La Nation face aux communautarismes

Publié le par Ritoyenne




(23 février 2007).



Avant de parler de communautarisme nous devons parler de communauté.
Replacer ce mot dans une perspective historique.
L’homme est un animal social, il n’existe et n’a toujours existé qu’en communauté.
L’individu, l’égo de Descartes, est une abstraction fausse, une robinsonnade.
De cet individualisme, au cœur de l’idéologie des Lumières, viennent une grande partie de nos problèmes récents.

Au début il n’y a pas l’un, mais le couple, la plus petite communauté.
Car en réalité Il faut dès l’origine un homme et une femme pour que l’humain puisse exister.
L’aporie de l’œuf et de la poule trouvant sa résolution dans l’évolution…

Ce couple originel produit la plus petite et la première communauté : la famille.
La famille, qui produit les enfants produit à sa suite la communauté familiale élargie : le clan puis la tribu, par les agrégations de familles selon les structures de la parenté : endogamie et exogamie, monogamie et polygamie…
Notre société a nous s’étant étendue selon la structure dite de l’éxogamie-monogamique, de loin la plus performante.

On assiste donc dans le temps, et si l’Histoire a un sens, au sens de direction prise par une structure dans la durée, a une dynamique d’agrandissement de la communauté dont le but est intrinsèquement progressiste : regrouper des individus dans une organisation pacifiée, afin d’atteindre des buts de plus en plus élevés par rapport à ceux que peut atteindre l’homme seul.
Ce pouvoir accru ayant comme prix à payer l’acceptation - nécessairement limitative de la toute puissance de l’individu - de la Loi. Acceptation de la Loi qui est toujours discipline du groupe contre pulsion et désir individuel.

Ainsi la civilisation peut se définir comme la tentative de faire grandir pacifiquement la taille de la communauté humaine, en jugulant les deux menaces de désorganisation qui rodent autour d’elle et qui sont toujours : la violence et le chaos.

En terme d’échelle, la plus grande communauté de libre adhésion atteinte par l’homme l’a été dans nos contrées :
Après le clan, la tribu, le fief, le royaume… cette communauté fut la Nation.
L’Empire devant être considéré, non pas comme une communauté au sens propre, mais comme un pouvoir impérial tenant sous son joug un ensemble de communautés dissemblables menaçant toujours de se disloquer : l’Empire austro-hongrois en était un parfait exemple.

La Nation est donc, dans l’Histoire, la plus grande communauté librement consentie, soit des dizaines de millions d’hommes vivant à l’intérieur d’une organisation communément acceptée pacifiquement, pour un destin commun.

Le problème, c’est que ces grandes unités, nées en Europe par imitation de la France – souvent phare de l’histoire occidentale – se sont affrontées jusqu’à se détruire les unes les autres à partir de l’épopée Napoléonienne.
Paradoxe d’une nation transformée en Empire pour tenter d’imposer le modèle national aux empires voisins !
Autre paradoxe de la Nation : plus grande communauté pacifique et productive à l’intérieur de ses frontières, la nation se révéla aussi la plus belliqueuse et la plus destructrice à l’extérieur : les deux grandes guerres - dont la deuxième acheva le déclin de l’Europe et la prééminence des Etats unis d’Amérique - achevant aussi de discréditer la Nation aux yeux des élites dirigeantes.

Pour éviter ces traumatismes à répétition, deux voies se sont proposées pour dépasser ce communautarisme national chauvin :
- la solution de l’internationalisme prolétarien, qui recourt à l’internationalisme et la communautés des classes sociales exploitées.
Communauté de classe elle aussi belliqueuse sur un autre plan : pas nation contre nation, mais classe contre classe…
Un internationalisme (dit aussi antifascisme depuis 1945), emporté lui aussi par le stalinisme : à la fois échec du socialisme dans le « socialisme réel », et retour, en fait, à un nationalisme impérialiste russo-slave passé seulement du blanc au rouge !

Deuxième solution alternative à cet internationalisme prolétarien : la solution mondialiste (dite universaliste), d’inspiration franc-maçonne.
Solution pour laquelle optèrent nos élites nationales après 1945, notamment par Schumann, Monet, Cassin… et la Déclaration universelle des droits de l’homme.

A partir de cette date, les élites dirigeantes européennes décidèrent donc de tuer les nations et de les fondre dans un super-communautarisme universel.

Or ce super-communautarisme universel ne correspond à aucun mouvement profond de l’Histoire ni au consentement des peuples (ni selon Maurras ni selon Marx), mais à une décision d’élite, abstraite, en grande partie soumise aux puissances d’argent.
La première Europe étant d’abord celle de l’acier, du fer et du charbon…
Puissances d’argent dont, dans le même temps - et ce n’est pas un hasard - la logique devient, elle aussi, supra étatique (après avoir été impérialiste d’Etat…).

Ainsi on peut comprendre que cet antinationalisme d’argent, paré des vertus universalistes, n’ait pas conduit à la fraternité universelle et au citoyen du monde adepte de l’espéranto, mais à l’émiettement, à la fragmentation, à l’affaiblissement des communautés historiques, culturelles, religieuses et morales… en communautarismes.

