enfreint ...Il me semble, mais je peux me tromper, que le philosophe de l'être et du temps ne s'est jamais vraiment expliqué sur cette période trouble ...
3) Je ne jette pas la pierre à Heidegger, il était un homme de son temps et il faut éviter de faire des anachronismes ...Son attitude ambigue, c'est le moins qu'on puisse dire, ne disqualifie pas pour autant sa philosophie !
Thierry : reste-t-il des traces (sur le net ? ou ailleurs ? Peut-être sur le site de l'ina ?) de cette émission ? Ce serait bien de la déterrer.
Riri.