Non plus communautarisme de l’espoir et de la fuite en avant volontariste, mais communautarismes geignards et revendicatifs par manque de liens transcendants : Communautarisme sectaire, communautarisme sociétal… Autant de communautés refusant à la fois l’ancienne communauté nationale et les communautés de classe dans une dynamique liée encore au Marché :
communautés sexuelles de femmes, de gays…
communautés d’âges de jeunes, de seniors…
Communautés ethniques souvent mythifiées et caricaturées…
qui constituent, en réalité, autant de marchés captifs et de segments de marché…

Un communautarisme de la division, de la non collaboration entre groupes issus de la communauté nationale, fondé par et sur le communautarisme victimaire, ou l’ex-Nation n’est plus qu’un agrégat de minorités éternellement victimes d’une majorité silencieuse supposée, elle, parée de tous les maux.

Un communautarisme victimaire qui est, en pratique, une destruction de l’ex-communauté nationale fondée sur la collaboration et la production, pour devenir un communautarisme parasitaire de la revendication haineuse et de la réparation, au nom d’un passé mythifié.
Communautarisme à la fois absurde sur le plan moral, et invivable à terme sur le plan pratique.

Pseudos minorités opprimées qui sont, en réalité, autant de minorités agissantes réclamant, en fait de réparations, des privilèges dans une dynamique de parasitisme et de fragmentation toujours accrue, à l’inverse de la dynamique communautaire originelle dont le but était, je le rappelle, d’agréger pacifiquement le plus d’individus possible dans un but de coopération…

Nous en sommes là aujourd’hui en France, où la haine du national, dans un climat de récession économique, exacerbe en plus les rapports de classes…
Un climat d’injustice sociale masqué en plus, de façon fort immorale, par des revendications communautaires émanant en réalité de privilégiés.
Soit, en réalité, d’élites communautaires revendicatives ayant accès aux médias.
Terrible injustice et terrible mensonge qui constituent à eux seuls un formidable terreau de guerre civile…
Fautes non pas dues aux communautés réelles, si tant est qu’elles existent, puisque ces représentants communautaires, le plus souvent autoproclamés, ne sont que des réseaux de trafics d’influences qui parlent au nom de communautés, à l’existence déjà discutable et problématique, et, qui plus est, ne les ont pas mandaté pour parler en leur nom.

Face à ce travail de destruction de la communauté française, je pense donc qu’il est urgent de revenir à la communauté de la plus grande échelle ayant existé : la Nation.
Non pas une Nation belliqueuse et expansionniste, mais une Nation de culture et de paix tournée vers la collaboration entre Nations…
Le danger de guerre étant inexistant en Europe entre grandes Nations, c’est bien le danger de guerre civile, pour cause de communautarisme exacerbé, contre lequel il faut aujourd’hui lutter, et ce en revenant à ce modèle que nous, Français, avons inventé et dont nous avons fait cadeau au monde : la Nation.
Nation qui est une et indivisible, qui ne reconnaît aucune communauté ni lobby, mais seulement des citoyens égaux en droits, et qui a pour but l’intérêt général.

Il faut donc s’opposer notamment à l’importation pernicieuse en France du « conflit de civilisations », thèse et projet néo-conservateur américain qui passe, vous l’avez compris, par l’affrontement communautaire, et dont le but pervers est de diviser pour régner.

Ceux qui auront compris cette démonstration, auront donc aussi compris mes positions politiques, et en quoi elles ne visent qu’au salut de la France…

Je vous remercie de m’avoir écouté,

Alain SORAL

Publié dans Propagande

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arlette 01/05/2007 22:25

SUR LE NATIONALISME
( in La première et dernière liberté  Krishnamurti 1954)
[...] Il provoque  des divisions entre les hommes, des classifications, des guerreset des destructions, ce qui est évident pour peu qu'on observe ce qui se passe. Intérieurement, psychologiquement, cette identification avec plus grand que soi, un pays, une idée, est manifestement une forme d'expansion de soi. Isolément je ne suis personne; mais si je m'identifie avec qqchose de grand, avec tout un pays, je me dis que je suis un (Français), cela flatte ma vanité, cela me donne une certaine satisfaction, un certain prestige, un certain sens de bien-être [ ... ]  Le nationalisme non seulement provoque des conflits extérieurs mais aussi des frustrations intérieures. Chez la personne qui le comprend dans son entier, ce processus n'existe plus. Cette compréhension est fonction de l'intelligence que l'on met à observer soigneusement, à bien examiner tout le processus du nationalisme, du patriotisme. . Cet examen même développe l'intelligence, et alors on ne remplace pas le nationalisme par autre chose. Dès lors qu'on le remplace par la religion , par exemple, celle-ci devient un autre moyen d'expansion personnelle, une autre source d'anxiété psychologique [ ... ] ainsi toute forme de substitution est une forme d'ignorance [ ... ] une façon de se soudoyer soi-même [ ... ]   Le poison du nationalisme et sa suite de misères et de conflits ne disparaîtra que par l'effet de l'intelligence, et celle-ci ne s'acquiert pas en passant des examens et en lisant des livres. L'intelligence nous vient lorsque nous comprenons les problèmes au fur et à mesure qu'ils surgissent. Lorsque nous les comprenons à tous les niveaux [ ... ] en ce processus l'intelligence naît . Lorsqu'il y a de l'intelligence, il n'y a pas de substitution,  le nationalisme, le patriotisme, qui est une forme de stupidité disparaît . ( !!!